Jeudi 3 décembre 2020

CORALIE DE VAULCHIER - Depuis 10 ans, elle rend visite aux détenus Français en Thaïlande

Par La rédaction de Bangkok | Publié le 27/10/2016 à 22:00 | Mis à jour le 25/10/2018 à 05:39
Coralie de Vaulchier visiteuse de prison en Thailande

Coralie de Vaulchier, Française expatriée en Thaïlande, visite les détenus dans les prisons de Bangkok depuis dix ans. De Bombat à Klong Prem en passant par le service de détention de l’immigration, Coralie visite les prisonniers toutes les semaines, un lien vers l’extérieur pour ces français qui se retrouvent derrière les barreaux au pays du sourire.

Coralie de Vaulchier est arrivée en Thaïlande en 2005. Quelques mois à peine après son installation à Bangkok, elle effectuait sa première visite de prisonniers.

Alors que l’association Bangkok Accueil proposait dans ses activités des visites aux prisonniers français, elle s’est inscrite et a directement accroché. Au point que 10 ans plus tard, elle se rend toujours bénévolement dans les prisons de la capitale où se trouvent des prisonniers français, que ce soit la prison de Bombat, dédiée aux affaires de drogues, Klong Prem que l’on surnomme aussi “Le Bangkok Hilton”, le Centre de détention de l’immigration ou encore Ban Kwang et Remand, la prison des femmes. "Je connais toutes les prisons de Bangkok” dit-elle.

Actuellement, il y a deux Français dans les prisons de Bangkok -suite aux amnisties lors de l’anniversaire du couronnement du roi Bhumibol et de l’anniversaire de la reine Sirikit, deux Français ont pu sortir.

Le rôle de Coralie de Vaulchier est de maintenir un lien entre les prisonniers et leurs familles mais aussi avec l’ambassade, l’association de la Bienfaisance -dont elle fait partie-, et d'être un lien vers l’extérieur. Lepetitjournal.com l'a rencontrée.

Lepetitjournal.com : Qu’est-ce qui vous pousse à rendre visite aux prisonniers français à Bangkok depuis autant de temps ?

Coralie de Vaulchier : Je ne sais pas trop, j’aime bien y aller, il y a une satisfaction dans le fait de rendre service, je pense que “mes” prisonniers aiment bien les visites. Personnellement ça m’apporte beaucoup, c’est un monde que je ne connaissais pas. Je pense que j’ai une sorte d’admiration pour ces personnes, pas pour ce qu’ils ont fait mais pour le fait de vivre ou survivre enfermé, cela me paraît tellement difficile, insupportable, ils n’ont pas d’autres choix que d’y arriver et ce ne sont pas forcément des gentils. L’être humain me fascine dans sa capacité d’adaptation et dans le fait qu’il puisse vivre en prison, que ce soit en Thaïlande ou en France. Cette capacité m’interpelle et du coup m’intéresse.

Comment réagissent les personnes que vous allez visiter ?

Au début, ils se demandent pourquoi on vient, ce que l’on a à vendre… Je dis “on” parce qu’au début nous étions un groupe de sept ou huit personnes, aujourd’hui nous ne sommes plus que deux. Les visites en général se passent bien. Ce sont des personnes que je ne connais pas de l’extérieur donc quand je les rencontre, ils se montrent sous un jour agréable.

Les visites durent entre 20 et 45 minutes. Parfois ça peut sembler long, parfois c’est trop court, cela dépend des affinités, c’est comme dans la vie quand on prend un café avec quelqu’un, ça passe ou ça ne passe pas. Sauf qu’ici, ils sont un peu obligés parce qu’ils n’ont pas autant le choix. Après il n’y a pas de raison pour que nous ne nous entendions pas.

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SOIREE BEAUJOLAIS NOUVEAU AU PROFIT DE LA BIENFAISANCE

La soirée du Beaujolais Nouveau à Bangkok, qui aura lieu le samedi 19 novembre de 18h30 à 22h30 dans les jardins de la résidence de l’ambassadeur de France, est organisée chaque année au profit de l’Association Française de Bienfaisance de Thaïlande (AFBT). Animée par une équipe de bénévoles, L’AFBT oeuvre au service de Français et/ou de leurs familles, résidents ou de passage dans le Royaume, et se trouvant dans une situation de détresse, de misère ou d’indigence.

Comment gérez-vous le fait de vous retrouver devant certaines personnes qui ont commis des actes que vous condamnez ?

J’arrive à faire abstraction de leur cas quand je rentre dans la prison. Je suis deux personnes différentes, j’ai un avis sur ce qu’ils ont fait quand je suis à l’extérieur et quand je me retrouve face au détenu dans le parloir c’est comme si cet avis s’effaçait. Je ne viens pas pour les juger quelque soit la raison qui les a amenés en prison, ce qui ne veut pas dire que j’approuve ce qu’ils ont fait.

Pour quelles raisons généralement ces personnes se retrouvent-elles en prison ?

Il y a peu de cas où les personnes qui sont en prison n’ont rien fait, il n’y a pas ou peu d’erreurs judiciaires selon mon expérience. Se retrouver en prison parce qu’on a mis de la drogue dans votre sac comme on a pu le voir dans certains films, je ne dis pas que ça ne peut pas arriver mais les personnes détenues en prison le sont parce qu’elles ont commis un délit. La grande majorité est là pour des histoires de drogues ou d’arnaque à la carte bleue. Souvent les prisonniers sont surpris de la lourdeur de leur peine et me disent : “oui mais en France je n’aurais pas eu autant”. Il ne faut pas oublier qu’on est en Thaïlande et que pour certains délits, ils ne rigolent pas ici, surtout avec la drogue. Si on achète ou que l’on consomme, on prend un risque comme lorsqu’on joue au casino, on peut tout perdre.

Ce sont plutôt des touristes ou des expatriés qui sont en prison chez les Français ?

Pour les trafiquants de drogue, ce sont généralement des habitués, des personnes qui viennent régulièrement en Thaïlande. Des touristes, il y en a peu mais ça arrive. Il y a eu un jeune qui était en vacances, le deuxième jour de son séjour, il est allé acheter de la drogue à un endroit qu’on appelle “la fontaine” du côté de Chiang Mai. Là-bas, on peut tout acheter et souvent on se fait prendre par la police sur le chemin du retour. Il était là pour quinze jours, il en a pris pour vingt ans! Il faudrait informer plus sur les risques, en Indonésie c’est indiqué à l’aéroport que c’est la peine de mort pour les consommateurs de drogue, il faudrait beaucoup plus avertir des risques en Thaïlande.

Les prisons sont-elles aussi horribles qu’on le dit ?

Je ne connais que le parloir, je ne peux que rapporter que ce que les détenus me racontent. C’est sûr que les prisons en Thaïlande n’ont pas les mêmes standards qu’en France. Les Thaïlandais dorment facilement par terre, pour les Français qui se retrouvent là c’est pareil, ils ont une couverture pour mettre sur le sol, un autre pour se couvrir et une comme oreiller. Les conditions ne sont pas très bonnes mais elles sont acceptables.

Vous ne visitez pas que les prisons ?

Non, je vais également dans les centres de détention de l’immigration. C’est un autre public, ce sont souvent des gens qui se retrouvent là pour avoir dépassé la date de validité de leur visa pour différentes raisons. Soit ils sont arrêtés lors d’un contrôle soit ils se présentent de leur plein gré. Ce sont des gens qui se retrouvent en grande difficulté financière et où le problème est de pouvoir payer un billet d’avion pour rentrer en France.

Quel est le rôle de l’Ambassade et de la Bienfaisance auprès de ces prisonniers ?

Notre rôle avec la Bienfaisance est d’être un relais entre l’Ambassade et les prisonniers, si des détenus ont des questions à propos de leur dossier, de certaines démarches, de problèmes médicaux… L’Ambassade de France est très active et assure le suivi auprès de ses ressortissants, elle va les voir aussi, que ce soit auprès de ceux qui sont en prison, autant à Bangkok qu’en province mais aussi auprès de ceux qui se retrouvent au centre de détention de l’immigration. Pour ceux qui sont à l’immigration, l’Ambassade traite avec les autorités, essaye de trouver une solution pour les faire sortir, pour avancer de l’argent si nécessaire pour payer le billet d’avion pour rentrer en France.

Avec la Bienfaisance et Bangkok Accueil, nous allons plutôt les aider en leur achetant des fruits, des produits de premières nécessités, des paniers de Noël… Les produits, ce sont ceux que l’on peut acheter au magasin de la prison, rien ne peut venir de l’extérieur c’est très contrôlé.

Gardez-vous le contact avec vos prisonniers une fois qu’ils sont sortis ou qu’ils sont rentrés en France ?

Je garde le contact s’ils le veulent, je leur donne mon numéro de téléphone, mon adresse email mais je ne fais pas la démarche. Grâce à des accords entre la France et la Thaïlande, les ressortissants français détenus en Thaïlande peuvent faire la demande après quatre ans pour continuer leur peine en France. Quand ils repartent, ils n’ont pas toujours envie de continuer à nous voir parce qu’on représente une part de leur vie qu’ils ont envie d’oublier. Je suis ravie d’avoir des nouvelles et de leur en donner, je garde aussi le contact avec la famille parfois.

Tout le monde peut aller rendre visite aux prisonniers ?

Oui, il suffit d’avoir le nom d’un détenu et de se présenter aux heures de visites de la prison où il est incarcéré.

Propos recueillis par Catherine VANESSE mercredi 26 octobre 2016

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