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La communauté française en Thaïlande a-t-elle diminué avec la crise du Covid-19 ? premium

Par Catherine Vanesse | Publié le 10/02/2022 à 02:07 | Mis à jour le 28/03/2022 à 06:00
Photo : Pierre QUEFFELEC (archives)
La soirée Beaujolais à la Résidence de France en Thailande

Depuis le début du Covid-19, de nombreux Français ont dû quitter la Thaïlande pour des raisons économiques. Néanmoins, le royaume continue de séduire les jeunes familles et les nomades numériques.

Au niveau mondial, le nombre d’inscrits au Registre des Français établis hors de France continue à diminuer depuis le début du Covid-19. Ce chiffre est passé de 1.775.875 de Français au 1er janvier 2020 à 1.614.772 au 1er janvier 2022, soit une chute de 9,2%. 

Selon le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères en France, plusieurs raisons peuvent expliquer cette baisse : la crise sanitaire et économique en premier lieu, qui a provoqué le départ de nombreux Français depuis 2020, mais aussi la non-réinscription automatique au registre, 5 ans après la vague d’inscription induite par la perspective des élections présidentielles et législatives de 2017. 

Si les prochaines élections présidentielles incitent de nouveau les Français résidant à l’étranger à s’inscrire, la crise économique et sanitaire pourrait avoir des effets plus longs sur la communauté française et les souhaits d’expatriation.

Chiffres consulaires en hausse en Thaïlande

En Thaïlande, l’ambassade de France compte actuellement 13.150 Français inscrits au registre consulaire, un nombre qui se rapproche de celui de la période précédant l’épidémie du coronavirus après être tombé à 12.900 à la fin de l’année 2020. En 2019, il y avait 13.362 Français inscrits. 

Toutefois, ce chiffre ne reflète pas nécessairement la réalité de l’évolution de la communauté française pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, il ne représente environ que le tiers de la population française estimée dans le royaume avant la pandémie (entre 30.000 et 40.000 selon l’ambassade) et rassemble une bonne partie de retraités, population très peu affectée financièrement par la crise, et de personnes généralement bien installées. Ensuite, l’approche de la période électorale (il faut être inscrit pour pouvoir voter depuis la Thaïlande) ainsi qu’une appétence accrue pour les aides diverses de l’État en cette période de crise peuvent faire qu’un certain nombre de personnes non inscrites en temps normal auront fait le pas, remontant ainsi les chiffres consulaires. Enfin, les gens qui partent ne se désinscrivent pas systématiquement au moment de leur départ.

Vue de l'ambassade de France en Thailande
L’ambassade de France compte actuellement 13.150 Français inscrits au registre consulaire. Photo LPJ Bangkok.com

Certains Français ont quitté la Thaïlande, d'autres reviennent

En tout cas, il est évident qu’un certain nombre de Français ont quitté la Thaïlande. Ils sont rentrés en France soit définitivement, car la situation économique ne leur permettait plus de vivre dans le royaume, soit de manière temporaire en attendant que la situation du Covid-19 se stabilise. 

Sur les réseaux sociaux, les témoignages de Français quittant la Thaïlande ne manquent pas et certaines associations francophones ces derniers mois ont d'ailleurs vu leurs effectifs de membres fondre pour cause de retour au pays. 

L’association Bangkok Accueil, qui regroupe principalement des familles de cadres de grands groupes et des entrepreneurs de la capitale, ne compte plus que 180 familles contre environ 400 avant le Covid-19. 

Beaucoup de sociétés françaises ont rapatrié leurs effectifs en France pendant la crise du Covid-19 et ce n’est que depuis le mois d’octobre qu’ils commencent à revenir", explique Didier Reck, président de Bangkok Accueil. "Nous attendons encore une prochaine vague d’arrivées vers le mois de mars suite à l’allégement des restrictions pour venir en Thaïlande”.

Des touristes dans un aeroport asiatique
Certains Français sont rentrés au pays définitivement, mais d'autres ont quitté la Thaïlande de manière temporaire. REUTERS/Loren Elliott

Faillites d’entreprises en raison de la crise

De son côté, Claude Bauchet craint des départs supplémentaires dans les prochains mois : “Les deux associations qui ont le plus aidé les entrepreneurs et micro-entrepreneurs, à savoir l’UFE (Union des Français de l'Étranger) et Français du monde-adfe, ne sont désormais plus éligibles pour recevoir les subventions OLES (organisme local d'entraide solidaire). Dès lors, les personnes qui avaient réussi à surnager jusqu’à maintenant ne pourront plus avoir accès à des aides financières en dehors des aides SOS (secours occasionnel de solidarité) de l’ambassade. Je crains que cela ait un impact sur les entrepreneurs, en particulier dans le secteur du tourisme surtout que la haute saison est perdue pour eux”. 

En 2021, une quarantaine d’entrepreneurs ont ainsi pu bénéficier d’aides financières de la part de Français du Monde. 

Christophe Deflandre, propriétaire du cabinet d'avocats Business Asia, constate que les entrepreneurs continuent de quitter la Thaïlande, souvent sans prendre la peine de fermer leur compagnie. “C’est difficile d’avoir un chiffre exact, car souvent ceux qui partent ne ferment pas leur compagnie avec des conséquences souvent compliquées et onéreuses pour les partenaires thaïlandais ou les bureaux de comptabilité", dit-il. "Après deux ans de crise, j’ai aussi de plus en plus de clients qui regardent à s’installer au Portugal ou ailleurs alors qu’ils étaient amoureux de la Thaïlande, car même s’il y a un peu plus de touristes, leur activité ne redémarre pas vraiment ou pas assez”, explique Christophe Deflandre.

Commerce ferme a bangkok durant la crise du Covid-19
De nombreuses entreprises ont fait faillite en raison de la crise du Covid-19 en Thaïlande. REUTERS/Jorge Silva

Arrivée d’une relève jeune 

Toutefois, une partie de ces départs est remplacée par des nouvelles arrivées, comme le font remarquer le chef de la paroisse francophone de Bangkok, les directeurs d’écoles à Pattaya et Phuket ou encore l’association La France en Isan. Parmi ces nouveaux arrivants, tous constatent un rajeunissement et une tendance à travailler en ligne. 

En effet, les confinements successifs ont forcé les gens à travailler depuis chez eux, certains ont dès lors réalisé qu’ils pouvaient complètement gérer leur activité depuis l’autre bout du monde. 

À la paroisse francophone de Bangkok, le public est également plus jeune et familial, le père Nicolas confie avoir une soixantaine de jeunes au catéchisme, une affluence qu’il n’avait plus connue depuis 2017.

Un nomade digital dans un cafe Internet a Chiang Mai
On voit arriver en Thaïlande des jeunes indépendants qui travaillent en ligne. Catherine VANESSE

Nomades digitaux

De son côté, l’association Bangkok Accueil voit ainsi plus de jeunes indépendants et de jeunes familles qui arrivent sans contrat avec une entreprise en Thaïlande, mais néanmoins avec une activité en ligne. 

Un constat similaire pour La France en Isan dont le nombre de membres est passé à 537 en seulement deux ans et demi d’existence. Parmi les nouveaux arrivants depuis le 1er novembre 2021, de jeunes retraités et des nomades numériques, le faible coût de la vie dans le Nord-est de la Thaïlande et la bonne qualité des connexions Internet séduisent ceux qui souhaitent se lancer dans un autre mode de vie.

Alors que l’approche thaïlandaise consistant -entre autres- à fermer les écoles et imposer la quarantaine aux frontières pour contrer l’épidémie de coronavirus avait poussé des dizaines de familles à scolariser leurs enfants en France, l’apaisement de la situation dans le royaume depuis novembre incite beaucoup d’entre elles à revenir.

Vue de l'entree du Lycee Francais International de Bangkok
Après avoir enregistré une baisse d'effectifs, le Lycée français international de Bangkok (LFIB) a vu depuis septembre arriver une centaine d’élèves.Photo LPJ Bangkok.com

Regain des effectifs dans les écoles francophones

Après avoir enregistré une baisse de ses effectifs en septembre 2021 pour tomber à seulement 827 élèves, le Lycée français international de Bangkok (LFIB) a vu depuis arriver une centaine d’élèves. 

L’école internationale BCIS à Phuket compte actuellement 540 élèves, contre 490 à la rentrée scolaire 2019-2020.

Nous enregistrons une augmentation de 30% des élèves sur le programme francophone par rapport à l’année dernière", confie Laurent Minguely, le directeur de BCIS. "Au début du Covid, beaucoup de familles sont rentrées en France, et maintenant nous voyons qu’elles reviennent parce que la situation économique et sanitaire commence à s’améliorer en Thaïlande. Nous avons aussi de nouvelles familles, des gens qui viennent pour démarrer une nouvelle vie, souvent des nomades digitaux ou des entrepreneurs qui ont réalisé qu’ils pouvaient gérer leur compagnie à distance”, dit-il.

L’École Française Internationale de Pattaya (EFIP) connaît une situation similaire. “À la rentrée en septembre, nous étions en baisse parce que les cours se faisaient encore à distance. Depuis janvier et la reprise des cours en présentiel, nous avons 130 élèves comme avant le Covid-19, par contre 45% d’entre eux sont boursiers alors qu’ils n’étaient que 25% en 2020. Nous avons aussi beaucoup plus d’étudiants non francophones parce qu’au niveau des écoles internationales à Pattaya, nous sommes moins chers et le français reste une langue attractive”, ajoute David Micallef, directeur de l’EFIP.

Element graphique tricolore

 

La mère-patrie à la rescousse

Depuis le début de la l’épidémie du coronavirus, la France a organisé une aide spéciale pour ses ressortissants vivant à l’étranger qu’elle distribue directement aux particuliers en difficulté, mais aussi indirectement aux entrepreneurs via les associations.

Mis en place dès avril 2020 par le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, le Secours Occasionnel de Solidarité (SOS) est une aide sociale qui permet aux Français résidant en Thaïlande de pouvoir percevoir, selon certaines conditions, un versement mensuel de 126.61 € pour le foyer et 84.41 € par enfant à charge.

En 2021, ce sont 192 Français qui ont pu bénéficier de l’aide SOS, selon les chiffres consulaires. Cela représente un budget de 240.000 euros alloués mois après mois à des personnes principalement dans le tourisme, durement impactés par la situation économique et qui continuent à l’être.

En 2020, le chiffre était de 332 bénéficiaires pour un montant de seulement 70.000 euros, un différentiel qui s’explique notamment par le fait qu’une bonne partie des aides sont allées à des touristes sur des plus petites périodes.

S’il y a bien entendu des conditions à remplir et que les demandes doivent naturellement être fondées, la plupart des Français qui ont besoin d’aides sont soutenus, explique le consulat, soulignant que les budgets sont suffisants.

Le fonds SOS est lié uniquement à la situation de pandémie et est indépendant des autres aides permanentes https://th.ambafrance.org/-Action-sociale- proposées par le consulat à ses ressortissants (bourses scolaires, allocations pour les personnes âgées ou handicapées, etc.). Toutes les aides régulières sont allouées par la France en fonction du nombre d’inscrits sur le registre consulaire, d’où l’importance de s’enregistrer auprès des services de l’ambassade lorsque l’on est résident français en Thaïlande à moyen et long terme.

 

catherine_vanesse-LPJ-Bangkok

Catherine Vanesse

Installée en Thaïlande depuis 2013 après avoir travaillé pendant 8 ans pour RTL Belgique, Catherine a collaboré avec des médias francophones locaux avant de devenir co-rédactrice en chef pour Lepetitjournal.com Bangkok (et correspondante RTL Belgium)
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