Gestion du Covid-19 - Deuxième jour consécutif de manif à Bangkok

Par Lepetitjournal.com Bangkok avec Reuters | Publié le 12/08/2021 à 02:16 | Mis à jour le 12/08/2021 à 05:13
Photo : REUTERS/Soe Zeya Tun
Des manifestants jettent des pierres sur les policiers a Bangkok

La police thaïlandaise a dû affronter pour la deuxième journée consécutive mercredi la colère de centaines de manifestants qui exigent la démission du Premier ministre pour sa gestion de la pandémie

La police est encore intervenue mercredi pour stopper la progression d’une manifestation de plusieurs centaines de personnes qui cherchaient à se rassembler près de la résidence du Premier ministre Prayuth Chan-O-Cha pour exiger sa démission, l’accusant d’avoir mal gérer la crise du Covid-19 et de définir ses stratégies à l’aune des intérêts des élites.

Des manifestants ont jeté de la peinture sur une unité de policiers anti-émeute qui leur bloquait le passage alors qu'ils tentaient de marcher vers la maison de Prayuth Chan-O-Cha. Les forces de l’ordre ont répondu par des jets de grenades lacrymogènes et des tirs de balles en caoutchouc pour les disperser.

Des clôtures en fil de fer barbelé et des conteneurs avaient également été disposés sur la route pour bloquer l’accès.

48 personnes arrêtées

La veille, la police avait déjà déployé gaz lacrymogènes, canons à eau et balles en caoutchouc pour disperser une manifestation motorisée dans les rues de Bangkok.

48 personnes ont été arrêtées et devraient faire l’objet d’accusations pour des délits tels que voies de fait, incendie criminel et violation de l’Etat d’urgence sanitaire qui interdit les rassemblements publics, a indiqué la police.

Le mouvement de protestation mené par une partie de la jeunesse thaïlandaise avait démarré l’an dernier, accusant l'ancien chef de la junte d'avoir truqué le système politique thaïlandais pour se maintenir au poste de Premier ministre et assurer une mainmise durable sur le pouvoir aux élites conservatrices proche de l’armée et du palais. 

Malgré la mise en détention de plusieurs leaders, on assiste ces dernières semaines à une remobilisation du mouvement alimentée par l’aggravation de la crise sanitaire et la détérioration des conditions de vie pour des millions de personnes qui ont perdu leur emploi ou leur entreprise en raison des restrictions imposées par les autorités. Restrictions dont certaines sont perçues comme favorisant les grands groupes au dépend du petit commerce.

La police a déclaré que neuf policiers avaient été blessés lors de la manifestation de mardi, l'un par balle à la jambe et les autres blessés par des engins explosifs légers ou des pierres.

Au moins deux guérites de police ont été incendiées et d'autres biens publics endommagés, a indiqué la police.

Stratégie vaccinale et gestion de l'épidemie en cause

Prayuth Chan-O-Cha est critiqué pour sa stratégie vaccinale étriquée qui a fait prendre du retard à la Thaïlande par rapport à beaucoup d’autres pays mais aussi pour les difficultés de son administration à contenir la troisième épidémie survenue en avril qui est de loin la pire que le royaume ait connu jusqu’ici, même si le bilan est encore très loin de ce que l’on a pu voir dans les pays d’Europe et d’Amérique les plus touchés en 2020 et début 2021. 

Depuis l’apparition du Sars-CoV-2 en janvier 2020, la Thaïlande a déploré 6.942 décès imputés au Covid-19 dont 6.848 depuis avril.

Le plan initial de vaccination de masse du gouvernement thaïlandais reposait en effet quasi-entierement sur la production locale de vaccin AstraZeneca confiée à une seule société, le laboratoire SiamBioscience, avec pour objectif de produire un peu plus de 60 millions de doses en quelques mois en vue de vacciner la moitié de la population entre juin et décembre. Pour vacciner au plus vite les personnels médicaux les plus exposés au virus et les personnes les plus à risques, le gouvernement avait prévu d’importer à partir de février des doses d’AstraZeneca et de CoronaVac du laboratoire chinois Sinovac.

"Mauvais pari"

Cette stratégie à l’ancrage étroit a rapidement suscité des critiques, et la troisième poussée épidémique n’a fait que la malmener davantage, sans compter que plusieurs pays ont cessé d'utiliser le vaccin AstraZeneca compte tenu des risques liés aux effets secondaires.

La première salve est venue du député déchu Thanathorn Juangroongruangkit qui pointait en janvier l'incohérence et le risque de tout miser sur un seul et unique acteur qui plus est n'avait pas d'expérience en matière de fabrication de vaccins. Des craintes qui se sont malheureusement concrétisées puisque la livraison des premiers vaccins locaux prévue en juin - déjà tardive par rapport à l’avancée vaccinale d’autres pays – s’est trouvée être largement inférieure aux quantités initialement planifiées..

Dans une tribune du Bangkok Post intitulée "No duopoly in Thai jab procurement" fin mai, l’analyste Thitinan Pongsudhirak, professeur de sciences politiques à l'Université Chulalongkorn soulignait: "Il est tout à fait clair maintenant que le gouvernement thaïlandais a fait un mauvais pari dès le début, en associant de manière exclusive AstraZeneca à Siam Bioscience, relié au palais, pour une fabrication sous licence".

Siam Bioscience appartient à une filiale du Crown Property Bureau, qui gère un patrimoine estimé à plusieurs dizaines de milliards d’euros et se trouve depuis 2018 sous le contrôle personnel du roi.

Pour combler son retard, la Thaïlande a approuvé quatre autres vaccins qu'AstraZeneca et Sinovac (Johnson & Johnson, Moderna, Pfizer et Sinopharm) et commandé des doses à différents fournisseurs.

Environ 7% de la population a été entièrement vaccinée jusqu'ici et près d'un quart a reçu au moins une dose.

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