

La Thaïlande est l'un des tout premiers marchés mondiaux des pierres de couleur. Cet héritage géopolitique est bonifié par le génie propre des Thaïlandais : empirisme et goût du pari. Visite guidée pour se faire plaisir en évitant les arnaques
(Photo courtoisie Li Ching Heng www.leachdesigns.com)
Deux fois par an, Bangkok accueille un salon dédié aux pierres précieuses et à la joaillerie. L'événement attire exposants et visiteurs venus du monde entier (voir notre encadré La 41e Bangkok Gems and Jewelry Fair). Mais tout au long de l'année, il suffit de parcourir les rues de Bangkok pour noter la forte proportion de commerces dédiés aux pierres précieuses. Et ce n'est là que la partie émergée de l'iceberg. Le quartier de Mahesak (Bangrak) est plutôt fréquenté par les professionnels. Derrière les façades, on s'active dans les ateliers de taille ou les bureaux des grossistes qui migrent chaque semaine vers Chanthaburi. Cette ville paisible de la province de Trat s'anime soudainement du vendredi au dimanche. Négociants et courtiers se pressent alors autour des étals de son fameux marché aux pierres où convergent rubis cambodgiens, birmans (voir notre encadré Rubis de sang birman) ou malgaches, saphirs laotiens et sri lankais. On trouve aussi des diamants et de nombreuses autres variétés, mais le pays du sourire est surtout réputé pour les pierres de couleur.
La raffinerie mondiale des pierres de couleur
S'il subsiste quelques mines, notamment dans les provinces de Trat et de Kanchanaburi, le rôle de producteur revient surtout aux pays voisins. Or, de la Birmanie au Cambodge en passant par le Laos et le Vietnam, tous ont pâti de péripéties historiques ou d'un enclavement géographique. La Thaïlande a su en profiter pour s'imposer comme plaque tournante tout en développant son génie particulier. Les pierres arrivent souvent à l'état brut. Elles sont traitées, taillées, polies et négociées. "Les pierres non chauffées ne représentent qu'un 1% du marché", rappelle la gemmologiste Li Heng, auteur d'un site très didactique. Une judicieuse combinaison de température et de pression élimine les impuretés et optimise les couleurs. P.J. Joseph, directeur académique de l'Asian Institute of Gemological Sciences (A.I.G.S.) vante le savoir empirique des Thaïlandais : "Leur caractère de joueurs a produit des résultats fantastiques". On ne risque pas plusieurs millions de Bahts de pierres dans un four de fortune porté jusqu'à 1600° sans un sacré instinct de parieur !
L'école idéale
En 2006 la Thaïlande a importé près de 170 millions de dollars de pierres de couleur tandis que les exportations se chiffraient à plus de 263 millions de dollars (source : Gem and Jewelry Institute of Thailand). La vigueur de cette filière d'activité et ses besoins de main d'?uvre qualifiée expliquent la présence à Bangkok de plusieurs écoles de gemmologie réputées (notamment AIGS, GIA, GIT). Les étudiants viennent de tous les pays du monde et apprécient de pouvoir passer à la pratique entre les cours. Pour Vincent Pardieu, gemmologiste globe-trotter, "étudier les pierres en France c'est un peu comme étudier le fromage ou le vin à Bangkok. Les pierres attirent des gens assez artistes qui aiment ce qui est beau et se plaisent à essayer de faire autre chose. Dès lors commencer par faire 10.000 kms me semble en fait plutôt motivant".
Erik Dezeux (www.lepetitjournal.com - Bangkok) mardi 26 fevrier 2008
La 41e Bangkok Gems and Jewelry Fair attend plus de 35 000 visiteurs
Du 27 Février au 2 mars, la 41e Bangkok Gems and Jewelry Fair investit l'Impact Exhibition &Convention Center (Pakkred District, Nonthaburi). C'est une excellente occasion de mesurer l'importance de la Thaïlande sur le marché des pierres de couleur et de faire pétiller vos pupilles. Plus de 3500 stands déploieront les feux des pierres précieuses, semi-précieuses, diamants, or, argent, etc. De rares saphirs roses tout spécialement venus de Madagascar constitueront l'une des attractions de cette première édition 2008. On attend aussi les dernières créations des plus prestigieux joailliers Thaïlandais.
Les organisateurs se réservent le droit d'interdire l'accès aux visiteurs arborant des tenues négligées. Attention : passeport ou pièce d'identité exigée. Droit d'entrée pour les non professionnels : 100 Bahts.
La Bangkok Gems and Jewelry Fair est organisée deux fois par an par le Department of Export Promotion et la Thai Gem and Jewelry Traders Association. Prochain rendez-vous du 11 au 15 septembre 2008.
E.D.{mospagebreaktitle=Comment déjouer les escroqueries &Rubis de sang birman} mardi 26 février 2008
Comment déjouer les escroqueries
Les nombreux traitements potentiellement subis par les pierres précieuses n'ont rien de répréhensible -à condition que le client en soit clairement informé. Il en va de même avec les ventes de gemmes synthétiques. Hélas, la transparence n'est pas toujours de mise. Pire, les tentatives d'escroqueries ne sont pas négligeables. "15 000 personnes sont victimes chaque année", estime le site geocities.com qui dévoile les trucs des arnaqueurs. Pour autant ces dérives ne doivent pas rebuter les profanes. Il suffit d'adopter les bons réflexes. "Il faut exiger un certificat par un laboratoire indépendant", conseille Laurent Massi, directeur Français du laboratoire de l'A.I.G.S. Si le commerçant refuse cette procédure courante dans la profession, c'est mauvais signe! Ken Scarratt, directeur du laboratoire du Gemological Institute of America (G.I.A.) souligne que le certificat se limite à une description scientifique de la pierre et des traitements subis. Il ne comporte aucune mention de prix qui peut varier selon les marchés. Toujours à Bangkok, particuliers et professionnels peuvent aussi s'adresser au Gemological Institute of Thailand. Cet organisme d'Etat dispose d'un musée pédagogique décrivant le cheminement des pierres de la mine à la vitrine des joailliers. À moins d'investir dans une formation, il convient de privilégier son bon sens plutôt que sa cupidité. Si la Thaïlande offre un vaste choix, notamment en termes de pierres brutes, le profane renoncera à d'illusoires perspectives de profit.
E.D. (www.lepetitjournal.com - Bangkok) mardi 26 février 2008
Rubis de sang birman
La majorité des rubis proviennent de Birmanie où l'armée contrôle étroitement ce secteur d'activité. À Rangoon, les ventes aux enchères de jade et de pierres précieuses se succèdent en dépit des appels au boycott émanant des défenseurs des droits de l'homme. En janvier 2008, une vente aurait attiré plus de 280 acheteurs étrangers selon l'organe officiel du régime, The New Light of Myanmar. La précédente, en novembre 2007, aurait généré 150 millions de dollars de revenus pour le régime selon l'Agence France Presse (A.F.P.). Des témoignages concordants dépeignent des conditions de travail inhumaines dans les mines comme celles de la vallée de Mogok, mondialement réputée pour ses rubis couleur "sang de pigeon". Après la violente répression des manifestations du mois de septembre 2007, les appels au boycott sont montés d'un cran. Les Etats-Unis ont durci une réglementation qui permettait jusqu'alors l'importation de pierres birmanes taillées dans un autre pays. La majorité des rubis Birmans transitent par la Thaïlande. De prestigieux joailliers, comme Bulgari, Cartier et Tiffany, ont décrété un embargo sur les pierres Birmanes tandis que l'Union Européenne renforçait les sanctions contre la haute hiérarchie militaire. Pour autant les principaux acteurs du négoce sont asiatiques. Et Il faut savoir qu'il n'est pas toujours possible de déterminer l'origine d'une pierre. "Les frontières ne sont pas reconnues par la nature", souligne Laurent Massi.
E.D. (www.lepetitjournal.com Bangkok avec AFP) mardi 26 février 2008







