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ECO – François Petit : "En 2014, la plupart des indicateurs resteront au vert"

Écrit par Lepetitjournal Bangkok
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 30 octobre 2013

L'économie thaïlandaise a montré cette année quelques signes de fatigue qui ont nourri un certain nombre d'analyses pessimistes. Néanmoins, les enthousiastes ne manquent pas d'éléments positifs pour avancer des perspectives encourageantes. LePetitJournal.com a demandé à François Petit, Conseiller Economique, chef du Service Economique de l'ambassade de France en Thaïlande, de partager son analyse de la situation

LePetitJournal.com: Nous avons vu ces dernières semaines des signes mitigées sur l'état de l'économie thaïlandaise. Quel est votre analyse?
François Petit: Forte d'un PIB de 366 Mds USD en 2012, le second plus élevé de l'ASEAN après l'Indonésie,  l'économie thaïlandaise repose principalement sur ses exportations qui comptent pour 61 % de son PIB. Pour la première fois depuis de très nombreuses années, la croissance enregistrée en 2012 (+6,4 %) s'explique cependant par le dynamisme de la demande interne : l'investissement, soutenu par les efforts de reconstruction suite aux inondations de 2011, et la consommation privée, portée par des politiques publiques volontaristes. Dans le même temps, les exportations n'ont en effet progressé que de 3,1% contre +14,3% en 2011.
Contrairement à 2012, la consommation intérieure ne compensera pas cette année l'atonie prolongée des marchés étrangers, l'endettement des ménages en étant la principale explication. Le taux de croissance pour 2013 ne cesse en effet d'être revu à la baisse (entre 3,5 et 4,5%), que ce soit par la Banque de Thaïlande ou les institutions internationales.
En 2014, il est très probable que la croissance se nourrira à nouveau davantage du dynamisme des exportations que de la demande intérieure qui ne bénéficiera pas des programmes de modernisation des infrastructures avant 2015. La plupart des indicateurs économiques resteront cependant au vert, aidés en cela par une politique monétaire et financière rigoureuse que mettent en avant les agences de notation pour justifier leurs notations.
Les turbulences financières provoquées par les incertitudes sur l'évolution de la politique monétaire américaine, qui s'est traduit par une volatilité marquée des marchés financiers, ne sont pas alarmantes. Elles sont conjoncturelles et reflètent des corrections face à l'échauffement des marchés sous l'effet d'une liquidité internationale abondante. La Banque de Thaïlande (BOT) dispose d'un matelas confortable de réserves de change qui permettent de couvrir 8 mois d'importations, ou 274% la dette externe de court terme. Elles sont néanmoins suivies de très près par les autorités, d'autant plus que les tensions pourraient être ravivées dans les prochains mois.
Alors que l'appréciation du baht est une source légitime de préoccupation pour la majorité des exportateurs, la BOT et le Board of Investment (BOI), ainsi que quelques entreprises, considèrent au contraire qu'il s'agit là d'une opportunité à un moment où la Thaïlande, économie en transition, se doit de moderniser son outil de production pour le rendre plus productif et où les entreprises thaïlandaises sont invitées à renforcer leur présence dans les pays de l'ASEAN. Un Baht fort ne peut que les y aider.

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Le rapport sur le Commerce bilatéral France / Thaïlande au premier semestre 2013

La publication des services économiques à l'étranger Horizon ASEAN N°7 - septembre 2013

Service Economique de l'ambassade de France en Thaïlande
Représentant la Direction Générale du Trésor du Ministère de l'économie, de l'industrie et de l'emploi, le service économique de l'ambassade de France a en charge le suivi de la conjoncture économique et financière et de l'environnement des affaires. Il anime et développe également les relations institutionnelles existant entre les deux pays dans différents domaines ou secteurs d'activité économique. Il contribue également à la défense des intérêts des entreprises françaises présentes en Thaïlande.

ADRESSE
Charn Issara Tower 1, 22nd Floor
Rama IV Road
Bangrak, Bangkok 10500
Courriel : prénom.nom@dgtresor.gouv.fr
Site internet : www.tresor.economie.gouv.fr/pays/thailande

La presse thaïlandaise a rapporté au début du mois un bilan et des perspectives pour la Thaïlande pour le moins alarmistes dressés par l'ancien Secrétaire Général de l'ASEAN, Surin Pitsuwan. Que pensez-vous de ce constat ?
La Thaïlande est un pays en transition. Il n'est donc pas surprenant qu'elle ait encore des progrès à réaliser en matière de compétitivité. Dans le dernier World Economic Forum, le pays n'est classé qu'au 37ème rang sur 142, en hausse d'à peine une place par rapport à 2012.
Accroître significativement les dépenses en R&D (< 0,3 % du PIB) ainsi que le volume ainsi que l'efficacité des dépenses en matière d'éducation et de formation professionnelle (moins de 4 % du PIB) est une priorité des autorités. Favoriser les investissements étrangers à plus forte valeur ajoutée et contribuer au désenclavement de certaines régions sont les deux principaux défis que le BOI propose de son côté de relever.
Enfin, nous ne pouvons qu'encourager la Thaïlande à signer la Convention Internationale de l'OCDE sur la lutte contre la corruption d'agents publics étrangers dans les transactions commerciales internationales. En étant sorti de la liste noire du GAFI en février dernier, puis de la liste grise en juin, les autorités thaïlandaises ont démontré leur volonté et leur capacité à adapter rapidement le cadre juridique local pour répondre aux normes internationales en matière de lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme. Nous pouvons donc faire preuve d'optimisme.

Quelques jours après la visite du Premier ministre chinois en Thaïlande et son discours historique devant le Parlement thaïlandais, quel bilan faites-vous de cette visite, notamment au regard du positionnement de la France vis-à-vis des grands projets d'infrastructures du royaume?
La Chine est le premier client de la Thaïlande (19,6 Mds EUR d'exportations en 2012) et son second fournisseur (27,4 Mds EUR d'importations en 2012) après le Japon. En termes d'investissements (417 M EUR en 2012), la Chine se situe au second rang, également derrière le Japon. Enfin, avec 2,8 millions de touristes l'an dernier (augmentation de 62% par rapport à 2011) représentant 12,5 % du total, la Chine est le premier pays d'origine des visiteurs étrangers en Thaïlande.
La première réunion du groupe de travail mis en place suite à la signature d'un accord bilatéral de coopération ferroviaire entre la France et la Thaïlande se tiendra fin novembre à Bangkok. Elle nous permettra de confirmer notre souhait, et celui de nos entreprises, d'être impliqué dans le programme de modernisation des infrastructures ferroviaires. Tout en étant réaliste et conscient de la vive concurrence à laquelle nous sommes confrontés, il convient de continuer à creuser notre sillon, le succès historique que vient de remporter Alstom en Afrique du Sud (cf www.lepetitjournal.com/johannesbourg), face notamment à deux concurrents chinois, nous y incitent vivement.

Quels sont aujourd'hui les principaux prospects économiques pour la France en Thaïlande, qu'en est-il, et quelle est l'action de la France pour les atteindre?
En dessinant les contours d'un environnement politique et institutionnel qui permettent à nos entreprises de lutter à armes égales avec la concurrence, l'ambassadeur et les services placés sous son autorité n'ont d'autre ambition que de renforcer la place de la France sur le marché thaïlandais et de promouvoir nos échanges économiques et commerciaux.
Les visites ministérielles contribuent au renforcement de notre relation bilatérale au bénéfice de nos PME et grands groupes. Au-delà des récentes visites croisées des Premiers Ministres et des ministres de Transports, le dialogue économique de haut niveau entre notre ministre du Commerce Extérieur et le ministre thaïlandais du Commerce participe également de cette volonté. Il se tient à un rythme annuel, à Bangkok et à Paris, la prochaine réunion étant programmée au premier semestre 2014.
La très bonne coordination et la complémentarité des actions des partenaires (Ubifrance, CCFT, Conseillers du Commerce Extérieur, AFD, ADETEF) de notre dispositif d'appui au développement international de nos entreprises constituent un atout supplémentaire. Présidé par l'ambassadeur, le Conseil Economique de l'ambassade réunit trimestriellement l'ensemble de ces partenaires. Un certain nombre d'actions coordonnées et conjointes, à destination notamment des représentants de la communauté d'affaires thaïlandaise, ont d'ores et déjà été engagées.
Dans le cadre des négociations en vue de la signature d'un accord de libre-échange entre l'Union européenne et la Thaïlande, le Service Economique effectue d'autre part un suivi actif de nos intérêts offensifs et défensifs, en accordant une attention toute particulière aux discriminations auxquelles sont confrontés nos exportateurs de vins et spiritueux et nos entreprises de service.
Le soutien aux investissements français en Thaïlande et la promotion de l'attractivité de notre territoire, ce dernier thème avec le concours actif de l'Agence Française pour les Investissements internationaux (AFII), constituent un autre volet de l'action des pouvoirs publics. C'est ainsi que nous organiserons en janvier prochain, en partenariat avec les autorités thaïlandaises, un séminaire destiné à promouvoir les investissements thaïlandais dans notre pays, à l'instar de ceux qui ont été réalisés ces dernières années par Thai Union Frozen, Double A et PTT GC.
Lire aussi notre article du 29 juillet 2010 Petit Navire racheté par le groupe thaïlandais Union Frozen products
Propos recueillis par Pierre QUEFFELEC (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) jeudi 31 octobre 2013
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Publié le 30 octobre 2013, mis à jour le 30 octobre 2013
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