Le procès de deux Chinois ouïghours, accusés d'être à l'origine de l'explosion à Bangkok l'an dernier, s'est finalement ouvert mardi après avoir été reporté plusieurs fois faute de traducteur qui convienne à la cour, cette dernière ayant permis à la Chine de proposer des interprètes malgré l'objection des accusés.
La Thaïlande juge depuis mardi Yusufu Mieraili et Bilal Mohammed, accusés d'avoir posé une bombe en août 2015 dans le sanctuaire hindou d'Erawan, dans le quartier commerçant de Ratchaprasong en plein cœur de Bangkok. L'explosion avait causé la mort de 20 personnes, pour la plupart des touristes chinois.
Les deux hommes sont des Chinois ouïghours, membre de la minorité turcophone musulmane qui se dit persécutée par Pékin.
L'explosion avait eu lieu plusieurs semaines après que la junte a rapatrié de force 109 Ouïghours en Chine, où cette minorité musulmane turcophone subit une forte répression culturelle et religieuse.
Le moment choisi pour l'attaque laisse penser à une revanche contre un pays qui fut un point de passage important pour les Ouighours. Mais les autorités thaïlandaises ont rejeté cette théorie et insistent sur l'hypothèse de représailles contre des mesures de répression prises contre un groupe de trafiquants.
Le procès a été déjà repoussé plusieurs fois, les autorités judiciaires thaïlandaise se disant incapables de trouver un traducteur.
Mais l'audience a finalement débuté mardi après que les juges ont accepté deux interprètes fournis par l'ambassade de Chine.
Les deux hommes ont contesté le recours à des traducteurs fournis par l'ambassade chinoise, mais leur objection a été rejetée.
"Je ne veux pas de traducteurs de Chine parce que la Chine ne respecte pas les droits des Ouïghours", a déclaré Bilal Mohammed, traduit en anglais par le traducteur contesté. "Je veux un traducteur qui parle ouïghour et vienne d'Amérique, du Canada, d'Australie ou d'un autre pays", a renchéri Yusufu Mieraili.
Le procès a été déjà repoussé plusieurs fois, les autorités judiciaires thaïlandaise se disant incapables de trouver un traducteur. L'implication de l'ambassade de Chine ajoute à l'atmosphère de suspicion autour du procès. Les méthodes d'enquête ont été décriées et les autorités thaïlandaises soupçonnées de vouloir étouffer l'affaire afin de ne pas déplaire à Pékin.
Lors de la précédente tentative de débuter le procès, les deux accusés avaient refusé la traductrice fournie par le tribunal, une Ouzbèke détenue par l'immigration pour séjour illégal. Le traducteur initial, un Ouzbek, est en fuite.
Il avait accusé la police d'avoir placé de la drogue sur lui, afin de le punir d'avoir aidé les Ouïghours en acceptant d'être leur traducteur. "Le choix des traducteurs actuels suscite des inquiétudes quant à l'impartialité du processus", a critiqué Sam Zarifi, de la Commission internationale des juristes, dont des observateurs assistent au procès.
Le poseur de bombe présumé, Bilal Mohammed, est allé jusqu'à dénoncer des "tortures". Il affirme avoir subi des pressions pour qu'il avoue, puis des mauvais traitements de la part de ses geôliers.
Cet attentat était survenu un mois après l'expulsion vers la Chine d'une centaine d'Ouïghours par la Thaïlande. Il avait visé un temple du centre de la capitale thaïlandaise très fréquenté par les Chinois.
Avec AFP (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) mercredi 16 novembre 2016
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