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À Sanur, restaurer les coraux ne suffit plus à enrayer leur déclin

À Sanur, les initiatives pour restaurer les récifs coralliens se multiplient. Pourtant, leur état continue de se dégrader. Une récente étude publiée dans Ocean & Coastal Management met notamment en cause le traitement des eaux usées, l’aménagement côtier et le manque de coordination entre les acteurs.

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Écrit par Lepetitjournal.com de Bali
Publié le 27 septembre 2026

Des récifs « modérément à sévèrement dégradés »

Berceau historique du tourisme à Bali, Sanur abrite des récifs coralliens qui s'étendent dans des lagons peu profonds et sur des platiers récifaux jusqu'à 2 à 3 kilomètres au large. Ils appartiennent au Triangle de Corail, l'une des régions marines les plus riches en biodiversité au monde.  

Ces récifs, qui abritent 25 % de toutes les espèces marines, jouent un rôle essentiel pour la biodiversité, mais aussi pour la protection du littoral contre les vagues et l’érosion. Ils participent aussi à l'économie locale, notamment à travers la pêche, le snorkeling, la plongée et les excursions en bateau.

Or, leur état est aujourd'hui préoccupant. Selon une étude menée par une équipe de chercheurs à partir de données écologiques et d'entretiens avec 18 acteurs locaux, les récifs de Sanur sont désormais considérés comme « modérément à sévèrement dégradés ». Dans les années 2010 déjà, la couverture moyenne de corail vivant n'atteignait que 15 à 25 %. Dans certaines zones, les récifs autrefois dominés par des coraux branchus ont laissé place à des champs de débris recouverts d'algues. Les secteurs proches du rivage et des zones touristiques sont les plus touchés. Une étude antérieure révélait un déclin de 38 % des récifs coralliens entre 2010 et 2023 dans les zones les plus fréquentées de Bali. 

→ Bon à savoir : on estime que plus de 50 % des récifs coralliens mondiaux ont déjà disparu ou sont gravement endommagés à cause de pressions locales et mondiales. Selon les projections, jusqu'à 90 % des récifs coralliens pourraient disparaître d'ici 2050 sans efforts significatifs de conservation et de restauration, ce qui pourrait avoir de profondes conséquences sociétales.

Tourisme, eaux usées et urbanisation en cause

Parmi les principales causes identifiées par les personnes interrogées figurent le rejet d'eaux usées non traitées, le contact direct des visiteurs avec les coraux, le manque d’encadrement réglementaire des activités nautiques, l'expansion urbaine et côtière, certaines pratiques de pêche, le changement climatique ou encore la construction d'infrastructures.

Les dommages sur les récifs peuvent être directs, avec par exemple des ancres jetées sur les récifs, des hélices de bateaux ou le piétinement des coraux. Mais d'autres menaces sont beaucoup moins visibles. L'étude pointe aussi la pollution de l'eau liée aux rejets provenant des habitations, des établissements touristiques et commerciaux, mais également de certaines zones agricoles situées plus à l'intérieur des terres. L'érosion et la mauvaise gestion des sols en amont peuvent également entraîner des sédiments jusqu'à la mer. En outre, les eaux riches en nutriments favorisent la prolifération des algues, qui peuvent peu à peu envahir l’espace occupé par les coraux et freiner leur développement.  

graphique illustrant les principaux impacts sur les récifs coralliens à sanur, bali

La dégradation des récifs a également des répercussions bien au-delà de la biodiversité. Parmi les conséquences citées par les acteurs interrogés figurent aussi la diminution des ressources pour les pêcheurs et la perte de protection naturelle du littoral.

Restaurer les coraux sans traiter les causes profondes

Pour remédier à cette situation, de nombreuses initiatives ont déjà été mises en place telles que la transplantation de coraux, l’installation de récifs artificiels, le nettoyage des plages et des récifs, des campagnes de sensibilisation, des programmes de surveillance ou encore la réglementation de certaines pratiques.

Or, le problème, selon les chercheurs, n’est pas lié à l'absence d'actions, mais à leur nature et leur manque de coordination. En effet, beaucoup se concentrent sur les conséquences visibles de la dégradation, sans agir sur ses causes profondes.

L'étude souligne également un décalage géographique. Alors que certaines des principales pressions prennent naissance à terre ou en amont, les interventions se concentrent essentiellement sur le littoral et les récifs eux-mêmes. Restaurer des coraux ne permet par exemple pas de supprimer les eaux usées ou les sédiments qui continuent de les abîmer.

Les chercheurs ne remettent pas pour autant en cause l'intérêt des programmes de restauration. Ils plaident plutôt pour leur intégration dans une stratégie plus globale visant à associer plusieurs types d'actions : amélioration du traitement des eaux usées, contrôle de la pollution, réglementation du mouillage des bateaux, surveillance des récifs ou encore meilleure gestion des activités côtières.

Autrement dit, planter de nouveaux coraux peut contribuer à restaurer un écosystème dégradé, mais cette action risque de rester limitée si les conditions environnementales qui ont provoqué son déclin ne changent pas.

Un manque de coordination entre les acteurs

Une autre difficulté mise en lumière par l'étude est liée à la gouvernance. À Sanur, la protection des récifs implique une multitude d'acteurs aux compétences et intérêts différents, tels que les autorités gouvernementales, desa adat, communautés locales, ONG, chercheurs, pêcheurs, hôtels et opérateurs touristiques.

Cela permet de multiplier les initiatives, mais entraîne également des chevauchements de responsabilités et un manque de coordination. Plusieurs personnes interrogées évoquent des projets similaires menés en parallèle, des procédures administratives complexes ou encore des difficultés à déterminer quelle institution est chargée de prendre certaines décisions.

Dans certains cas, les acteurs souhaitant mettre en œuvre un projet peuvent ainsi être renvoyés des autorités gouvernementales vers les responsables coutumiers pour obtenir une approbation, puis de nouveau vers l'administration pour les autorisations réglementaires. Une organisation qui peut ralentir la mise en œuvre des projets et conduire à ce que les chercheurs qualifient de « paralysie décisionnelle ».

Pour y remédier, l'étude préconise notamment de mieux répartir les responsabilités et de coordonner les différentes initiatives. Plutôt que de mener des projets indépendants, les chercheurs proposent ainsi de combiner plusieurs réponses complémentaires avec, par exemple, une opération de restauration pouvant être associée à des mesures visant à réduire les rejets ou la sédimentation qui menacent la zone concernée.

Le tourisme, problème mais aussi partie de la
solution ?

Quant au tourisme, il joue un rôle assez paradoxal dans la préservation des récifs. En effet, il contribue à plusieurs des pressions qui pèsent sur les coraux (dommages physiques liés aux activités nautiques, urbanisation du littoral ou production d'eaux usées). Toutefois, les récifs constituent eux-mêmes une ressource importante pour une économie locale qui dépend largement des visiteurs.

Pour les chercheurs, le secteur touristique pourrait donc devenir un levier majeur de conservation. Par exemple, des activités d'écotourisme à faible impact, des sorties de snorkeling encadrées ou des programmes d'éducation à l'environnement pourraient contribuer à sensibiliser les visiteurs. Hôtels et opérateurs touristiques peuvent également participer au financement de la restauration, du suivi écologique ou de la gestion des déchets.

L'étude évoque aussi la possibilité de mobiliser davantage de mécanismes économiques tels que des droits d'usage ou des contributions dédiées à la protection des récifs. À condition que l'argent collecté soit effectivement consacré à leur gestion, ces dispositifs permettraient de transformer une partie des revenus générés par le tourisme en financement pérenne pour la conservation.

À Sanur, l'enjeu ne serait donc pas seulement de restaurer davantage de coraux, mais de créer les conditions leur permettant de survivre sur le long terme. Pour les auteurs de l'étude, cela passe par des actions mieux coordonnées, une répartition plus claire des responsabilités et une prise en compte des pressions exercées aussi bien en mer que sur terre. Avec, au centre de l'équation, un secteur touristique qui peut contribuer à la dégradation des récifs autant qu'à leur sauvegarde.

 

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