Reconnaissable à son plumage blanc et à son regard bleu intense, le martin de Rothschild est l'un des oiseaux les plus rares au monde. Endémique de Bali, il a frôlé l'extinction sous la pression du braconnage et de la disparition de son habitat. Aujourd'hui, plusieurs programmes de conservation tentent de lui redonner une place dans les forêts de l'île indonésienne.


Un oiseau unique au monde
Au milieu de la végétation tropicale de Bali, une silhouette blanche se distingue entre les branches. Son plumage immaculé contraste avec le vert des feuillages. Autour de ses yeux, un masque bleu vif lui donne une apparence presque irréelle. Il s'agit du martin de Rothschild (Leucopsar rothschildi), également appelé étourneau de Bali ou Jalak Bali en indonésien.
Mesurant environ 25 centimètres, cet oiseau appartient à la famille des sturnidés. Il possède une longue huppe blanche, un bec jaunâtre et quelques plumes noires aux extrémités des ailes et de la queue. Son élégance naturelle en a fait l'un des symboles de la biodiversité indonésienne.
Contrairement à de nombreuses espèces d'oiseaux présentes dans l'archipel, le martin de Rothschild est endémique de Bali. Son aire de répartition naturelle se concentrait autrefois dans les forêts sèches et les savanes arborées du nord-ouest de l'île, notamment dans l'actuel parc national de Bali Barat.
Cette répartition géographique extrêmement limitée constitue aujourd'hui l'une de ses principales fragilités.
Une beauté devenue une menace
Pendant plusieurs décennies, le martin de Rothschild a été victime de son apparence exceptionnelle. Très recherché par les collectionneurs et les amateurs d'oiseaux en cage, il a fait l'objet d'un braconnage intensif.

En Indonésie, la tradition des oiseaux chanteurs occupe une place importante dans certaines communautés. Cette pratique culturelle a également favorisé un commerce dont les conséquences peuvent être dramatiques pour les espèces les plus rares.
Pour le martin de Rothschild, la pression a été particulièrement forte. À la fin du XXe siècle, sa population sauvage s'est effondrée. Au début des années 2000, seuls quelques individus subsistent encore dans la nature.
La disparition progressive de son habitat a aggravé cette situation. L'expansion agricole, les transformations des paysages et la réduction des espaces forestiers ont diminué ses possibilités de reproduction.
L'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) classe toujours l'espèce dans la catégorie « en danger critique d'extinction », le niveau de menace le plus élevé avant la disparition à l'état sauvage.
Son évaluation publiée en 2021 estimait le nombre d'individus matures sauvages entre un et quarante-neuf. Ce chiffre ne prend toutefois pas en compte l'ensemble des résultats obtenus depuis par les programmes de reproduction et de réintroduction.
Des programmes de conservation pour éviter l'extinction
Face au risque de disparition, plusieurs organisations indonésiennes et internationales ont engagé des programmes de protection.
Créée au début des années 2000, la Begawan Foundation a développé un programme de reproduction dès 1999. Son objectif est de faire naître des oiseaux en captivité avant de les réintroduire dans des environnements adaptés.
Entre 1999 et 2024, la fondation indique avoir relâché 185 martins de Rothschild dans la nature. Le suivi des individus, la surveillance des sites de reproduction et la sensibilisation des habitants constituent des éléments essentiels du programme.
Sur l'île voisine de Nusa Penida, une autre initiative a permis de développer une population réintroduite. Depuis 2006, la Friends of the National Parks Foundation travaille avec les communautés locales pour protéger les oiseaux contre le braconnage.
Les habitants participent directement à cette protection. Certaines communautés ont intégré la sauvegarde de l'espèce dans leurs règles coutumières, appelées awig-awig. Ces dispositions traditionnelles permettent notamment de sanctionner la capture illégale d'oiseaux.
L'expérience de Nusa Penida démontre qu'une conservation durable ne repose pas uniquement sur la surveillance scientifique. Elle dépend également de l'adhésion des populations qui partagent leur territoire avec les espèces menacées.
Un rôle essentiel dans les écosystèmes de Bali
Au-delà de sa beauté, le martin de Rothschild participe au fonctionnement des écosystèmes locaux.

Crédit photo : ©Damien Lafon - Terra Cultura
Son alimentation est variée. Il consomme notamment des insectes, des fruits et de petits invertébrés. En se nourrissant de fruits, il peut contribuer à la dispersion des graines et au renouvellement de la végétation.
Pendant la reproduction, les couples recherchent des cavités dans les arbres pour installer leurs nids. La femelle pond généralement deux à trois œufs. Les deux parents participent aux soins apportés aux jeunes.
La préservation des arbres matures est donc indispensable. Sans sites de nidification adaptés, les oiseaux réintroduits peuvent difficilement développer des populations autonomes.
Les programmes de conservation doivent ainsi protéger non seulement l'espèce, mais également les milieux naturels nécessaires à sa survie.
Un avenir encore fragile pour le martin de Rothschild
Les efforts engagés depuis plusieurs décennies commencent à porter leurs fruits. Des oiseaux évoluent désormais librement dans plusieurs secteurs de Bali et de Nusa Penida, grâce aux programmes de réintroduction.
En avril 2026, douze martins de Rothschild supplémentaires ont été relâchés dans le district de Badung, lors d'une opération menée par les autorités balinaises de conservation de la nature et leurs partenaires locaux.
Ces initiatives illustrent une mobilisation qui dépasse désormais les limites du parc national de Bali Barat.
Pourtant, la situation reste fragile. Le commerce illégal, la fragmentation des habitats et la dépendance de certaines populations aux programmes de reproduction demeurent des préoccupations importantes.
Relâcher des oiseaux ne suffit pas. Leur survie dépend de leur capacité à se nourrir, à se reproduire et à élever leurs petits sans intervention humaine permanente.
À Bali, où le développement touristique transforme rapidement les paysages, la protection du martin de Rothschild représente un enjeu plus large : celui de préserver un patrimoine naturel unique face aux pressions humaines.
Autrefois proche de disparaître, cet oiseau au plumage blanc incarne aujourd'hui une possibilité de renaissance. Son avenir dépendra de la continuité des efforts scientifiques, de la protection de ses habitats et de l'engagement des communautés locales.
Sources
UICN – Liste rouge des espèces menacées (2021) : Leucopsar rothschildi, statut de conservation et menaces.
Begawan Foundation – Bali Starling Conservation : programme de reproduction, réintroduction et conservation communautaire.
Friends of the National Parks Foundation : programme de protection et de réintroduction du martin de Rothschild à Nusa Penida.






