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DOSSIER : Les femmes en Nouvelle-Zélande (2/2)

Par Maé Castellet | Publié le 11/03/2018 à 08:36 | Mis à jour le 21/09/2018 à 04:20
Place des femmes en Nouvelle Zélande

Deuxième Partie :  Les droits des femmes en Nouvelle-Zélande : l’envers du décor

 

Nous vous présentions il y a quelques jours, la première partie de notre dossier sur les femmes en Nouvelle-Zélande. Elles bénéficient de meilleures conditions de travail que dans les autres pays, dont la France. Cependant, nous allons voir dans cette deuxième et dernière partie que leurs conditions de vies sont parfois loin d’être idylliques et que de nombreux progrès restent à faire pour assurer les droits des femmes. 

 

Contraception et avortement

Ces « droits » sont régis par le Contraception, Sterilisation and Abortion Act de 1977. La pilule est délivrée sous ordonnance, même s’il est question depuis 2016 de pouvoir la mettre à disposition sans la prescription d’un médecin. En Nouvelle-Zélande, vous pouvez trouver les mêmes types de contraception qu’en France, que ce soit en pharmacie ou auprès du planning familial. Néanmoins, il existe la « Conscientious Objection ». Cette notion autorise légalement le droit de refuser de fournir aux patients des services de santé légitimes. En d'autres termes, un médecin peut refuser de recommander un avortement ou refuser de donner une ordonnance pour la contraception. De même, une infirmière peut refuser d'aider le patient dans ces procédures, tout comme un pharmacien peut refuser de remplir une prescription légale de contraception ou de contraception d'urgence.

On peut noter que cette « objection de conscience » n'est autorisée que dans le contexte des soins de santé génésique, soit ceux qui consistent à prendre le contrôle de sa propre fertilité. On peut ainsi se poser la question : la femme est-elle vraiment libre de disposer de son corps ? Avant 2010, les médecins contestataires devaient au moins vous référer à un médecin qui fournirait le service. Mais en 2010, la Haute Cour a déclaré qu'une telle assistance compromettait la conscience des médecins. C'est pourquoi aujourd'hui, tout médecin qui s'oppose à ce type de contraception est légalement obligé de vous dire que les soins sont disponibles auprès d'un autre médecin (sans forcément vous donner un contact) ou d'une clinique de planning familial. 

 

AVORTEMENT

 

Penchons-nous désormais sur un deuxième point qui fait particulièrement débat : le droit à l’avortement. En tant que français, où l'avortement est légal (depuis la loi Veil en 1975), nous pouvons être pour ou contre l’idée qu’il y a derrière, mais nous considérons qu'une femme est libre de choisir ce qu’elle estime le plus bénéfique compte tenu de sa vie privée. Cependant, Mesdames (et Messieurs), sachez qu’en 2018 l’avortement est toujours illégal en Nouvelle-Zélande. Bien qu'on puisse parfois lire que l’avortement est légal et autorisé, cela dépend en fait de plusieurs conditions et ce droit n’est pas accessible à tout le monde. 

Il est légal dans les cas où la femme enceinte est confrontée à un danger pour sa vie, sa santé physique ou mentale, ou s'il existe un risque que le fœtus soit handicapé (ce point a été ajouté en juillet 1978). Dans les cas non protégés par ces motifs, l'avortement est un crime en vertu du Crimes Act de 1961. D’autres facteurs peuvent être pris en comptes : s’il s’agit d’une grossesse causée par un viol ou si la mère est jugée trop jeune pour s’occuper d’un enfant, alors la femme pourra avoir accès à l’avortement. Les avortements doivent être approuvés par deux médecins, dont l'un doit être gynécologue ou obstétricien. 

Violences faites aux femmes 

La Nouvelle-Zélande est un pays où l’on peut admirer une égalité homme/femme bien au-dessus de la moyenne dans le milieu du travail. Néanmoins, tous les domaines ne jouissent pas d’une telle équité et l’envers du décor peut parfois être chaotique. Il faut savoir que le pays détient de tristes records en ce qui concerne les violences faites aux femmes. En témoigne les chiffres estimés par le Family Violence Clearinghouse et disponibles sur le site internet https://nzfvc.org.nz.

 

VIOLENCE FEMME

 

Une femme néo-zélandaise sur trois (35%) déclare avoir subi au moins une agression physique ou sexuelle par l’un de ses partenaires au cours de sa vie. Lorsque l'abus psychologique et émotionnel est inclus, 55% déclarent avoir été victimes de violences conjugales. Entre 2009 et 2015, celles-ci étaient responsables de 92 décès, dans 98% des cas, ils s’agissaient de femmes. Il est important de noter que selon les estimations, ¾ des agressions perpétrées par un membre de la famille ne sont pas déclarés à la police. Les femmes handicapées sont deux fois plus susceptibles d'être victimes de violence ou d'abus que les autres femmes.

De plus, 76% des agressions enregistrées contre des femmes sont commises par un membre de la famille (souvent le partenaire). Selon les estimations, la violence familiale coûterait entre 4,1 et 7 milliards de dollars par année au pays (ce chiffre comprend notamment les coûts directs pour le gouvernement de fournir des services de lutte contre la violence familiale et sexuelle). Les Maoris sont plus susceptibles que la moyenne néo-zélandaise d'être victimes d’agressions.

Selon une enquête transversale1 auprès des ménages, menée à l'aide d'un système d'échantillonnage, les blessures les plus courantes sont les écorchures et les ecchymoses ; suivi de coupures, de blessures à l'œil ou encore à l'oreille. Au total, 2855 femmes âgées de 18 à 64 ans ont été interrogées sur leur expérience de la violence conjugale, les blessures résultant de la violence et leur utilisation des services de santé. Résultat, sur les 956 femmes qui avaient subi un physique et / ou sexuel par un partenaire au cours de leur vie, la moitié a été de nouveau blessée par la suite. Beaucoup de femmes ont déclaré avoir besoin de soins de santé pour soigner ces blessures, mais la plupart (86%) n'en n’a pas reçu. Souvent, les victimes ne parlent pas, par ou par la peur de nouvelles violences.

Mariages forcés 

Cette dernière partie peu quelque peu effrayer, mais heureusement des efforts ont été des faits du côté du gouvernement pour punir le mariage forcé. L’ancien Premier Ministre, John Key, a annoncé mi-septembre que la loi serait renforcée en ce qui concerne les violences domestiques. Il s’agit de l’amendement au Domestic Violence Act (datant de 1995) en 50 points. Jusqu’alors, les mariages forcés n’étaient considérés que comme de "simples délits". Ils sont désormais punis en tant que crimes à travers de lourdes condamnations. Selon le New Zealand Herald, l’âge minimum autorisé pour le mariage étaient de 16 ans et près de 800 filles âgées de moins de 18 ans, se seraient mariés, dont la plupart sous la contrainte, entre 2000 et 2010. 

 

MARIAGE FORCE

 

Les femmes victimes de mariages forcés sont principalement réfugiées d’Afrique, d’Asie ou du Moyen-Orient. Shakti New Zealand est une association qui vient en aide aux femmes de ces communautés, sa directrice Farida Sultana a déclaré : « Ces 5 dernières années, je dirais que nous avons sauvé 300 filles de mariages forcés et je ne parle que de ceux qui nous sont signalés et pour lesquels nous pouvons intervenir ». Grâce à la révision de la législation, des mesures plus radicales s’appliqueront pour les abus envers un membre familial. Considérés désormais comme circonstances aggravantes, ils seront plus sévèrement punis.

La Nouvelle-Zélande se présente donc comme étant un pays dichotomique, où la place des femmes et leurs droits peuvent être questionnés, si ce n’est remis en question. Avec la volonté de légaliser l’avortement et la criminalisation des mariages forcés laisse entendre que le pays est sur la bonne voie, même si de nombreux efforts restent à faire, ici aussi. 

 

1 Physical injuries resulting from intimate partner violence and disclosure to healthcare providers: results from a New Zealand population-based study  The study was funded by the Health Research Council of New Zealand, and replicates the World Health Organization Multi-Country Study on Women’s Health and Domestic Violence Against Women. By Janet L Fanslow1 and Elizabeth M Robinson

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Maé Castellet Le Petit Journal Auckland

Maé Castellet

Étudiante en Journalisme à Lyon 2 et stagiaire au sein de la rédaction Lepetitjournal.com. Je suis passionnée de voyages avec un vif intérêt pour les questions de société.
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