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Les classiques du cinéma font rêver les nouvelles générations grecques

Ce phénomène s’est accéléré depuis le Covid , les adolescents et jeunes adultes cherchant à renouer des liens physiques. Ces séances leur donnent l’opportunité de passer un bon moment avec leurs amis tout en se cultivant à propos de sujets et d’époques qu’ils ne connaissent pas toujours.

Vue d'une caméra de film sur fond blanc, une bobine étant visible sur ce fondVue d'une caméra de film sur fond blanc, une bobine étant visible sur ce fond
Écrit par Eliot Chalier
Publié le 20 juillet 2026

 

Si quelqu’un s’était retrouvé au Ciné Paris à Athènes samedi dernier, il aurait pu penser avoir remonter le temps jusqu’en 2001 : une ambiance détendue, des jeunes rassemblés autour de tables exposées aux éléments, une boisson à la main, tandis qu’« Amélie » passait à l’écran. Vingt-cinq ans plus tard, le film a été projeté devant une salle complète, comme si aucun jour ne s’était écoulé depuis ce mois de septembre où l’œuvre de Jean-Pierre Jeunet avait été présentée en avant-première à Athènes.

« Chaque reprise se vend à guichets fermés au Ciné Paris », explique Christos Bechtsis, responsable distribution sur la plateforme de streaming Cinobo, mais aussi de la programmation de ce cinéma situé dans le quartier de Plaka. La plupart des soirs, ceux qui se promènent sur la rue Kidathineon voit une longue file de personnes patientant pour accéder à la terrasse offrant une vue imprenable sur l’Acropole, avant la prochaine séance.



Une option abordable pour les jeunes grecs

Bien sûr, tous les cinémas ne connaissent pas le même succès au box-office. Pourtant, il est vrai que chaque été, les cinémas en plein air que ce soit à Athènes ou ailleurs en Grèce célèbrent les films des décennies passées. Ce qui a probablement commencé comme une nécessité pratique a rassemblé un public fidèle, et est s’est transformé en une célébration de l’histoire du grand écran.

« Historiquement, les cinémas d’été projetaient des films plus anciens parce qu’il était beaucoup moins cher de se procurer des copies que pour les sorties en première. C’était encore le cas jusqu’à il y a environ une décennie. Aujourd’hui, à l’ère du cinéma numérique, les choses sont beaucoup plus faciles, car on peut obtenir pratiquement tout ce que l’on veut. Mais même ainsi la ressortie des films classiques a perduré, parce qu’elle a un public constant », explique monsieur Bechtsis.

Le progrès technologique y a sûrement joué un rôle dans les dernières années : quiconque a essayé de regarder « Autant en emporte le vent » en usant d’un vieux vidéoprojecteur n’a certainement pas eu la même expérience que ceux qui ont apprécié ce chef-d’œuvre dans sa version restaurée en 4K. C’est particulièrement vrai pour le cinéma grec, car le patrimoine cinématographique du pays fait l’objet d’une campagne de restauration extensive, placée sous l'égide du Centre hellénique du film et de l'audiovisuel (EKKOMED).

 

Des films très variés

Actuellement, les cinémas en plein air d'Athènes projettent des œuvres tels que « La Garçonnière » de Billy Wilder, « Quand la ville dort » de John Huston et « Psycho » d'Alfred Hitchcock. Ils revisitent également des classiques modernes plus récents, tels que « Amélie », « Les Autres » d'Alejandro Amenábar, « La Haine » de Mathieu Kassovitz et « Innocents » de Bernardo Bertolucci – des films qui ont d'abord été vus par le public au début du XXIe siècle et qui célèbrent maintenant leur 20ᵉ ou 25ᵉ anniversaire.

Selon Christos Bechtis, « les classiques sont sans âge. Un classique est quelque chose qui passe d'une génération à l'autre. Ces films ont un public qui les a aimés dans le passé et souhaite les revisiter, et un autre public qui en a entendu parler et veut les découvrir. Ce qui me frappe également, c’est comment, par exemple, « In the Mood for Love » de Wong Kar-wai – un film qui avait vendu très peu de billets lors de sa sortie en 2000 – fait salle comble partout où il est projeté ces dernières années ».

 

Renversement d’audience

Si les années précédentes les ressorties attiraient principalement un public plus âgé, la situation semble s’être complètement inversée.. « Je pense que nous [la génération Z] allons voir ces films par nostalgie d’une chose que nous n’avons essentiellement jamais vécue », analyse Nikos Chronopoulos, 24 ans. « D’une certaine manière, nous revenons en les visionnant à un mode de vie plus analogique, probablement en idéalisant ou en voyant les époques passées comme plus romantiques ». Ayant vu « Manhattan » de Woody Allen à un jeune âge, Nikos est devenu un habitué des cinémas en plein air, les rétrospectives étant ses séances favorites.

La génération Z fait ainsi montre d’un intérêt remarquable pour ce type de cinéma, et non une simple tendance à aimer ce qui est « vintage ». Nikos Chronopoulos confirme que « c’est aussi une question d’esthétique. Nous parlons de caméras différentes, de tournage sur pellicule […] et de générations de grands réalisateurs. Il est vrai que certains de ces films contiennent des éléments pouvant sembler presque simplistes de nos jours, mais vous les regardez pour voyager dans un environnement plus ‘cinématographique’ ».

Selon Nefeli Tsingeli, 28 ans, « j’ai l’impression qu’aujourd’hui, les films essaient trop d’être réalistes, ce qui fait que beaucoup d’entre eux […] manquent d’originalité. En revanche, quand on regarde Hitchcock, Kubrick, Fellini, Bunuel, ou d’autres, on voit vraiment la magie du cinéma », dit-elle. Pour elle, l’œuvre qui l’a faite basculer était « La Piscine » de 1969, avec Alain Delon et Romy Schneider. Elle est donc une clientèle tout indiqué pour le cinéma en plein air Athénée, à Patissia, au slogan des plus équivoques : « même si les films ne changent pas le monde, nous croyons qu’ils le peuvent ».

 

Renouveler l’engagement

Le programme de l’Athénée cet été comprend une sélection riche, allant de « Taxi Driver » de Martin Scorsese et « Midnight Express » d’Alan Parker, à des perles plus rares telles que « My Fair Lady » de George Cukor ou « Les Sentiers de la gloire » de Stanley Kubrick. Velissarios Kossivakis, directeur de la programmation sur place, assure avoir mis sur place « un programme de films classiques hollywoodiens, dont la plupart n’ont pas été montrés pendant de nombreuses années, tous restaurés numériquement.

« Il est certainement positif qu'un grand nombre de jeunes de 18 à 22 ans viennent », ajoute-t-il, « mais il est encore mieux que des publics plus jeunes et plus âgés échangent entre eux à propos des films. On voit ce qui se passait dans notre génération, c’est-à-dire des gens ayant des conversations après la projection, mais sans les divisions générationnelles que nous avions autrefois ». Il soutient également que « les spectateurs arrivent maintenant mieux informés » et que « chacun de ces films devient une occasion pour quelqu'un d'explorer ce riche univers qu’est le grand écran. »

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