À Hydra, le temps ne passe pas, il s’accumule. Les maisons montent en gradins autour du port, les escaliers remplacent les routes, et le bruit le plus moderne reste celui d’une valise sur les pavés. Pourtant, depuis quelques jours, un autre rythme s’est glissé dans ce silence, celui d’un tournage international.


L’acteur est arrivé jeudi 19 février 2026, accompagné de sa compagne Ines de Ramon, et le tournage local doit durer environ deux semaines, transformant momentanément l’île en décor de production. Des équipes techniques nombreuses, autour de 250 personnes présentes sur place, une organisation discrète mais visible, et une mobilisation locale inhabituelle accompagnent cette installation hollywoodienne.
Plusieurs restaurants et bars de l’île ont d’ailleurs rouvert exceptionnellement ou prolongé leurs horaires pour accueillir l’équipe et l’activité générée par le tournage. Hydra devient ainsi une étape dans un tournage européen plus vaste, entamé notamment en Irlande, où se situe une partie essentielle de l’histoire.
Adapté du roman de Tim Winton, publié en 1994 et dont une partie a été écrite sur l’île
Installé en Irlande avec sa famille, il voit sa vie basculer lorsque sa femme disparaît mystérieusement après un voyage en Australie, laissant leur fille seule à l’aéroport. Commence alors une recherche obsessionnelle à travers l’Europe, un voyage moins géographique que mental, où chaque paysage devient un fragment d’absence. Le récit appartient à cette tradition du drame intime anglo-saxon où la route ne mène pas seulement vers quelqu’un, mais vers ce qui reste de soi. Chez Berger, dont le cinéma s’attache souvent aux blessures invisibles, le roman trouve un prolongement presque naturel.
Brad Pitt tient le rôle principal et produit le film avec sa société Plan B, entouré d’une distribution internationale qui réunit notamment Julianne Nicholson, Coco Greenstone, Michael Smiley, Danny Huston, Camille Cottin et Ulrich Thomsen. Le film est produit avec la participation de Scott Free Productions et doit être distribué par A24, confirmant une ambition à la fois artistique et mondiale.
Hydra ne se résume pas qu’à un décor de cinéma, mais l’île a pourtant accueilli plusieurs tournages. Dès les années 1950 et 1960, elle apparaît dans des productions internationales comme A Boy on a Dolphin avec Sophia Loren ou Phaedra de Jules Dassin, qui ont contribué à inscrire ses paysages dans l’imaginaire cinématographique.
Plus récemment, elle a servi de cadre à la série internationale So Long, Marianne, qui retrace l’histoire de Leonard Cohen et de Marianne Ihlen dans les années 1960. Elle a aussi accueilli certaines scènes du film grec Kapodistrias, tourné dans plusieurs régions du pays. Hydra n’est pas un plateau permanent, mais un lieu vers lequel le cinéma revient régulièrement, autant pour sa lumière que pour l’atmosphère singulière qu’elle dégage.
L'ile reste également associée à une bohème artistique, à l’exil volontaire, aux écrivains et aux musiciens étrangers venus y chercher un autre rythme. Elle n’est pas un studio naturel, mais un décor mental. C’est précisément ce qui la rend pertinente pour The Riders. L’histoire parle d’errance, d’absence et de paysages traversés comme des états d’âme. Hydra, avec sa beauté presque abstraite, ressemble moins à un lieu qu’à une pause dans le monde.
Ces jours-ci, les habitants croisent parfois Brad Pitt dans le port ou près des lieux de tournage, à moins qu’il ne s’agisse de l’un de ses sosies, car la production en compte plusieurs. La présence du cinéma secoue un peu l’île, bien sûr, mais sans agitation excessive. Ici, on observe davantage qu’on ne s’emballe. Les habitants regardent de loin, reprennent leur chemin, et continuent leur journée avec ce calme particulier de ceux qui vivent déjà dans un décor de carte postale. À Hydra, Hollywood passe, mais la vie reste exactement à sa place.
C’est peut-être justement cela qui attire le cinéma : Hydra donne à chaque scène une patine de mémoire, comme si les histoires y naissaient déjà chargées de passé.
Sur le même sujet

















