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Le tétrapharmakos : un remède grec ancien pour l’âme

Et si un remède contre l’angoisse existait depuis plus de deux millénaires ? Dans la Grèce antique, les disciples d’Épicure formulaient le tétrapharmakos, quatre maximes destinées à libérer l’esprit de ses peurs. Un héritage philosophique qui résonne encore aujourd’hui.

Statue GrecqueStatue Grecque
Écrit par Rémi Barjolle
Publié le 24 février 2026, mis à jour le 25 février 2026

Le tétrapharmakos (τετραφάρμακος en grec ancien) signifie littéralement « quadruple remède ». Ce terme désignait à l’origine une préparation pharmaceutique composée de quatre substances : cire, suif, poix et résine.

Dans la tradition philosophique, ce nom passe de la médecine au symbolisme. Les épicuriens de l’époque romaine l’utilisent métaphoriquement pour désigner quatre remèdes de l’âme, destinés à guérir les maux psychologiques et à conduire à une vie sereine.

Origine et contexte philosophique

Le tétrapharmakos est étroitement lié à Épicure (341-270 av. J.-C.), philosophe grec dont l’enseignement central porte sur la recherche du bonheur. Épicure fonde l’épicurisme, une école qui place la tranquillité de l’âme et l’absence de douleur au cœur de l’existence heureuse.

Ce quadruple remède apparaît résumé dans des fragments retrouvés à Herculanum, notamment par le philosophe Philodème de Gadara. Dans ces textes, les quatre maximes du tétrapharmakos sont énoncées de façon concise, comme un guide pratique pour écarter les peurs et les anxiétés.

Les quatre maximes du Tétrapharmakos

Le tétrapharmakos se compose de quatre conseils fondamentaux :

  1. Ne pas craindre les dieux
    Épicure considère que les dieux, s’ils existent, sont parfaitement heureux et détachés des affaires humaines. Ils ne punissent ni ne récompensent, et leur existence ne doit donc pas être source de peur.

  2. Ne pas s’inquiéter de la mort
    Pour Épicure, la mort n’est rien pour nous : tant que nous vivons, la mort n’est pas là, et lorsque la mort arrive, nous ne sommes plus là pour la ressentir. Ainsi, l’idée de mort ne devrait pas être une source d’angoisse.

  3. Ce qui est bon est facile à obtenir
    Les nécessités de la vie : nourriture, abri, relations amicales sont à la portée de chacun. Les désirs naturels et essentiels sont simples à satisfaire, et s’attacher à eux conduit à la paix de l’esprit.

  4. Ce qui est terrible est facile à endurer
    La souffrance, selon cette maxime, est rarement insupportable ou permanente. En gardant une perspective rationnelle, même les situations difficiles peuvent être acceptées et traversées sans angoisse excessive.

 

Vivre sans trouble ni illusion

Le tétrapharmakos n’est pas une simple recette : il incarne l’idée que la philosophie elle-même est un remède. Pour Épicure, la source principale du malheur humain est l’anxiété la peur des dieux, de la mort, de la pénurie ou de la douleur.

En adoptant ces quatre préceptes, on vise à atteindre l’ataraxie, un état de tranquillité mentale sans trouble, et l’aponie, l’absence de douleur corporelle. L’objectif n’est pas la recherche effrénée du plaisir, mais plutôt une forme de satisfaction profonde et durable, libérée des peurs artificielles.

Une pensée qui traverse les siècles

Le tétrapharmakos a traversé les siècles comme une formule mémorable de sagesse pratique. Son impact s’étend bien au-delà de l’Antiquité, influençant aussi bien la psychologie moderne que des penseurs ultérieurs qui voient dans cette synthèse épicurienne un guide pour affronter les doutes et les angoisses universelles.

Ainsi, ce quadruple remède continue à inspirer ceux qui cherchent une vie plus simple, rationnelle et sereine, un héritage durable de la pensée grecque antique.

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