Édition internationale

Le livre "Ithaque" d’Alexis Tsipras, prélude à un retour politique?

L’ancien Premier ministre et leader de la coalition de gauche SYRIZA a publié ses mémoires politiques fin novembre aux éditions Gutenberg. L’ouvrage, de 730 pages, parait peu après sa démission du Parlement,  où il siégeait comme député.

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Écrit par Laurette Buchart
Publié le 4 février 2026, mis à jour le 9 février 2026

Le 6 octobre, Alexis Tsipras avait annoncé vouloir « privilégier l’engagement social » au confort institutionnel, après la défaite de SYRIZA aux élections législatives. Le parti avait été relégué à la troisième place, loin derrière la Nouvelle Démocratie. Déjà, à l’été 2023, il avait quitté la direction du parti.

Et peu après ce retrait de la vie politique, la parution d'Ithaque semble annoncer son retour.

2015-2019 : diriger un pays au bord de l’effondrement économique

Si le livre évoque brièvement ses débuts en politique – de son engagement à la Jeunesse communiste jusqu’à la tête de SYRIZA – il se concentre surtout sur le récit de ses quatre années au pouvoir.

Dès les premières pages, il se justifie :

« Ce livre n’a pas été écrit pour embellir les décisions, les évènements, ou construire un récit convenant à son auteur ».

Et pourtant. L’ouvrage retrace les conflits des années de la crise grecque, et tente de réhabiliter une image marquée par les erreurs politiques, les divisions internes et un héritage toujours débattu.

« Le moment est venu de dire ma vérité », écrit-il.

Il raconte les coulisses de son mandat : la crise financière, le référendum risqué de juillet 2015 (qui avait failli sortir la Grèce de la zone euro), sa démission puis sa réélection, ou encore la scission de SYRIZA. Un récit étayé par des documents internes, des procès verbaux de réunions et des souvenirs de dialogues avec de grands dirigeants européens.

Tsipras reconnaît certaines erreurs, comme son alliance controversée avec le parti nationaliste ANEL ou la gestion ratée de l’enquête pour corruption de Novartis. Mais il défend toutes ses décisions majeures, tout en admettant leurs coûts.

Un ouvrage tourné vers l’avenir

L’ancien chef d’Etat se présente donc comme un démocrate imparfait mais sincère, un europhile incompris, capable de recoudre une gauche fragmentée.

« J’ai peut-être commis des erreurs, mais je n’ai jamais manqué de courage », affirme-t-il

Par cette image, il s’oppose au Premier ministre actuel, Kyriakos Mitsotakis, qu’il accuse de construire un « système fermé, autoritaire et intéressé », sous le couvert d’un Etat technocratique efficace.

Le livre n’est donc pas un mémoire de retraite discret. Tsipras relie son passé au moment politique présent. Dans le dernier chapitre, intitulé « Boussole », il partage ses réflexions sur l’avenir.

L'auteur évoque la crise de SYRIZA, due selon lui à ses « pathologies internes ». Il critique le futur leader du parti, Stefanos Kasselakis, jugé mal préparé et peu familier avec les réalités politiques grecques.

En l’absence d’un leader progressiste capable de fédérer, Alexis Tsipras semble préparer le terrain pour reprendre ce rôle.

Il affirme avoir évolué, se dit mal interprété par ses détracteurs et se pose comme figure providentielle face à une gauche fragmentée. Il esquisse le rêve d’un « nouveau patriotisme progressiste », qui trace probablement les bases philosophiques de son futur mouvement.

« Ce livre n’est pas seulement un dépôt d’expériences », conclut-il « c’est aussi une proposition. Une tentative de transformer les connaissances acquises en plan, en vision pour la Grèce de demain ».

Publié le 9 février 2026, mis à jour le 9 février 2026
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