Édition internationale

Géopolitique : une présence grecque dans le détroit d’Hormuz ?

Manos Karagiannis, professeur en relations internationales à l’université de Macédoine et conférencier en sécurité internationale au King’s College de Londres, nous livre son point de vue sur l’après-guerre en Iran.

Vue du détroit d'Hormuz au crépuscule prise depuis la mer, un pétrolier et des terres émergées étant visibles à droite de l'imageVue du détroit d'Hormuz au crépuscule prise depuis la mer, un pétrolier et des terres émergées étant visibles à droite de l'image
Écrit par Eliot Chalier
Publié le 6 juillet 2026

 

Les négociations actuelles entre les États-Unis et l’Iran témoignent d'une volonté politique des deux côtés de mettre fin aux hostilités. Malgré l'opposition évidente du gouvernement israélien, Washington semble préparer le terrain pour commencer à réduire sa présence militaire au Moyen-Orient. Le désengagement progressif des États-Unis créera un vide de pouvoir dans le Golfe, qui pourrait être comblé par une force navale internationale ou exclusivement européenne, dont l'objectif principal sera de garantir la libre circulation des navires.

L'Union européenne envisage déjà d'étendre l'opération Aspides de la mer Rouge au détroit d'Ormuz, en dégageant les mines et en escortant les navires commerciaux. Parallèlement, la Grande-Bretagne et la France ont exprimé leur intention de diriger une « coalition des volontaires », qui pourrait également inclure des nations non européennes. Dans tous les cas, le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a déjà déclaré qu’Athènes fera partie d'un tel groupe.

 

Une mission de surveillance qui n’est pas sans risque

Cependant, le risque opérationnel ne doit pas être sous-estimé. Cette opération spécifique ne se compare pas à celle de la mer Rouge, où la menace provenait de la milice Houthi, aux capacités assez limitées. L'Iran possède des milliers de mines, dont certaines sont du type avancé EM-52, et personne ne sait avec certitude combien sa marine a déployé et où exactement. Sans l'approbation de Téhéran, ou au moins sa tolérance, la présence de navires de guerre étrangers peut être considérée comme un acte hostile.

La marine hellénique n'a jamais opéré aussi loin de chez elle, et les ressources seront plus compliquées à acheminer, tandis que la communauté de renseignement grecque n'est pas en mesure de rassembler ses propres informations pour soutenir la mission. D'autre part, avoir une présence militaire à Hormuz sert les intérêts nationaux immédiats de la Grèce de plusieurs manières.

 

Renforcer l’influence grecque au niveau régional

Tout d’abord, la Grèce possède la plus grande flotte maritime marchande du monde et assurer un passage sûr est une priorité stratégique nationale. Dans cette situation critique, la présence des forces navales grecques contribuerait à la sécurité des équipages des navires et à la stabilité des flux d'énergie vers l'Europe. De plus, la réticence de certains autres pays européens à contribuer à cet effort rend le rôle de la Grèce encore plus important au niveau international et régional.

Par la suite, avoir une présence militaire sur place renforcerait considérablement la position de la Grèce au sein de l'UE. En ces temps de grands défis géopolitiques, Athènes a l'opportunité de montrer qu'elle joue un rôle actif dans la sécurité européenne. Un tel développement augmenterait sans aucun doute notre pouvoir de négociation dans les discussions sur la défense européenne. En même temps, le prestige national de la Grèce serait renforcé à Washington, puisque le pays réaffirme sa valeur stratégique en tant que fournisseur de sécurité régionale.

Enfin, la Grèce contribuerait de manière des plus emphatiques à la construction de la nouvelle architecture de sécurité dans la région élargie. Sa relation avec les monarchies du Golfe arabe serait encore améliorée, pouvant potentiellement produire des dividendes économiques et diplomatiques concrets. En outre, la Marine hellénique acquerrait une expérience opérationnelle inestimable dans des conditions réelles, ce qui renforcera indiscutablement les capacités de dissuasion du pays.

 

La Grèce doit se préparer à assumer ce rôle

Athènes, cependant, doit se préparer pleinement à une telle mission. Cela nécessitera une formation de l’équipage aux opérations à haute intensité et une interopérabilité complète avec les forces européennes. En outre, obtenir un mandat européen ou international est essentiel pour garantir que l’entreprise soit légalement protégée et pour atténuer le risque d’escalade. Au niveau diplomatique, cela signifie se coordonner avec l’Arabie saoudite, Oman et les Émirats arabes unis.

Dès que les conditions le permettent, il serait utile que le ministère des Affaires étrangères ouvre un canal de communication avec l’Iran : pour que cette entreprise fonctionne, Athènes et Téhéran doivent continuer à entretenir leurs relations diplomatiques. La dernier prérequis, et non des moindres, est que le gouvernement fournisse au Parlement un briefing détaillé concernant la participation grecque à une mission dans le détroit d’Hormuz, et recherche par tout les moyens un consensus multipartite.

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