Édition internationale

Les négociations gréco-ukrainiennes sur des drones de combat maritimes au point mort

Le projet, pensé comme un développement conjoint entre les deux pays, fait l’objet de plusieurs conditions posées par l’Ukraine, détentrice des technologies permettant sa réalisation.

Une ville côtière vue depuis une plage, la photo étant faite à hauteur des vaguesUne ville côtière vue depuis une plage, la photo étant faite à hauteur des vagues
Écrit par Eliot Chalier
Publié le 7 mai 2026

La coopération entre les deux pays vient d’en prendre un coup : un dossier qui symbolisait pourtant les convergences existant entre Athènes et Kyiv vient de rencontrer des complications inattendues. En effet, les officiels ukrainiens ont fait une série de prérequis pour l’attribution de licences permettant ensuite de revendre ces drones. Mais pour la Grèce, celle qui dérange le plus est que l’Ukraine garde un mot à dire sur la façon dont les systèmes sont utilisés par son armée.

Le gouvernement grec a catégoriquement refusé, arguant que des systèmes d’armement ne peuvent être bridés dans leur fonctionnement par un autre pays, en particulier sur le terrain. Cette disposition autorise en effet Kyiv à bloquer l’usage de composants construits ou provenant de son territoire.

Un problème dont l’origine semble être la Turquie

Ni Volodymyr Zelensky, ni les autres branches de l’État ukrainien n’ont dévoilé les raisons derrière ces demandes. Néanmoins, Ankara est considéré comme l’explication la plus probable. Depuis le début de la guerre en février 2022, Recep Tayyip Erdogan a maintenu son pays dans une position de neutralité : bien qu’ayant facilité les exportations de gaz et d’équipement russes en son sein, il autorise le passage de blé importé par l’Ukraine à travers les détroits des Dardanelles et du Bosphore.

La Turquie est également membre de l’OTAN, et possède la plus longue bande côtière de la mer Noire, ainsi qu’un droit de présence navale permanente régi par la convention de Montreux. Kyiv la voit donc comme un partenaire plus important à long terme.

La Grèce fait entendre son désaccord

Trois conditions ont donc été posées par le gouvernement ukrainien à une poursuite du projet : l’interdiction de l’usage des drones en mer Égée, l’impossibilité de s’en prendre à des intérêts ou des bâtiments turcs, et une circonscription de leur utilisation à l’intérieur de la mer Noire. Athènes, qui cherche à tirer profit de la technologie développée pendant le conflit avec la Russie pour étendre ses capacités d’action, ne pourrait accomplir ses objectifs si de telles demandes étaient acceptées.

Les officiels en charge des pourparlers ont alors tenté de faire jouer les livraisons d’équipements faites par la Grèce depuis le début de la guerre : des canons antichar, des missiles antiaériens Stinger, des véhicules de combat BMP-1A1, ainsi qu’un grand nombre de fusils et de munitions. Ils ont également souligné que leur pays participe à la formation des pilotes ukrainiens sur les chasseurs F16 et les chars Léopard 2, et que le port d’Alexandroupoli est un point critique pour l’envoi d’armes vers les différents champs de bataille. Cependant, aucun de ces arguments n’a réussi à faire mouche.

Des positions vraiment irréconciliables ?

Les négociations entre les deux pays sont ainsi à l’arrêt, mais elles ne sont pas condamnées pour autant : Athènes et Kiev ont ainsi discuté de moyens d'élargir les échanges au-delà de l'assistance militaire. Selon des sources bien informées, la Grèce a jusqu'à présent vendu environ 500 millions d'euros de matériel, (principalement de réserve) à Kiev, transféré via les États-Unis, l'Allemagne et la République tchèque. Continuer dans cette voie permettrait de financer l’augmentation des capacités de la marine grecque souhaitée par le gouvernent.

De plus, la question des drones maritimes est toujours sur la table : en cas d’accord, une partie de leur production aura lieu dans les chantiers navals grecs. Sur le long terme, la maîtrise et la duplication de ces technologies stratégiques sera possible, un atout qui ferait du pays une puissance incontournable en Méditerranée orientale.

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