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Grèce - Trop de touristes tue le tourisme ?

Depuis de nombreuses années maintenant, le tourisme est devenu l’une des activités les plus rémunératrices pour l’économie grecque. S’il a permis de générer des revenus, maintenir des communautés en vie, renforcer l’image de la Grèce à l’internationale, il a aussi de manière ambivalente créer surconcentration, massification et pression sur les infrastructures. Dans beaucoup d’allées athéniennes, d’aucuns pourraient apercevoir les graffitis « tourist go home », témoignant d’un ras-le-bol général des locaux.

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Écrit par Rafaël Pera
Publié le 17 mai 2026, mis à jour le 18 mai 2026

 

Alors s’ouvre une nouvelle phase pour le tourisme en Grèce. Après sa massification, les enjeux d’aujourd’hui se situent autour de sa gestion et de son encadrement en intégrant prioritairement le bien-être des Athéniens, afin d’éviter que la capitale ne se transforme en "ville-musée".

Athènes face au vertige du surtourisme

Entre rooftop bars avec vue sur l’Acropole, locations Airbnb et explosion des croisières, la capitale grecque attire désormais des millions de visiteurs chaque année. En 2024, la Grèce a accueilli 40 millions de visiteurs (soit 4 fois plus que le nombre de population), dont au moins 8 millions à Athènes. Mais derrière cette effervescence touristique, une question s’impose : la ville est-elle encore viable ?

Le maire socialiste d’Athènes, Haris Doukas, fait pression pour poser des limites strictes au développement du tourisme dans la capitale grecque, avertissant que certaines parties du centre risquent de devenir surpeuplées. Et les données montrent qu’Athènes est piégée dans un modèle de concentration intense dans sa partie historique, ce qui renforce cet aspect de « suffocation ». Logements et infrastructures ont subi une pression croissante, en particulier dans les quartiers tels que la Plaka, où les séjours locatifs de courte durée ont doublé depuis 2018. Parmi les propositions du maire se trouve celle d’arrêter les investissements touristiques dans certains quartiers, ou encore de geler les permis de construire pour les nouveaux hôtels (comme à Barcelone), l’objectif étant bien sûr d’équilibrer le tourisme avec la qualité de vie.

Mi-mai, le ministre du tourisme Olga Kefalogianni et le ministre de l’Environnement et de l’énergie Stavros Papastavrou ont présenté un projet de planification spatiale axé sur le développement durable, la résilience et la protection du patrimoine. L’objectif de ce cadre spatial est de mieux s’organiser selon les conditions spécifiques de l’endroit. Il vise à freiner définitivement l’expansion du tourisme non réglementé en établissant des règles sur le lieux, la façon et les conditions dans lesquelles les investissements peuvent être mis en œuvre. La stratégie donne priorité à l’allégement de la pression sur les destinations déjà surchargées, tout en favorisant le développement de nouvelles zones durables. C’est d’ailleurs sur ce point que la maire d’Athènes Doukas base également son projet.

 

Le paradoxe grec : dépendre du tourisme tout en le subissant

Comme évoqué, le tourisme représente environ 15% de l’économie nationale et demeure un pilier essentiel après les années de crise financière. Des milliers d’emplois aujourd’hui dépendent de ce secteur. Mais cette dépendance créée une forme de piège, où les résidents sont délaissés au profit des touristes. La ville devient presque invivable : les prix et loyers explosent alors que les revenus et salaires restent faibles (le revenu minimum est de 920€ brut par mois après la récente augmentation). La Grèce se situe au troisième rang le plus défavorable de l’UE en termes de pauvreté. Une grande précarité règne encore, malgré une croissance économique. Le Monde a d’ailleurs titré le 15 mai 2026 « Malgré la croissance économique, un Grec sur quatre est toujours menacé de pauvreté ». Pourtant, en 2025, la Grèce a enregistré un excédent budgétaire de 4,9% du PIB.

L’augmentation des Airbnb constitue une des causes de l’explosion des loyers à Athènes. Alors quelle peut être la réponse face à ce phénomène, que d’autres villes d’Europe ont connu ? La ville de Barcelone a décidé de bannir d’ici novembre 2028 plus de 10 000 licences Airbnb pour les appartements destinés au court-terme, ce qui veut dire que ces derniers sont de retour sur le marché de location normale. Face au constat que traverse Athènes (problème d’accessibilité au logement, explosion des prix), le maire Jaume Collboni a pris les devants avec ces mesures drastiques. Une piste possible à explorer.

 

Athènes, nouveau symbole européen du surtourisme ?

Athènes fait donc parti de ces exemples de capitale européenne touchée par le surtoutisme. La reprise fulgurante de la pratique après la Covid a accéléré les tensions. Le problème est moins économique que social et environnemental. Dans certains quartiers historiques, les habitants craignent une disparition progressive de l’identité locale. Partout, des mouvements citoyens dénoncent les effets du tourisme de masse, notamment au travers des graffitis. Le défi consiste pour les décideurs de mieux répartir les flux et imposer des règles plus strictes. Athènes tente aujourd’hui de trouver cet équilibre fragile entre rester accueillante sans devenir inhabitable.

Par-dessus tout, le changement climatique oblige la Grèce à repenser son modèle, notamment face aux vagues de chaleur et au manque d’eau. Cela nécessite des politiques publiques mais également un changement dans la pratique touristique.

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