Vendredi 5 mars 2021
Athènes
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Commerce “essentiel” ou “non-essentiel”, une notion floue en Grèce

Par Tony Hapetian | Publié le 13/01/2021 à 22:59 | Mis à jour le 14/01/2021 à 09:53
Photo : Rudy/Peter Skitterians
Faillite commerces Grèce

Injustice. C’est sans nul doute le maître mot de cette période morose qu’est le confinement. A l’heure où certains sont “confinés” dans des palaces, d’autres croupissent dans leur minuscule appartement. Une injustice qui demeure dans le monde du travail et dans l’incohérence du gouvernement à contraindre certains commerçants plutôt que d’autres à baisser les rideaux.

Comme un procrastinateur borné, le gouvernement grecque ne cesse de repousser la date de déconfinement, à ce jour décidée au 18 janvier. Si certains commerces comme l'agroalimentaire (grande distribution, boucherie, boulangerie, café à emporter) ou les animaleries demeurent ouverts quasiment sans discontinuité depuis novembre dernier, d’autres n’ont pas d’autres choix que de jongler avec les décisions de l'exécutif grecque.

Bénéficiant d’un léger assouplissement avant les fêtes dans le but de redresser une économie en berne, les libraires, coiffeurs, maroquiniers, ou gérants de boutiques ont tenté de sauver les meubles, en vain.

Concrètement, les ventes liées à l'activité du détail en Grèce ont chuté de 15 milliards d’euros en 2020. Ces professionnels ont été mis sur la touche par le gouvernement, et se retrouvent dans l’impossibilité de payer leurs loyers, les charges annexes, et parfois même de se nourrir.

Des décisions incohérentes voire surprenantes

Ces mêmes entreprises jugées “non-essentielles” se retrouvent à nouveau dans l’impossibilité d’exercer conformément aux règles entrées en vigueur début Janvier.

Ce statut de “non-essentiel” très discutable et difficile à porter, réduit à néant le libre-arbitre de ces commerçants, mais également celui des citoyens grecques qui peuvent se poser la question légitime suivante : “ Est-il vraiment plus important d’acheter des tenues ou des accessoires pour son chien que de pouvoir s’acheter une paire de soulier, des sous-vêtements ou de faire un double de clefs ? ”.

De plus, la fermeture de ces commerces engendre une augmentation du flux de personnes, notamment dans les grandes distributions, initialement considérées comme un endroit ou le foyer de contamination est moindre que ceux cités ci-dessus, un véritable cercle vicieux.  

Concernant les foyers de contamination justement, des questions subsistent. Une étude scientifique réalisée par des chercheurs américains sous l'ordre de Serina Chang, modélisatrice à l’université de Stanford, cite notamment 4 lieux sujets à une forte contagion : Les restaurants, les cafés-bar, les salles de sport ainsi que les hôtels.

Cette étude a pris en compte le déplacement de 98 millions d’américains, et pourrait par conséquent être aisément calquée sur d’autres sociétés du monde et pouquoi pas ici, en Grèce

A ce jour, aucune étude fondée n’a démontré que des commerces tels que les boutiques de prêt à porter, coiffeurs ou ongleries étaient davantage vecteurs de transmission du covid-19. En sachant que la plupart d’entre eux ont instauré des protocoles sanitaires stricts (restriction du nombre de personnes, mise en place de gel hydro alcoolique, port du masque…) souvent plus important que dans les supermarchés d’alimentations ou les animaleries. Alors pourquoi une telle différence ?

 Aucune raison scientifique valable ne justifie la fermeture de certains établissements plutôt que d’autres. Des alternatives comme notamment le “click and shop” permettraient, peut-être, de sauver l'économie du commerce de détail grecque, en chute constante depuis le début de la pandémie. Là encore, faut-il encore que le petit commerçant du coin puisse prendre des rendez-vous via internet.

faillite boutique Grèce
Photo: Clark Street

 Des mesures inconfortables pour les citoyens

Bien que les commerçants soient les premiers impactés par ces restrictions, les citoyens n’en restent pas moins des victimes collatérales. Dans cette période sombre où la vie sociale de chacun se résume parfois seulement à des rencontres professionnelles, couvre-feu oblige, prendre soin de soi est devenu un besoin primordial.

Par conséquent, en plus de l’aspect pratique, les habitants sont privés de ce petit plaisir au quotidien qui est d’aller chez le coiffeur, se refaire les ongles, s’offrir une nouvelle chemise ou une paire de chaussure. Un mode de vie bridé qui a un impact considérable sur le moral des habitants sur le long terme.

En définitive, l’incompréhension demeure quant à la hiérarchisation des commerces “essentiels” ou “non-essentiels” au sein de la république hellénique.

 La Grèce a mieux traversé la première vague de la pandémie que la plupart des pays européens, mais la deuxième vague ne l'a pas épargnée. Le gouvernement s'est résolu à un deuxième confinement début novembre, qui était prévu pour durer jusqu'au 7 janvier. Il durera jusqu’au 18.  Malheureusement ces changements permanents (hebdomadaire) du gouvernement impactent lourdement l'activité économique du pays. La Grèce a dépensé plus de 24 milliards d'euros en 2020 et prévoit de dépasser la barre des 7,5 milliards en 2021 pour amortir, uniquement, l'impact de la pandémie sur son économie. La dette de la Grèce devrait grimper à 209% de son PIB.

Alors, le gouvernement grecque a-t-il vraiment mesuré l’impact de ses décisions ? La situation des commerçants n'a-t-elle pas déjà atteint un point de non-retour ?  Des interrogations auxquelles le gouvernement du premier ministre reste toujours sans réponse.

tony Capetian

Tony Hapetian

Je suis Tony Hapetian, j'ai 21 ans. Après l'obtention d'un bts tourisme, j'ai décidé de me reconvertir dans la voie du journalisme dans le but d'exercer le métier de mes rêves
2 Commentaire (s)Réagir
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Clisthène jeu 14/01/2021 - 12:55

Que la Grèce soit dans un marasme économique reconnu depuis 2014 est patent. Les enfants, petits enfants et arrière-petits-enfants grecs n'ont pas fini de payer les dettes accumulées par leurs ascendants durant des décennies, voire plus. Avec la pandémie, on parle actuellement d'une dette nationale dépassant les 205% du PIB. Pour l'instant. Et ceci, après la vente de pans entiers du patrimoine économique de la Grèce consentis par les dirigeants précédents sous la férule impitoyable des créanciers de l'État. Et sans aucune perspective de relance, suite aux mesures de confinement reconduites par le gouvernement en place. Cela n'empêche pas ce dernier d'avoir pris la décision de doubler le budget de la défense pour passer en 2021 à 5,5 Mds €, avec l'achat à la France de 18 Rafales, d'envisager l'achat de 18 F-35 aux États-Unis, de passer un juteux contrat d'armement et de formation de pilotes avec Israël. Le tout dans un contexte d'affrontement avec la Turquie, Turquie avec laquelle la Grèce partage l'adhésion au Pacte de l'Atlantique Nord, dans le cadre de l'OTAN. Les enfants des électeurs de ce gouvernement, ainsi que leurs descendants, pourront leur dire merci.

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Skevos Tsangaris sam 16/01/2021 - 07:06

Je suis d'accord... Mais la peur du spectre turc est tjs là... C'est certainement ce qui a conduit Tsipras à ne pas prendre en cpte le résultzt du référendum de 2015.

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