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A Athènes, le tag fait de nouveau l’effet d’une bombe

Par Noé Kolanek | Publié le 22/03/2021 à 05:30 | Mis à jour le 22/03/2021 à 05:30
Photo : TVB
Athènes Graffiti ville

Face à une énième réminiscence de la crise sanitaire, la capitale se pare de plus en plus de messages politiques. Le haut-lieu de street-art que représente Athènes a désormais l’allure d’une énorme fresque ornée de revendications. La faute à une pandémie intensifiant la pauvreté athénienne et les mesures liberticides allant à l’encontre de la culture grecque.

C’est à croire que les limites d’Exárcheia se sont agrandies. Dans le quartier contestataire d’Athènes, l’art de rue n’a jamais mieux porté son nom. Chacune de ses avenues est recouverte de graffitis souvent réalisés par des artistes de street-art appelés par la ville. Seulement, il est de plus en plus difficile de faire le distinguo entre œuvres artistiques et revendications tant les murs d’Athènes pullulent actuellement de tags.

Le graffiti, à la différence du tag, se définit comme un genre d’art visuel exécuté sur une surface tandis que le tag, lui, s’applique à être un art exclusivement politique et, est considéré par les autorités comme un acte de vandalisme. Ce dernier a pris de nouveau le pas sur le graffiti depuis qu’Athènes, berceau de la démocratie, n’est plus estimée comme tel par sa population.

Athenes Graffiti
Crédit photo : Noé Kolanek

Athènes, une ville historiquement sous les bombes

Pour rappel, le tag s’est ancré au revêtement urbain de l’agglomération dès 2008, année à partir de laquelle la Grèce est tombée dans une crise économique impactant grandement sa population. Celui-ci a été très vite perçu pour les athéniens comme un moyen d’expression alternatif comparé à celui offert par les médias traditionnels. L’art de marquer les murs de revendications s’est ainsi démocratisé dans toute la métropole afin de dénoncer les souffrances et le mécontentement éprouvés par les locaux.

Vient alors 2016 et le début de la reprise économique grecque. Le pays endigue alors en partie la crise subie par sa population. L’apparition de nouveaux tags régresse ainsi à mesure que la Grèce reprend du poids sur la scène internationale. Néanmoins, l’émergence de la pandémie mondiale a orchestré une résurrection du phénomène. Intensification du chômage, fort recul du revenu moyen athénien et mesures draconiennes liées à la crise sanitaire entrainent de facto un retour pimpant du marquage urbain.

Une guerre tagueurs – Athènes encouragée par la ville

Les athéniens sont pour ainsi dire privés de liberté depuis le 12 novembre 2020, date de début du deuxième confinement, alors que les grecs sont pourtant un peuple appréciant passer ses journées en extérieur. En réponse à cette décision de l’Etat controversée, le moyen tout trouvé par les locaux pour contester ce choix s’est naturellement avéré être le tag.  Une hausse de plus de 10% de marquage a d’ailleurs été recensée par la municipalité durant l’année 2020 par rapport aux antécédentes. Et afin de faire face à cette nouvelle montée en flèche du tag, la ville d’Athènes a multiplié des campagnes de remise en état du revêtement urbain sur ses derniers mois.

Athenes Graffiti
Crédit Photo : Municipalité Athènes

La municipalité a par exemple convié 40 entreprises « anti-tag » à mener des travaux de restauration en janvier dernier en nettoyant plus de 19.000m2 de surface taguée. Une quarantaine d’interventions du même type est prévue tout au long de 2021 pour restituer le patrimoine de la capitale.

Au-delà de cela, Athènes souhaite faire évoluer son règlement en durcissant les sanctions « contre ceux qui continuent de violer le droit des athéniens et des visiteurs de la ville à en profiter propre » selon un communiqué de presse de la métropole. Cependant, cela ne constitue qu’un simple handicap pour les tagueurs si l’on se réfère au nombre toujours croissant de messages comptabilisés sur l’espace public le mois dernier. Il semble clair qu’au vu de la situation, les murs continueront de parler tant que la municipalité fera la sourde oreille face aux revendications exprimées par ses citoyens.

 

 

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Noé Kolanek

Mon nom est Noé Kolanek. Je suis passionné par l’écriture comme par l’histoire du monde, j’ai décidé de devenir journaliste afin de pouvoir écrire un peu sur ce qui l'a fait chaque jour.
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