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Les chiens : une histoire d’amour et de haine

Par Hafizullah Nadiri | Publié le 20/06/2021 à 21:14 | Mis à jour le 21/06/2021 à 17:20
Photo : Par : Wikipédia
Les chiens amour et haine

De temps en temps, lepetitjournal de Zurich publie les chroniques d'un expatrié en Suisse. À travers ses histoires, il raconte ses expériences, qu'il compare parfois avec celle de son pays.

 

En ce qui concerne les chiens, je dois diviser ma vie en trois parties. La première partie est celle où j'ai aimé les chiens, la deuxième correspond à la période où je les ai détesté et la troisième partie est celle où je suis ambivalent. Quand j'étais petit, j'aimais les chiens, surtout les petits chiots. C'était mon grand espoir d'en avoir un à la maison. Ma mère, par contre, les détestait pour des raisons pratiques. Elle me disait : "Regarde Hafiz ! Toi, avec ta sœur et tes frères, vous êtes sept, c'est-à- dire déjà assez. Il n'y a pas de place ni de temps pour avoir encore un chien". Mais j'ai insisté.  J’ai dit à ma mère que je le garderai dans notre jardin et que se serait moi qui m'en occuperai.

 

J’étais chanceux, car mon cousin avait déjà un chien, nommé Sunny. Il voulait le donner en adoption. Car il venait d'adopter un bébé chien-loup. La plupart des membres de ma famille étaient maintenant convaincus que nous pouvions adopter Sunny puisqu'il nous connaissait déjà. C'est ainsi qu'il a été transporté chez nous. J’étais si heureux.

 

Sunny était un chien blanc, de taille moyenne. Il était enjoué et très curieux. Le jour où il a été emmené chez nous, nous avons fait une grande fête à la maison. Bien sûr ce n'était pas pour lui. C'était juste une coïncidence. Tous mes cousins et cousines, mes oncles et mes tantes étaient là. Vous savez que ma famille est nombreuse, alors il y avait beaucoup de monde. Ma mère avait préparé son fameux qabli palaw (du riz avec de la viande… le tout cuisiné de manière très compliquée). J'aimais particulièrement le riz que nous appelons palaw. J’étais sûre que Sunny l'aimait aussi. J'ai mis du riz dans une assiette en lui demandant de le manger. Mais Sunny m'a surpris, il ne voulait pas manger le riz. En le regardant, ma mère n'était pas contente car elle pensait qu'il n'y avait pas assez de riz pour les invités.

 

Les convives sont partis le soir, mais Sunny est resté avec nous. J'ai commencé à me rendre compte que, concernant la nourriture, lui et moi n'avions pas les mêmes goûts. J'ai accepté qu'il pouvais détester le riz cuisiné par maman, alors que moi je l'adorais. Comme en Afghanistan nous n' avons pas de repas spécial pour les chiens, soit il mangeait les restes de la viande que nous avions mangé, soit mon grand frère allait à la boucherie acheter de la viande pour Sunny.

 

Il était heureux avec nous. Il connaissait et jouait avec tout les membres de la famille. J'étais fière de lui. Tous mes amis le connaissaient, parce que je leur racontais ses aventures. En fait, il était le chocolat de nos réunions. Un jour, un groupe de mes amis est venu chez nous pour le rencontrer. Apparemment, Sunny ne les aimait pas. Il ne s'est pas approché d’eux.  Il a même violemment couru après l'un d'entre eux. Pour moi, son comportement avec les autres n'était pas important. En fin de compte, c'était notre chien et il nous aimait.

 

Cependant, cette première partie de mes relations avec les chiens touchait à sa fin. Un jour, en me réveillant le matin, j'ai remarqué que Sunny n'était pas dans le jardin. Sa petite maison en bois était vide et l'entrée du jardin était à moitié ouverte. J'étais sûre qu'il était parti. Je suis sorti pour le chercher. Mais je ne l’ai pas retrouvé. J’étais triste. Je me demandais pourquoi il était parti. Mes souvenirs de lui défilaient dans mon esprit. Puis, j’ai remarqué qu'il rentrait à la maison en courant. C'était génial de le revoir. J'ai commencé à lui parler. Bien sûr, il ne comprenait pas ce que je lui disais. Je l'ai remis dans sa maison en bois.

 

Le lendemain matin, il était reparti. Mais le soir, il revenait. C'était devenu une routine pour lui. Toute la journée il était dehors. Il rentrait à la maison durant la nuit. Pourtant, un soir, quand il est revenu de la ville, je m’étais approché de lui pour lui dire bonjour et il m'a attaqué. Il m'a mordu le ventre. Ce n'était pas une morsure forte mais j'étais choqué. Mon frère aîné venait d'entrer dans le jardin et a vu mon ventre. Immédiatement, à l'aide d'un bâton, Il a forcé Sunny à sortir du jardin. Mon autre frère m'a emmené à l'hôpital. Le médecin m'a dit que je devais me faire vacciner car notre chien aurait peut-être la rage. Je n'arrivais pas à comprendre pourquoi cela était arrivé. Comment le Sunny que j'aimais tant et avec qui je jouais avait pu m'attaquer ? J'ai fait une profonde dépression.

 

Au fur et à mesure que le temps passait, je le détestais. Pas seulement lui, mais tous les chiens. Je pensais que peu importe la gentillesse d'un chien, un jour il attaquera son maitre. Partout où je voyais un chien, je changeais de chemin, je prenais des chemins encore plus longs juste pour ignorer ce que je détestais.

 

Quand je suis arrivé en Suisse il y a cinq ans, je vivais encore ma deuxième étape. Je détestais les chiens. Pourtant, un jour, dans le bus, j'ai vu un très beau chien de la race chowchow. Il était tout blanc, me rappelant les ours polaires. Et il était extrêmement gentil. Il était couché près de moi, ne faisant rien. De telles expériences ont continué. Je voyais des chiens dans la rue avec leurs maîtres et des chiens jouant avec des enfants. Rien de mal ne se passait.

 

Cependant, un jour, alors que je courais le long du Rhône à Genève, j’ai remarqué un gros chien noir, accompagné par des policiers. Ces derniers contrôlaient la zone pour s’assurer qu'il n'y avait pas de dealers. Le chien noir était le plus grand et le plus fort que j'ai vu en Suisse. Il a couru vers moi et m'a poussé agressivement. J'avais extrêmement peur, surtout que la police ne l'arrêtait pas. La police m’a alors demandé de garder mon calme et d’attendre. Au bout d’un moment, le chien s’est calmé et m’a laissé tranquille. Je me suis alors éloigné calmement pour ne pas faire réagir le chien. J’ai continué à marcher jusqu’à la maison. Arrivé, je me suis senti enfin en sécurité.


Je suis donc maintenant dans la troisième étape de ma vie avec les chiens : l'ambivalence. Je ne sais pas si je dois leur faire confiance ou non. J'espère pouvoir revenir à ma relation d'enfance avec eux. Dans ce cas, je dois effacer beaucoup de mauvais souvenirs. Peut-être est-ce possible. Ou peut être pas. Dieu seul le sait.

 

Hafizullah Nadiri

Hafizullah Nadiri

Diplômé de droit et de science politique en Afghanistan, Hafizullah est venu étudier en Suisse. Passionné d’écriture, il rédige de temps à autres des récits inspirés de son vécu.
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