La présence d’un fonds hongkongais parmi les trois candidats au rachat de Duralex n’est pas isolée. Avant lui, d’autres groupes du « Port aux parfums » avaient déjà investi en France.


Avec Duralex, AA Investment se distingue
Le 11 septembre, vers midi, au tribunal de commerce d’Orléans, une surprise est apparue lors de l’annonce des repreneurs potentiels de Duralex. Aux côtés de Carlesimo, une holding de Saint-Etienne, et de Cédric Meston, un repreneur habituel d’entreprises en redressement, figurait AA Investment, un fonds de pension basé à Hong Kong.
Contrôlé par la famille Goshayeshi, ce groupe de gestion d’actifs s’est spécialisé dans l’acquisition, la relance et le développement de marques de mode et de beauté en difficulté. Cette holding a déjà repris de la même manière plusieurs marques emblématiques. Elle s’est notamment payé le concept-store en ligne haut-de-gamme Smallable pour 1,2 million d’euros, la plateforme de revente de sneakers et de streetwear Wethenew, le fleuron de l’e-commerce L’Exception ou encore le concept-store girondin Jane de Boy.
De la même façon, dans le domaine de la décoration et du linge de maison, AA Investment a pris le contrôle de Bouchara, maison fondée en 1899, en gardant 25 magasins et 184 emplois. Il a aussi repris dans la foulée les marques Françoise Saget et BazarChic.
A chaque fois, le modèle d’AA Investment repose sur le rachat à la barre de tribunaux de commerce de grands noms du commerce français fragilisés par la crise du retail dans l’Hexagone. Le groupe injecte ensuite des capitaux et mutualise la logistique ou la direction. Par exemple, la fondatrice de Smallable a récupéré la direction opérationnelle de L’Exception après son rachat.
Sonia Rykiel, Robert Clergerie, Cerruti 1881
L’appétit de la place financière de Hong Kong pour les fleurons ou les pépites de l’économie française ne date pas d’hier. Les pionniers en la matière ont certainement été les milliardaires Victor et William Fung. Dès 2012, Fung Brands a choqué le milieu de la mode en acquérant 80% de la célèbre maison de couture parisienne Sonia Rykiel. Les deux frères ont ensuite mis la main sur le bottier Robert Clergerie, de Romans-sur-Isère, puis sur Cerruti 1881, via leur filiale de prêt-à-porter Trinity.
Dans un autre domaine, celui de la scène culturelle française, le conglomérat AMTD a racheté en 2022 la totalité du capital du groupe de médias L’Officiel Inc, incluant le célèbre magazine de mode et de style de vie fondé à Paris en 1921. Le groupe hongkongais a utilisé ce rachat pour numériser la marque historique et l’intégrer dans des projets liés au métavers.
Le Club Med, tout un symbole
Par ailleurs, plusieurs grandes opérations en France ont été menées par des entités cotées à la bourse de Hong Kong ou très ancrées dans son écosystème financier, servant de passerelle pour la Chine continentale.
Ainsi Lanvin, la plus ancienne maison de haute couture française encore en activité a été reprise en 2018 par l’ancien Fosun Fashion Group, devenu Lanvin Group. De la même façon, le conglomérat Fosun International s’est emparé d’un ancien membre du Cac 40 (1987-1993), le Club Med, ainsi que du leader de la margarine végétale, Saint-Hubert. Il est à noter que Fosun a déposé en août 2026 un projet d’introduction du Club Med à la bourse de Hong Kong.
D’une manière générale, ces rachats de groupes français par des entreprises basées à Hong Kong s’expliquent par deux stratégies parfois complémentaires. La première est l’achat de patrimoine et d’histoire, les acheteurs connaissant la valeur sentimentale de certaines marques. La deuxième est le sauvetage opportuniste, certains actifs finissant par être dévalués par les tribunaux de commerce. La tentative de rachat de Duralex entre certainement dans ces deux optiques.
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