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IMPRESSIONS DE MANILLE – Dans l’atelier du poète

Par François COUDRAY | Publié le 09/11/2017 à 21:00 | Mis à jour le 16/11/2017 à 00:34
il dessine...-0

Invitation inédite pour la reprise de cette chronique poétique : il ne s’agit pas ici, comme le poète nous y avait habitués, de parcourir les rues de Manille « sur les ailes du chant » mais d’entrer dans l’atelier du poète.

 

L’un de mes nouveaux recueils, l’enfant de la falaise, interroge l’exil et la force de nos racines, mettant en échos paysages intérieurs et extérieurs, la « ville folle » de Manille et les montagnes de mon enfance.

 

Pourquoi vous inviter aujourd’hui dans mon atelier ? Non pas pour vous livrer quelques extraits de ce travail : une lecture publique devrait vous permettre de le découvrir dans le courant de l’année. Non pas non plus pour vous dévoiler quelques secrets de fabrication : interroger l’écriture poétique pourrait faire l’objet d’une prochaine chronique. Mais parce qu’à l’issue du travail d’écriture (presque deux pleines années de notes et de corrections) et de montage (une très intense période de sélection et de distribution des textes, l’ensemble devant former un cheminement cohérent et chaque étape y apparaître comme parfaitement nécessaire) restent, sur le coin du bureau, un certain nombre de poèmes, non retenus.

 

Je n’évoque pas ici les textes qui devaient finir à la corbeille, mais les poèmes que je considère comme aboutis et qui n’ont pourtant pas trouvé leur place dans le recueil.

 

Abandonner ces textes est parfois difficile mais la cohérence et la force de l’ensemble nous y contraignent. On sait que ces poèmes seront accueillis dans des revues de poésie, et mèneront de la sorte leur existence de texte. Ils restent cependant et resteront à jamais orphelins.

 

Car ces textes, aussi paradoxal que cela puisse paraître, s’ils ne trouvent plus leur place dans le déroulé du long poème que doit former le recueil, ont souvent représenté une étape importante dans le processus d’écriture. Pour l’exprimer de manière sans doute plus transparente, ces textes non retenus ont souvent permis l’écriture des textes qui forment le recueil final.

 

Ces textes, comme en creux du recueil, tentaient parfois des cheminements légèrement différents de celui dessiné par l’ensemble des autres textes. Mais ces errances nourrissent le poète et finalement le ramènent au cœur de son travail.

 

D’autres fois, ces textes creusaient une interrogation, une image, que d’autres poèmes avaient déjà exprimée. Ces textes, qui s’avèrent pour finir redondants, participent au « remâchement » de l’image, à son « épuisement »… et lui permettent de trouver sa pleine force dans les seuls textes où elle apparaît finalement.

 

Voilà quelques-uns de ces textes. Puissent-ils dessiner ici comme l’ombre d’un chemin…

 

lenfant nu

sous la pluie

dans la nuit de la ville grande

 

et la pluie lave en moi la blessure daimer

brûle sous la pluie

 

et lenfant me conduit

pierre

dans la nuit

 

©François Coudray
© François Coudray

 

il dessine, encore, toujours, une montagne sur le ciel

 

derrière lombre dressée des tours, gigantesques créneaux, déchirée

 

et le dôme lumineux sélève

 

le jour, la nuit

 

et la montagne en grandissant

 

 

 

 

 

© François Coudray
© François Coudray

 

le poème déchire une image

et son ombre tremblante

un instant me conduit

à travers le canevas de la ville

le jour, la nuit

 

 

quoi les mots ?

 

© François Coudray
© François Coudray

 

quoi se dit encore dans cette écriture que la ville retient

 

comme une eau souterraine fuyant sur la roche

sourd en moi

ne parvient à se dire

 

glisse lisse au ciel de la ville affairée

 

 

Plus d’informations sur le travail poétique de François Coudray,

sur le site de la Maison des écrivains et de la littérature

ou sur les sites des éditeurs : L'Harmattan, La fabrique Poïein, Le Frau, D'Ailleurs...

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