Mardi 12 novembre 2019
  Ne manquez plus les
dernières nouvelles
S'abonner

La success story d’un trio français à Mumbai

Par Isabelle Bonsignour | Publié le 29/01/2019 à 01:00 | Mis à jour le 29/01/2019 à 09:55
Photo : Le trio devant les salades bio d'un de leurs producteurs
Suzette Kitchen Garden 2 restaurants tenus par le trio francais a Mumbai

Suzette et Kitchen Garden sont deux noms bien connus aujourd’hui de la population expatriée et des Mumbaikars aisés. Ils sont synonymes de repas rapides, frais et sains dans un cadre sympathique et très Frenchie. Démarré en février 2011 avec une petite crêperie dans le quartier d’affaires de Bombay, Suzette et Kitchen Garden comprennent, en 2019, 10 établissements dans les meilleurs quartiers de la ville et emploient 200 personnes. C’est aussi la seule entreprise de restauration fondée uniquement par des associés français à Bombay sans apport local.


 

lepetitjournal.com Bombay vous livre aujourd’hui l’histoire du trio français à l’origine de ce succès.
 

D’un échange universitaire à Delhi au lancement d’une crêperie à Bombay

 

Tout est parti d’une rencontre entre deux étudiants de Sciences Po en échange universitaire à Delhi courant 2005. Antonia Achache et Jérémie Sabbagh ont été séduits par l’Inde : “Nous avons beaucoup voyagé et nous étions attirés par l’impression de liberté que nous ressentions”. De retour en France, après avoir terminé leurs études, ils ont cherché par tous les moyens à y retourner. “Ce ne fut pas facile mais nous y sommes finalement arrivés en 2008 quand je décrochais un poste dans l’ONG Pratham à Bombay et Jérémie fut embauché dans un cabinet d’avocats.” raconte Antonia. C’est dans cette ville qu’ils rencontrent leur futur associé, Pierre Labail qui travaillait pour la chambre de commerce franco-indienne.

 

Trois ans plus tard, tous les trois décident de se lancer et de créer à Bombay un endroit où l’on peut se restaurer le midi avec des produits frais et sains. “Nous avions envie de créer un endroit où l'on puisse manger sain et rapidement comme à Paris, ce qui manquait à Mumbai” affirme Antonia. C’est de cette idée qu’est née Suzette, une crêperie. “En fait, nous avons d’abord créé Suzette pour nous,” ajoute Jérémie.

 

Le concept de crêperie leur est apparu comme novateur à Bombay, facile à mettre en oeuvre avec les ressources, notamment les produits, disponibles localement. Afin de s’assurer qu’ils seraient en mesure de préparer de bons plats, Antonia et Jérémie commencèrent par se former à la préparation des crêpes en Bretagne, à l’école du Blé noir à Brest.

 

Puis, mettant leurs économies en commun (30 lakhs roupies soit 50.000 euros), ils montent leur projet en utilisant les compétences de chacun. En 3 semaines, le business plan était bouclé et la première vraie crêperie ouvrait peu après à Nariman Point, dans un petit local en bas d’un immeuble de bureaux. Antonia et Jérémie ont créé le concept, le menu et le design tandis que Pierre s'occupait de la vente et des relations clients. Ils ont tout fait eux-mêmes de A à Z.

 

Pendant quelques mois, ils jonglent entre la supervision de Suzette et leur emploi du temps professionnel, ouvrant le local le matin avant d’aller travailler, y passant durant leur pause de midi pour superviser le service, fermant boutique le soir en faisant la vaisselle et le ménage. “On commençait à 6h et on rentrait chez nous après minuit” raconte Antonia. Au bout de 8 mois, ils quittent tous les trois leur emploi et se consacrent définitivement à Suzette.

 

Crepe de Suzette Mumbai

 

Une amie nous a conseillé de voir grand tout de suite”, déclare Jérémie, “c’est pourquoi Suzette a été conçue comme une chaine de restaurants.”

A titre d’exemple :

  • le décor créé par Antonia est simple et facile à associer à la marque par les clients,
  • dès le premier jour, les employés étaient vêtus d’un uniforme

 

D’autre part, dès le début, les 3 fondateurs ont souhaité utiliser au maximum des produits bio et locaux ce qui n’était pas habituel à l’époque et peu facile à trouver, surtout pour les fruits et légumes. Cependant, ils ont choisi de ne pas insister sur cet aspect dans leur politique de vente au départ, car le concept du bio n’était pas encore bien installé dans la société indienne.
 

Mais une seule crêperie dans tout Bombay, ce n’est pas suffisant 

 

Huit mois après l’ouverture du premier Suzette, le trio s’installe à Bandra dans le quartier de Pali Hill, dans lequel une majorité d’expatriés ainsi que beaucoup de jeunes cadres dynamiques de Bombay résident. Les trois associés se retrouvent à la tête de deux boutiques en moins d’un an !

 

Alors qu’au départ, la carte ne comportait que des crêpes, des salades et des jus, poussés par la demande, le trio décide ensuite de proposer des sandwichs. Fidèles à leur professionnalisme, avant de lancer le produit, ils vont se former en France à la fabrication du pain à l’école de boulangerie et de patisserie de Paris et effectuent des stages dans des boulangeries françaises. En 2013, ils ouvrent leur atelier de boulangerie à la française à Prabhadevi pour fournir en baguettes leurs restaurants.

 

Puis, un nouvel emplacement voit le jour en 2015, cette fois à Powai, un quartier lui aussi habité principalement par les expatriés et la jeunesse montante.

 

Interieur Suzette Powai

 

 

Le concept de bio se concrétise enfin avec l’entrée en scène de Kitchen Garden !

 

En 2016, on leur propose en location un deuxième local à Bandra à 2 pas de leur emplacement actuel. “C’est l’occasion rêvée pour mettre en place l’idée qui nous trottait dans la tête depuis la création de Suzette : ouvrir un lieu style “salad bar” qui proposerait aux clients des produits bio” avoue Antonia. Depuis le démarrage, les trois associés ont cherché à se fournir le plus possible localement chez des producteurs agréés bio car, selon eux, c’est la clé du succès pour pouvoir garantir la fraicheur et la qualité.

Si l’offre en matière de produits secs bio (type farine) fut facile à identifier, ce fut plus laborieux pour les produits frais, les fruits et légumes. Après prospection, ils contactent des producteurs locaux disposant de la garantie française Ecocert ou américaine USDA. Ils s’associent avec la ferme Offering farms près de Pune, dans le Maharahstra, dans laquelle ils ont aujourd’hui 3000 m2 de serre réservés pour leurs établissements. Ils parcourent aussi le pays à la recherche d’ingrédients locaux cultivés selon les principes de l’agriculture biologique. Aujourd’hui, près de 80% des produits utilisés dans les plats proposés sont garantis bio. Ils travaillent en particulier avec Zama Organics, une entreprise qui s’approvisionne localement en produits frais et bios et livre à domicile même chez les particuliers.

En octobre 2016, nait Kitchen Garden by Suzette à Bandra, qui propose des salades, des sandwich et des smoothies à base de produits frais, sains et certifiés bio. Le trio a enfin réalisé son objectif de départ !

 

Kitchen Garden

 

C’est un succès et l’endroit ne désemplit pas la semaine mais aussi le week-end. Poursuivant sur leur lancée, les trois associés continuent de chercher de nouveaux emplacements à fort potentiel de clientèle.
 

Et le développement s’accélère …

Parmi les premiers clients réguliers de Suzette Nariman Point, un investisseur singapourien d’origine indienne identifie rapidement le potentiel du concept et propose à plusieurs reprises aux fondateurs d’investir. Ceux-ci, voulant rester complètement indépendants, refusent pendant un temps.

 

Finalement, devant le succès grandissant de leurs établissements, ils acceptent en 2015 tout en gardant la majorité dans l’entreprise et, grace à cet apport, les points de vente se sont développés :

  • création de la cuisine centrale à Prabhadevi en 2017,
  • ouverture de Kitchen Garden à BKC (dans le nouveau quartier d’affaires de Bombay) début 2018, ouverture de 2 kiosques Kitchen Garden toujours à BKC fin 2018,
  • lancement de l’offre boulangerie sur Scootsy (service de livraison à domicile) en janvier 2019
  • ouverture prévue en 2019 de Kitchen Garden à Juhu et à Lower Parel, dans l’immeuble de bureaux connu, One India Bulls.
3000

 

Tout en restant proches de leur personnel

Le trio n’emploie que du personnel indien. Les employés, pour la plupart, commencent en tant que juniors, sont formés et évoluent ensuite au sein des établissements. Jérémie déclare : “Nous avons des employés qui sont chez nous depuis le début et connaissent bien les habitués. De plus, nous essayons de leur donner des perspectives de carrière.” Et Antonia ajoute : “Nous employons environ 30% de femmes ce qui est assez rare dans la profession, surtout en cuisine.”
 

Afin d’aider leur personnel en cas de besoin financier, ils ont mis en place un système de prêt interne à taux zéro remboursé sur le salaire. Cela a permis à certains de s’acheter un appartement ou de financer les études d’un enfant.
 

Antonia, Jérémie et Pierre considèrent que leur plus grande réussite fut de démarrer leur premier établissement avec seulement 50.000 euros et de s’être débrouillés seuls sans associé indien dans un marché très difficile d'accès pour les étrangers.

Nous vous recommandons

isabelle bonsignour

Isabelle Bonsignour

Directrice de la publication et responsable éditoriale. Expatriée au long cours et fervente lectrice du site lepetitjournal.com, elle a rejoint l’équipe en créant l’édition de Bombay.
1 Commentaire (s)Réagir
Commentaire avatar

Veronique jeu 07/02/2019 - 17:32

Un article très intéressant, merci Isabelle!

Répondre

Que faire à Bombay ?

IDÉES WEEK-END

Idee sortie : Le Lil Flea à Mahalaxmi - changement de dates

La cinquième édition du Lil Flea regroupant art, mode, gastronomie et musique est à Mumbai du 15 au 17 novembre dans le lieu mythique de l’hippodrome de Mahalaxmi

Expat Mag

Varsovie Appercu

Le 11 novembre, fête nationale de l'Indépendance en Pologne

La Pologne fête le 11 novembre non pas l’Armistice de la Première Guerre mondiale, comme en France, mais son indépendance retrouvée après 123 ans de domination austro-hongroise, russe et prussienne