La livraison par drone arrive en Thaïlande, doucement mais sûrement. Grab et l’Autorité de l’aviation civile de Thaïlande ont posé les bases d'un futur cadre réglementaire.


Grab et la CAAT (Autorité de l'aviation civile de Thaïlande) se sont retrouvés autour d'une table pour parler drones. Il s’agissait d’étudier la faisabilité d'un service de livraison par aéronef sans pilote en Thaïlande. Pas de grande annonce, pas de conférence de presse, une réunion technique entre le directeur général de la CAAT, le maréchal de l'air Manat Chavanaprayoon et la directrice nationale de Grab Thailand Chantsuda Thananitayaudom. Mais derrière ce rendez-vous, une question : est-ce que votre prochain pad thaï pourrait vous être livré par les airs ?
Grab a déjà testé, en pseudo-autonomie
L'entreprise d’origine malaisienne ne débarque pas sans expérience. Elle a déjà expérimenté la livraison par drone aux Philippines. Le modèle testé était hybride. Un livreur classique prenait en charge les premiers et derniers mètres, un drone assurait le tronçon intermédiaire entre deux stations d'atterrissage. À Singapour depuis janvier 2026, Grab teste le même principe pendant trois mois et les premiers résultats sont concluants. Le groupe maîtrise l'opérationnel. Ce qu'il cherche maintenant, c'est un cadre légal stable dans chaque nouveau marché.
On commande quoi ?
La capacité maximale d’un drone tourne généralement entre 5 et 10 kg, ce qui couvre largement la moyenne d'une commande e-commerce ou d'un repas à emporter. Dans la pratique, les appareils transportent surtout de la nourriture, des médicaments, de petits équipements électroniques. Le secteur médical est d'ailleurs l'un des plus avancés sur le sujet, des hôpitaux et des ministères de la Santé utilisent déjà des drones pour ravitailler des cliniques ou des îles. Pour Bangkok, l'intérêt est différent : contourner les embouteillages, éviter les feux rouges de 100 secondes, … Un colis qui met 45 minutes à vous parvenir en deux-roues motorisé peut théoriquement arriver en 10 minutes par les airs !
Compliqué mais pas impossible
La technologie a évidemment ses contraintes, la plupart des drones commerciaux ayant une autonomie limitée à 20-30 km. La pluie, le vent, les orages fréquents en Thaïlande dégradent sérieusement les performances. Et le coût d'une seule de ces livraisons par drone reste encore bien supérieur à celui d'un livreur à moto. Sans parler de la densité du trafic au-dessus de Bangkok, qui complique la gestion de l'espace aérien.
Pourtant, ailleurs, ces obstacles ont déjà été surmontés. L’Américain Zipline opère dans sept pays (États-Unis, Rwanda, Ghana, Japon, Nigeria, Côte d'Ivoire, Kenya) et a franchi début 2026 le cap des deux millions de livraisons commerciales. Wing, filiale du groupe Alphabet, propriétaire de Google, dépasse les 450.000 livraisons dans des zones résidentielles aux États-Unis, en Australie et en Finlande. Le géant Amazon continue de son côté de déployer son service Prime Air dans plusieurs villes américaines. L'Asie-Pacifique est aujourd'hui la région qui connaît la croissance la plus rapide du secteur, portée par ses mégalopoles et des gouvernements qui voient dans les drones un vrai levier de changement.
La CAAT avance pas à pas
Le message du maréchal de l'air Chavanaprayoon est clair, la CAAT veut encourager l'innovation mais souhaite cadrer les choses avant de laisser voler les drones. Permis obligatoires, normes de sécurité internationales, gestion de l'espace aérien, les opérateurs devront cocher toutes les cases avant de décoller commercialement. Cette cadence peut sembler lente face à des géants qui livrent déjà des millions de colis ailleurs dans le monde. Mais elle a une logique car un incident aérien mal géré au-dessus d'une zone urbaine pourrait bloquer le développement du secteur pour des années. La Thaïlande analyse, régule et avance. Les drones livreurs ne survolent pas encore les rues de Bangkok et, pour l’instant, votre pad thaï arrive toujours en scooter.












