Mercredi 1 décembre 2021
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DIRIGEANTS FRANÇAIS EN POLOGNE - François-Xavier Moser, St Gobain

Par Lepetitjournal.com Varsovie | Publié le 22/10/2014 à 22:00 | Mis à jour le 21/03/2017 à 09:57

Lepetitjournal.com/Varsovie vous propose aujourd'hui de s'intéresser au Groupe Saint-Gobain en Pologne en allant à la rencontre de François-Xavier Moser, délégué général du Groupe pour la Pologne, la Bulgarie et la Roumanie. Connu comme le leader mondial de l'habitat, les activités du Groupe sont multiples; quelles sont ses réalisations ici en Pologne? Quelles sont les spécificités du marché et les développements envisagés? François-Xavier Moser répond à ces questions

Quel poids a la filiale Pologne au sein du groupe?
St Gobain Pologne représente presque 1 milliard de chiffre d'affaire sur les 40 milliards de St Gobain monde. On peut dire que le pays  a aujourd'hui un certain poids et de forts potentiels de développement, dans un contexte économique général assez favorable comparé aux autres pays d'Europe occidentale et orientale, depuis 20 ans. Avec ses 38 millions d'habitants, c'est le pays d'Europe de l'est qui pèse le plus dans le groupe en termes de chiffre d'affaire et nous ambitionnons de le doubler d'ici à 10 ans.

Dans quels domaines St Gobain est-il présent en Pologne ? 
Nous sommes présents dans les 5 pôles qui constituent l'activité du Groupe, à savoir : la distribution des matériaux de construction (première activité du groupe avec 50% du CA, à travers 2 grandes enseignes : Platforma et TADMAR), le métier du verre (fabrication et transformation du verre pour l'industrie automobile et le bâtiment), les matériaux de haute performance destinés à l'industrie  (produits abrasifs, plastiques, textiles, céramiques, etc.), les produits pour la construction (plâtre, laine de verre ou de roche, mortier industriel, canalisation), et enfin le conditionnement (fabrication des bouteilles et pots en verre pour l'emballage des boissons et produits alimentaire).

Mais 80% de notre business est lié aux métiers de la construction. Par ailleurs, les produits sont essentiellement destinés au marché local (2/3 des ventes) mais nos usines servent aussi les marchés des autres pays proches. Cela dépend des types de produits car les coûts de transport peuvent être très importants pour certains matériaux.

Pouvez-vous nous citer quelques-unes des réalisations de St Gobain ici en Pologne ?
Les produits de Saint Gobain ne sont pas toujours immédiatement visibles, mais nous avons fourni par exemple, récemment les cloisons intérieures du nouveau musée de l'histoire des juifs de Pologne ; il s'agit de cloisons courbes que nous étions seuls à pouvoir réaliser. On peut également citer les balustrades et planchers en verre du musée souterrain de la Grand Place de Cracovie ou encore toute l'isolation du gratte-ciel Złota 44 de Daniel Liebeskind et de la gare centrale de Katowice. Il y en a beaucoup d'autres mais la liste serait trop longue !

Varsovie est un véritable chantier : le marché de la construction est-il prospère ici, en Pologne ?
Paradoxalement, lorsque tout le marché de la construction européen s'est effondré en 2008, la Pologne avait réussi à maintenir une croissance, alors qu'en 2013, nous avons constaté une baisse sensible du marché, à hauteur de 15%. Mais nous sentons à présent une reprise et la situation reste encore bien meilleure que dans d'autres pays d'Europe, comme la France par exemple !

Quant aux différents chantiers que l'on peut effectivement observer dans la ville, ne nous y trompons pas : le marché du logement neuf en Pologne, ramené au nombre d'habitants est en réalité inférieur à celui de la France et équivalent aux autres pays d'Europe de l'Est.

Qu'est ce qui, selon vous, caractérise le marché polonais aujourd'hui ? 
Le marché polonais possède une réelle spécificité : ce sont ses prix. 1m2 de plâtre ou de laine de verre, par exemple, est moins cher qu'en Tchéquie, en Hongrie ou en Slovaquie.  Il n'est pas rare d'observer 10% de différence entre la Pologne et ses voisins sur un prix de marché. L'histoire aurait-elle donné aux polonais un sens aigu des rapports de force ? En tout état de cause, la négociation est toujours difficile. Les Polonais se battent sur les prix à tous les échelons et cela tire souvent vers le bas les définitions de projets : nous avons ici, plus de mal qu'ailleurs à pousser les gammes vers le haut à cause de cette forte pression sur les prix, ce qui constitue un frein, par exemple, aux solutions industrielles ou techniques qui vont dans le sens du développement durable…

C'est également un pays où il y avait, à l'époque post-communiste, et où il y a, encore aujourd'hui, des coûts de main-d'œuvre intéressants, et qui, contre toute attente perdurent. En effet, nous constatons un rapport de 1 à 5 entre 1h de salaire en France ou en Allemagne et 1h de salaire en Pologne… Or, dans le cadre d'une activité industrielle de production comme celle de St Gobain, qui a des produits pouvant incorporer jusqu'à 25% de main-d'œuvre, il paraît évident que la Pologne représente un marché très attractif.  D'abord parce qu'elle possède un marché intérieur intéressant en soi, et puis parce qu'elle produit pour d'autres pays, comme  l'Allemagne, les pays nordiques et la France.

Quels sont les développements envisagés ?
St Gobain a une stratégie de concentration sur le métier de l'habitat et sur les métiers de l'habitat durable. Nous avons vocation à essayer de développer les produits innovants, les produits à haute performance, comme par exemple, des gammes de produits qui améliorent la conductivité thermique ou acoustique. Mais c'est le verre, représentant 40% de notre production en Pologne, qui concentre la plupart des projets de développement : verres autonettoyants, isolants thermiquement, décoratifs ou  de contrôle solaire ou encore, dans le domaine du verre transformé, nous avons implanté une usine qui fabriquera un produit appelé : Privalite. Il s'agit d'un verre muni d'un interrupteur qui lui permet de s'opacifier. C'est une solution à la fois originale et fonctionnelle ; les hôtels, notamment, qui cherchent à optimiser la surface d'une chambre par le décloisonnement, se montrent très intéressés par ce produit, qui est vendu aujourd'hui dans toute l'Europe à partir de la Pologne.

Il y a aussi la gamme décorative des verres colorés ou imprimés qui va faire son entrée dans le pays marquant une évolution des goûts dans la décoration d'intérieur. Enfin, nous nous développons également sur le marché du verre automobile, plus précisément dans la technologie de fabrication des toits automobile, lesquels correspondent à une demande de plus en plus croissante.

Mais il y a aussi beaucoup d'autres segments de métiers déjà existants qui ne sont pas encore représentés en Pologne et qui seront introduits petit à petit, comme la fabrication des plaques de plâtre, par exemple.
Par ailleurs, l'évolution du Groupe en Pologne va se caractériser par une implantation sur des sites à bas coûts pour l'exportation dans des pays du Nord ou vers l'Europe occidentale. Nous avons par exemple cessé la fabrication du double vitrage dans les pays nordiques, pour exporter cette activité depuis la  Pologne.

Vous avez pris vos fonctions en Pologne il y a 2 ans ; y a-t-il des différences culturelles qui vous aient frappé ?
Je suis toujours surpris par l'engagement, le dynamisme et la volonté de réussir des jeunes Polonais. La nouveauté est une chose qui est bien vécue et l'adhésion se fait avec facilité. Je dois aussi mentionner la qualité de la main-d'œuvre polonaise : les résultats sont rapides et efficaces ! 

Y a-t-il un endroit que vous préfériez à Varsovie ?
J'aime assez cet emblème de la ville qu'est le Palais de la culture et son architecture… De façon générale, j'apprécie beaucoup cette ville pour la qualité de vie qu'elle offre avec ses nombreux espaces verts et ses différents lieux de sortie. Je suis cependant assez surpris par le manque de librairies !

Laura Giarratana (Le Petit Journal/Varsovie) - Jeudi 23 octobre

 

 

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