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Récit d'une association – Les femmes (vraiment) actives de Sosnowiec

Par Pauline Roussel | Publié le 19/03/2019 à 00:00 | Mis à jour le 19/03/2019 à 00:00
L’association Aktywne Kobiety Pologne Sosnowiec

L’association Aktywne Kobiety (Women Active) a été créée en 2002 à Sosnowiec, petite ville de la voïvodie de Silésie en Pologne. Le temps d’une semaine, le trio de femmes de cette association m’a ouvert ses portes. Au fil d’anecdotes et de moments partagés ensemble, elles m’ont chaleureusement livré leur histoire faite d’engagements. Halina, accompagnée au quotidien de sa fille Monika et de la nouvelle venue Anita, est la conteuse de ce récit qu’elle porte depuis bientôt 17 ans.

 

« Au commencement, Halina fut une pionnière du mouvement des femmes dans la région. »

Małgorzata Tkacz-Janik, activiste pour les droits des femmes en Pologne

 

Un entretien généreux

Un petit bout de femme est assis sur un vieux canapé. Il est de cette dynastie de canapés qui, grâce aux nombreux fessiers accueillis, sont les plus confortables. Des pâtisseries polonaises (paczki) débordent de l’assiette posée sur la table basse. Celles qui vous remplissent de sucre rien qu’en les regardant. Une atmosphère généreuse comme Halina, présidente de Women Active, qui m’attend pour me raconter le récit ordinaire d’une association et de personnes aux actions admirables.

 

Débuts des années 2000, place aux femmes dans la politique locale

Docteure en sciences humaines puis professeure en histoire et science civique principalement, Halina est la créatrice de l’association des Femmes Actives de Sosnowiec. La naissance de cet espace débute quand Halina remarque que peu de femmes s’investissent dans le monde de la politique au sein de sa région (voïvodie).

Ainsi en 2002, l’association voit le jour dans un souci de parité entre les hommes et les femmes au sein du gouvernement local. Cela dit, ce n’est pas vraiment là les premiers pas de l’association. En 1998, Halina tentait déjà de monter ce projet. En vain. « Ma tentative était follement féministe pour une époque où de telles initiatives étaient perçues comme des sectes. ».

« L’activisme des femmes dans la politique du gouvernement local » est la première rencontre publique de l’association en 2003. Elle concrétise la volonté de soutenir les femmes qui veulent s’impliquer en politique. La problématique majeure est de libérer la parole des femmes en public, domaine de prédilection de la politique.

 

L’Union Européenne, un enjeu féministe à Sosnowiec

« Polish women mean Europe », voici le nom de la campagne créée par Halina peu avant l’entrée de la Pologne dans l’Union Européenne. Je sens dans la voix de mon interlocutrice que ce bout d’histoire qu’elle s’apprête à me raconter est une victoire à sa juste mesure. En effet, lorsque l’Etat questionnait par référendum les Polonais(e)s sur l’adhésion à l’UE, Women Active s’attelait à ce que la réponse de ces concitoyen(ne)s de Silésie soit « OUI ! ». À 65% des voix elle le fut. Sautant sur l’occasion, dès 2004, une nouvelle campagne émerge de l’association : « Oui aux femmes polonaises au sein du Parlement Européen ».

Dans la région de Silésie et surtout à Sosnowiec, le nombre de femmes investies dans la politique augmente alors. Halina me souligne avec un large sourire que les actions menées par son association ont fait leur part du colibri. Enfin, après cette date du 1er mai 2004, toutes les femmes ayant pris part à la campagne reçoivent un message d’Halina : « Bienvenue à vous, désormais femmes européennes polonaises ».

 

Année 2005, Women Active un soutien désormais au quotidien

Vers 2005, l’association doit changer ses missions. Selon Halina, l’activisme en politique ne fait malheureusement pas le poids face aux soucis du quotidien pour les femmes. Triste vérité. Ainsi, l’association commence à faire de l’aide juridique, parfois économiquement inaccessible, pour soutenir plus de femmes. Le gouvernement subventionne alors Women Active dans ce projet, leur permettant de recruter deux avocats.

Le succès est sans conteste. Il faut même prendre trois mois à l’avance un rendez-vous. Je peux percevoir dans les yeux d’Halina de la fierté quand elle me le raconte. Celle d’avoir contribué à créer une association solidaire, un repère pour les femmes.

Par la suite, l’association installe une cellule psychologique au sein de Women Active. Les femmes bénéficiant des aides sont souvent nerveuses et timides lors des rendez-vous. Au début, personne ne souhaite voir le psychologue, ce « professionnel pour les fous». Dès lors, malicieuse comme son regard quand elle sourit, Halina instaure l’obligation de lui rendre visite avant chaque rendez-vous juridique. Cette fois-ci, il s’agit de libérer la parole des femmes sur leur quotidien.

En s’inspirant du CIDFF du Nord, Halina crée avec Monika en 2006 un centre d’information sur les droits des femmes. « Les Yeux Grands Ouverts » était le nom de cette nouvelle campagne. Halina s’active à la recherche de l’affiche de ce projet. Le vieux canapé est déjà inondé de prospectus qu’elle ne peut s’empêcher d’agiter tel des trophées quand elle me parle, heureuse. D’autres campagnes s’ajouteront à celle-ci avant qu’elles ne prennent fin. Le gouvernement cessera de financer cette action, à présent incluse dans sa politique. 10 ans après, le parti conservateur PiS coupera même tous les fonds versés aux associations dites « féministes » de près comme de loin.

 

S’engager dans le développement personnel des femmes

En 2005, Monika et ses idées débordantes (bien empreintes de sa signature) posent leurs valises dans l’association. Elle en est désormais la vice-présidente. L’histoire s’écrit dorénavant à deux, entre Halina et sa fille. Lors de son arrivée, Monika crée un festival pour les femmes, un moment qu’elle souhaite joyeux et enrichissant pour les participantes avec de nombreux ateliers sur le développement personnel. C’est ainsi que l’empowerment* devint le nouveau maître mot de l’association.

De plus, avec Monika commence ce qu’elle appela alors « Les voyages de pouvoir ». Des voyages, au début à la montagne, proposés aux femmes de la région pour se retrouver et discuter féminisme. Ces expéditions devenues interculturelles s’exportent plus loin, jusqu’au Maroc, toujours dans l’optique de renforcer l’estime de soi. Ces séjours renouent avec la première mission que s’était donnée l’association. Halina et Monika organisent des séminaires pour les femmes investies dans la politique comme celui-ci : « Les femmes face à la politique : comment évoluer dans ce monde ». Ces voyages, qu’ils soient à la montagne ou dans des thermes à Rome, sont le lieu de discussions politiques dans un environnement de bien-être. Toute personne connaissant Monika y reconnaîtra sa patte.

 

Un espace d’accueil pour les jeunes volontaires

Depuis 2012, la principale occupation de l’association est portée sur le volontariat. Elle accueille ainsi de nombreux(ses) volontaires venu(e)s d’Europe sur une période de 11 mois chacun(e). Le but est de créer des projets internationaux et de s’ouvrir encore un peu plus à l’interculturalité.

Halina plonge dans tous les prospectus nageant autour d’elle. Elle souhaite me parler de leurs dernières actions féministes en date. Des actions auxquelles les volontaires sont invité(e)s à participer. Bien évidemment, elle ne peut tout raconter… La liste est si longue.

 

*L’ « empowerment » est un terme issu du jargon féministe. Il désigne le « renforcement de soi », processus par lequel une personne apprend à se construire par et pour elle-même. Cela passe par le dépassement des étiquettes et des stéréotypes dans lesquels la société nous enferme. L’ « empowerment » répond à la nécessité de s'intégrer dans la société en tant que « ce que je suis » avec confiance en soi et ambition. Une demande notamment de la part de femmes. 

 

Pauline Roussel

Etudiante en sociologie et en science politique, j'ai décidé de partir à l'aventure le temps d'une année. Ainsi, curieuse et alliée dans les luttes féministes, me voici en Pologne pour rencontrer les militant(es) qui luttent pour les droits des femmes.
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