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Notre-Dame de Paris : Et puis sa flèche est tombée …

Par Shirley SAVY-PUIG | Publié le 17/04/2019 à 16:25 | Mis à jour le 18/04/2019 à 11:06
Photo : Photo personnelle
Notre-Dame de Paris expatriation témoignage

Je ne pouvais pas ne pas écrire sur Notre-Dame de Paris. Mais j’ai pris mon temps, j’ai réfléchi. Après tout, qui mon avis peut-il bien intéresser ? Après tout, je n’habite plus en France depuis quelques années maintenant. Après tout, tout le monde s’en fout …

Et puis je me suis demandée pourquoi la vision des flammes ravageant ce bâtiment m’avait tellement émue. Quelle attraction ce tas de pierres pouvait bien avoir sur moi, la petite parisienne expatriée à Valencia ?

Et puis j’ai compris.

Notre-Dame de Paris, pour les Français, c’est un point de repère. On l’apprend très tôt dans les livres de géographie: toutes les distances depuis la capitale se calculent depuis son parvis. Le point zéro. L’origine. Tout comme l’île sur laquelle la cathédrale s’est bâtie : le berceau de Lutèce, l’antique Paris. 

Notre-Dame de Paris, pour les Parisiens, c’est un point central de la ville et c’est ce qui réunit la bourgeoise rive gauche à la prolétaire rive droite. Je caricature bien entendu mais je ne suis pas loin de la vérité. 

Si la Tour Eiffel pavoise de toute sa hauteur et de toute sa jeunesse en s’affichant sur les cartes postales et les photos des touristes du monde entier, Notre-Dame est plus discrète. Moins exubérante que sa voisine du Champs de mars, elle ne se maquille que très rarement de lumières et n’abrite pas de feux d’artifice grandioses. Notre-Dame c’est l’aïeule de la famille que l’on oublie souvent mais qui nous accueille chaleureusement lorsque l’on en a besoin.

Notre-Dame c’est un temple : un espace hors du temps, séparé du reste du monde. Plusieurs fois j’y suis allée pour chercher un peu de calme entre deux rendez-vous trop agités. A chaque fois je fus surprise de me retrouver dans cet havre de paix en plein milieu d’une métropole de plus de deux millions d’habitants. Un refuge silencieux que les 30.000 visiteurs quotidiens respectent indépendamment de leur religion. Car il n’est même plus question de religion ici, il est question de symbole. 

Notre-Dame c’est un symbole à elle toute-seule. Majestueuse, calme et pourtant si forte, elle a résisté à tant d’événements difficiles. Et je pense sans cesse à ces bâtisseurs, ces milliers d’ouvriers qui se sont succédés pour l’édifier. Combien sont-ils à avoir travaillé dessus ? Certains diront qu’après tout, Notre-Dame, ce n’est que de la pierre et du bois. Cela me fait encore plus mal que l’on balaie d’un revers de la main cette labeur, cette œuvre commune. Qui sommes-nous pour dénigrer le travail de nos ancêtres ? Qu’avons-nous fait dans notre vie pour réduire ce monument à un tas de pierres ?

Et c’est un sentiment de honte qui m’a envahi. Debout depuis près de 900 ans, c’est à notre époque contemporaine qu’elle s’est effondrée partiellement. Et c’est un symbole qui s’est effondré. Et c’est mon temple qui s’est effondré…

Pétrifiée devant ma télévision, je regardais brûler ce monument que je pensais indestructible. Avec mon mari nous redoutions le pire. C’est alors qu’il m’a dit cette phrase : « Le plus difficile dans l’expatriation, d’être loin de Paris et de notre région d’origine, c’est de constater qu’à chaque retour les choses ont changé. On ne verra plus Notre-Dame telle que nous l’avons connue. » 

Et puis sa flèche est tombée … et je me suis mise à pleurer mon temple perdu.
 

Shirley Photo Pro

Shirley SAVY-PUIG

Responsable d'édition - Parisienne de naissance mais Valencienne d'adoption depuis sa plus tendre enfance, cette touche-à-tout aime mettre en lumière la culture espagnole et les personnalités francophones de talent.
4 Commentaire (s)Réagir
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Kriss sam 20/04/2019 - 01:44

Olé olé nous avons là le discours, il ne manque plus que les fleurs, les bougies et accrochées aux lanternes chacun ses poésies enfantines se délavant des fines gouttes de pluie des habituelles larmes d'aujourd’hui , c’est Charlie à chaque coin de rues, le grand bataclan du siècle, Holiday on Nice et en France une église saccagée par jour dans l’indifférence générale et puis rien, rien on pleurniche en coeur et hop on va au ciné! Voilà la boboterie dans toute sa splendeur parisienne ! La France de la larme à l’œil et de la puérilité en bandoulière des élites! Or voilà la profondeur coupable, voilà la finalité d’une profonde culpabilité par dénie de la réalité, voilà ce qu’on n’ose toujours pas dire, pire, ne plus même penser mais dont on sent la gravité, sous-jacente que certains dénoncent et qu’on ne veut absolument pas voir car on a peur qu'ils aient raison, alors on chante dans le noir ! Croire que le cœur ne s’exprime plus que par de belles paroles est grave erreur en ce monde? Alors ici plus même du cœur, non mais des tripes vient la rage et pas pour l’abominable, encore anonyme, acte produit, nul n'en doute, mais envers ceux qui l’ont laissé se produire par aveuglement de trop de larmes hypocrites dans les yeux !

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Une parisienne ven 19/04/2019 - 16:02

Très beau texte Shirley et si émouvant. Je suis et resterai Parisienne. C'est une partie de mon enfance qui est parti ce jour là. J'avais la chance que maman travaille à coté et nous y allons souvent. Comme d'aller à Gilbert jeune juste à côté pour les livres. Notre dame était là si belle, majestueuse, si grande et magnifique pour là petite fille que j'étais. Je partage cette émotion avec toi.

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Clo jeu 18/04/2019 - 09:59

Magnifique texte Shirley, un grand bravo !

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tongrandfrere mer 17/04/2019 - 19:35

Tu m'as fait pleurer une deuxième fois. Merci pour ces mots. Je les ai retrouvés sur la page des compagnons du devoir, qui se sont toutes et tous levés omme un seul homme pour reconstruire. Tu as commencé à reconstruire Shirley...

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