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Entreprendre en Tunisie : le guide complet

Le marché tunisien reprend du poil de la bête ces dernières années, en offrant des opportunités dans les services, le tourisme, l’agroalimentaire, l’industrie manufacturière et l’exportation. La France est un partenaire économique majeur : elle est le premier client de la Tunisie, avec 8,9 milliards d’euros d’échanges de biens en 2025. Ce guide est destiné aux Français expatriés souhaitant entreprendre en Tunisie.

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Écrit par Lepetitjournal Tunis
Publié le 17 août 2026

 

Le contexte économique en Tunisie

 

Depuis le Covid-19, la Tunisie est confrontée à l’une des pires crises du pays depuis une génération. En général, le pays a connu des chocs successifs : la révolution de 2011, le Covid, des tensions régionales… Mais l’économie tunisienne est dans une phase de progrès modérée : le PIB est inférieur au potentiel du pays, mais c'est une amélioration par rapport aux dernières années de stagnation. En 2025, le PIB de la Tunisie était à 171 642 millions de TND (dinars tunisiens) alors qu’il était à 159 852 millions de TND en 2024 et à 149 793 millions de TND en 2023. 

 

L’environnement macroéconomique est fragile : le pays connaît des dettes publiques élevées, des déficits budgétaires et une pression sur les réserves. L'inflation a commencé à ralentir mais elle demeure relativement haute, en étant autour de 7% en 2024, affectant le pouvoir d’achat local.

 

L’économie tunisienne est majoritairement basée autour de services et d’industries manufacturières tournées vers l’export. Ces secteurs exportateurs s’appuient sur la proximité géographique avec l’Europe, sur des coûts de production compétitifs et sur une main-d'œuvre qualifiée. La Tunisie compte plus de 824 600 entreprises enregistrées au répertoire national. 

 

Les secteurs qui fonctionnent le mieux sont : 

- Les services : représentant environ 70% du PIB, ils sont notamment portés par le tourisme

- L’industrie manufacturière exportatrice : près de 93 000 entreprises en font partie, regroupant les industries de textile‑habillement, les industries mécaniques, les industries électriques et électroniques, l’aéronautique, la plasturgie, les composants automobiles

- L’agriculture : elle a contribué à la reprise de la croissance, en regroupant environ 7 300 entreprises.

 

La France est souvent considérée comme le premier investisseur étranger en nombre de projets et l’un des tout premiers en stock d’IDE (Investissement Direct Étranger), avec un stock d’investissements directs français autour de 2,4 et 2,7 millions d'euros en Tunisie. Aujourd’hui, la Tunisie compte entre 1 400 et 1 600 entreprises actives à participation française. Environ 54% de ces entreprises opèrent dans l’industrie manufacturière, et près de 70% sont des entreprises totalement exportatrices. 


 

 

Les visas d'affaires et d'investisseurs en Tunisie

 

Au-delà de trois mois consécutifs en Tunisie, une autorisation de séjour est nécessaire, elle est valable un an avant d’avoir besoin d’être renouvelée. Les démarches s’effectuent généralement auprès du poste de police ou de la sûreté nationale du lieu de résidence. Pour l’obtenir, le séjour doit être justifié, les motifs les plus fréquents sont : 

- Investisseur ou chef d’entreprise 

- Salarié d’une entreprise tunisienne ou étrangère implantée en Tunisie 

- Retraité (disposant de ressources suffisantes)

- Propriétaire ou résident (disposant de revenus réguliers)

- Étudiant 

- Conjoint ou membre de famille d’une personne résidente

 

La carte ne constitue pas automatiquement une autorisation de travail. 

 

 

visa passeport

 

 

La Tunisie ne possède pas de “golden visa” (un permis de séjour accordé à des citoyens étrangers en échange d'un investissement financier important dans le pays d'accueil), comme certains programmes européens. Le statut d’investisseur correspond plutôt à une carte de séjour liée à une activité économique réelle, pas à un placement financier.

 

Pour obtenir cette carte de séjour, le dossier demande : 

 

- Un passeport valide 

- Un justificatif d’hébergement 

- Les statuts de la société 

- La publication de la société au Journal officiel de la République tunisienne 

- L’extrait d’immatriculation ou les documents du Registre national des entreprises 

- L’attestation de déclaration de l’investissement 

- La carte fiscale, si elle est disponible 

- L’attestation de non-soumission à l’obligation du visa du contrat de travail 


 

Les investisseurs étrangers peuvent bénéficier d’une carte de séjour facilitant l’exercice de leur activité. Les cartes de séjour liées à une activité économique peuvent être plus longues : cinq ans après la déclaration de l’investissement et potentiellement dix ans dans certaines situations réglementaires.

 

Les ressortissants français bénéficient cependant d’un régime particulier avec l’accord bilatéral franco-tunisien sur le séjour et le travail. Après trois années ou plus de séjour régulier en Tunisie, les Français peuvent bénéficier d’un titre de séjour et d’un titre de travail d’une durée de dix ans, sous réserve de remplir les conditions prévues et de conserver un séjour régulier. La carte annuelle n’est donc pas nécessairement la situation définitive, elle est souvent la première étape avant l’accès à un titre de plus longue durée.

 

Un Tunisien n’a pas besoin de visa ni de carte de séjour pour vivre et entreprendre en Tunisie. Il relève du droit tunisien applicable aux citoyens et doit effectuer les formalités liées à son activité :

- L’obtention d’une carte d’identification fiscale 

- La création et l’immatriculation de l’entreprise au RNE 

- La déclaration de l’investissement, lorsque le projet y est soumis 

- L’affiliation à la CNSS, s’il emploie du personnel 

- Les autorisations sectorielles éventuelles 

- L’inscription auprès des organismes professionnels concernés


 

 

Les différents statuts d'entreprises en Tunisie

 

En Tunisie, deux formes d’entreprises sont possibles pour un entrepreneur : travailler en son nom personnel, sans créer une société classique ou créer une société séparée de sa personne. Dans le premier cas, l’entrepreneur et son activité sont juridiquement très liés. Dans le second, la société possède sa propre identité et son propre patrimoine.

 

L’entreprise individuelle en Tunisie

 

L’entreprise individuelle est exploitée directement par une personne physique. L’entrepreneur et l’entreprise ne forment pas deux personnes juridiquement distinctes. Elles n’ont aucun capital social minimum, leur création est relativement simple et peu coûteuse, leur gestion est souple et plus simple qu’une société. Les décisions sont prises sans associé. Mais ces entreprises sont davantage exposées aux dettes professionnelles. Si l’activité rencontre des difficultés, la séparation entre vos biens personnels et votre activité est difficile. Cette forme est adaptée à une petite activité avec peu de dépenses et peu de risques.

 

L’auto-entrepreneur est un régime simplifié permettant à une personne d’exercer seule une petite activité professionnelle. Les démarches, la fiscalité et les obligations administratives sont simplifiées. C’est un régime intéressant pour tester une activité sans créer de structure lourde. Cependant, ce régime n’est pas ouvert à toutes les activités. Certaines professions réglementées en sont exclues : médecin, avocat, expert-comptable… Le chiffre d’affaires annuel est plafonné à 75 000 dinars. Si l’activité se développe fortement, l’entrepreneur devra probablement changer de régime. Pour être auto-entrepreneur, il est nécessaire d’être de nationalité tunisienne et d’avoir une adresse de domiciliation en Tunisie. 


 

Créer une société en Tunisie

 

La SUARL signifie société unipersonnelle à responsabilité limitée. Le mot “unipersonnelle” signifie qu’il n’y a qu’un seul associé : il est possible de créer une société seul, sans avoir besoin de trouver un partenaire. Dans ce cas-là, la société devient une personne juridique distincte. Elle possède son propre compte bancaire, signe ses contrats et peut employer des salariés. Le capital minimum est de 1 000 dinars tunisiens. Avec la SUARL, les dettes de la société sont limitées au patrimoine de la société et aux sommes apportées par l’associé. Il est aussi possible de recruter, de faire entrer un associé… Plus généralement, la SUARL donne une image plus professionnelle. Elle est souvent mieux comprise par les banques, les grandes entreprises, les partenaires étrangers… Mais sa création est plus longue et plus coûteuse. 

 

La SARL ou société à responsabilité limitée, au contraire de la SUARL, réunit plusieurs associés. Une SARL doit compter au moins deux associés et ne peut pas dépasser cinquante associés. Le capital minimum est de 1 000 dinars. La SARL convient bien aux petites et moyennes entreprises. Elle est moins complexe qu’une société anonyme tout en étant plus structurée qu’une entreprise individuelle et elle facilite une association entre un entrepreneur français et un entrepreneur tunisien. Cependant, en ajoutant des associés, il est important de trouver un accord sur la répartition du travail, les salaires, les décisions… 

 

La société anonyme, ou SA, est conçue pour des projets plus importants. Elle est divisée en actions, et est imposée un minimum de sept associés et un capital de 5 000 dinars, sous réserve des règles particulières applicables à certaines sociétés. La SA permet de réunir un grand nombre d’investisseurs et son organisation est plus solide. La SA est plus compliquée à créer et à administrer : elle doit respecter davantage de règles et produire une information comptable plus importante.

 

La SNC ou société en nom collectif, est créée par plusieurs associés qui participent directement à l’activité. Son fonctionnement peut être simple et la confiance entre associés est très importante. Mais les associés peuvent être personnellement responsables des dettes de la société : cette forme ne fournit donc pas la même sécurité qu’une SARL ou une SUARL.

 

 

deux hommes se serrent la main

 

 

Si une entreprise française veut s’installer en Tunisie, elle peut créer une filiale ou une succursale. La filiale est une nouvelle société créée selon le droit tunisien. Elle peut être détenue à 100% par l’entreprise française ou avec des associés tunisiens. La succursale est une antenne de l’entreprise française. Elle reste directement rattachée à la société mère.

 

 

Comment enregistrer son entreprise en Tunisie ?

 

Pour enregistrer une entreprise en Tunisie, il faut suivre plusieurs étapes administratives. Avant de déposer un dossier, il est nécessaire de décider de l’activité de l’entreprise, de sa forme juridique, de son adresse et de vérifier si l’activité nécessite une autorisation particulière. 

 

La première démarche consiste ensuite à choisir le nom de l’entreprise et à vérifier qu’il est disponible. La réservation se fait auprès du Registre national des entreprises, généralement appelé RNE. Elle peut être réalisée en ligne ou auprès d’un centre. Toute entreprise doit aussi avoir une adresse officielle en Tunisie, qui deviendra le siège social de l’entreprise. Le contrat de location ou de domiciliation doit être enregistré auprès de la Recette des finances.

 

Il faut ensuite rédiger les statuts, dont le document expliquant le fonctionnement de la société, une fois signés ils doivent être enregistrés auprès de la Recette des finances. Ils doivent comprendre le nom de la société, son adresse, son activité, sa durée, le montant du capital, l’identité des associés, la répartition des parts, l’identité du gérant et les règles de prise de décision. Lorsque la forme juridique prévoit un capital social, il faut également ouvrir un compte au nom de la société en cours de constitution. Généralement, l'argent est bloqué jusqu’à la constitution définitive de la société. Un investisseur étranger doit conserver les justificatifs prouvant l’origine et le transfert des fonds, notamment si l’investissement est effectué en devises.

 

L’entreprise doit ensuite être déclarée auprès de l’administration fiscale. Cette formalité permet d’obtenir la déclaration d’existence, le matricule fiscal et la carte d’identification fiscale.

 

L’entreprise doit être inscrite au Registre national des entreprises, le dossier comprend : 

- La demande d’immatriculation 

- Les statuts 

- La carte d’identification fiscale 

- Le justificatif du siège 

- Les pièces d’identité des associés et du gérant 

- L’attestation de dépôt du capital 

- Les documents relatifs à la déclaration d’investissement 

- La déclaration du bénéficiaire effectif

 

Une société créée doit faire l’objet d’une publication officielle de la constitution, elle informe les tiers que la société existe. Elle indique les informations essentielles : nom, forme juridique, capital, siège et objet social.

 

Pour créer une société, les documents les plus importants sont : 

 

- Les copies des passeports ou cartes d’identité 

- Le certificat de réservation du nom 

- Les statuts signés 

- Le procès-verbal de constitution

- Le contrat de bail ou de domiciliation 

- L’attestation de dépôt du capital 

- La déclaration d’investissement

- La déclaration d’existence 

- La carte fiscale 

- La déclaration du bénéficiaire effectif 

- Les formulaires du RNE 

- Les autorisations liées à l’activité

 

Pour un expatrié français, il faut également ajouter une copie de pièce d’identité et une copie de la carte de séjour tunisienne. 

 

 

femme devant ordinateur

 

 

Les obligations de l'entrepreneur en Tunisie

 

En entreprenant en Tunisie, les sociétés font face à des règles. Une société tunisienne doit tenir sa comptabilité et donc enregistrer toutes ses opérations (ventes et achats, factures, salaires, loyers…). Elle doit ensuite établir des comptes annuels selon le système comptable tunisien. Les documents comptables doivent être conservés pendant au moins dix ans. Pour une petite entreprise, il est possible de tenir une comptabilité simplifiée. Pour une SUARL, une SARL ou une SA, il est toutefois fortement recommandé de faire appel à un comptable.

 

L’entrepreneur doit aussi déclarer et payer les impôts correspondant à son activité. Les déclarations fiscales sont souvent mensuelles, notamment pour la TVA et les retenues à la source. L’entreprise doit aussi déposer une déclaration annuelle et, selon le régime applicable, verser des acomptes provisionnels.

 

L’entreprise doit avoir un compte bancaire professionnel distinct du compte personnel de l’entrepreneur. Cette séparation permet notamment de suivre les recettes et les dépenses, de justifier les opérations auprès de l’administration ou d’éviter de confondre l’argent de l’entreprise et celui du dirigeant. Un entrepreneur français doit conserver les justificatifs des fonds transférés depuis la France. Ils permettent de prouver l’origine de l’investissement et de faciliter le transfert de dividendes ou de capitaux.

 

Les investissements étrangers et les transferts de fonds sont soumis à des règles de change. Une entreprise détenue par un Français doit donc conserver les preuves des virements, les documents de création, les déclarations d’investissement et les justificatifs de paiement du capital. 

Une entreprise se doit aussi de déclarer ses salariés, s’il souhaite recruter un salarié étranger, ce dernier doit avoir une autorisation de travail et une carte de séjour tunisienne. L’employeur doit généralement justifier le recrutement d’un étranger, notamment en expliquant ses compétences et l’absence de candidat tunisien disponible pour le poste.

 

Travailler en Tunisie : le guide complet 

 

L’entrepreneur peut financer son projet de plusieurs façons (apport personnel, prêt bancaire, crédit d’investissement, associés ou investisseurs, programmes destinés aux start-ups ou aux projets innovants…), mais la banque demande généralement des prévisions financières et un plan concret. 

 

 

Les ressources pour les entrepreneurs en Tunisie

 

Un entrepreneur français qui souhaite créer ou développer une activité en Tunisie, peut être aidé de différentes façons : 

 

Business France Tunisie : 

 

Business France est l’agence publique française chargée d’aider les entreprises françaises à se développer à l’international. Son bureau de Tunis accompagne les entreprises qui souhaitent découvrir le marché tunisien, exporter ou investir. Cette agence est surtout utile avant la création de l’entreprise, afin de vérifier que l’idée d’activité de l’entreprise répond à une demande locale.


 

La Chambre de commerce et d’industrie tuniso-française (CCITF)

 

La CCITF est l’un des principaux réseaux pour les entreprises françaises, tunisiennes et franco-tunisiennes. Elle regroupe plus de 2 000 adhérents et encourage les rencontres avec d’autres entrepreneurs. Pour un nouvel expatrié, c’est souvent l’un des réseaux les plus utiles pour rencontrer des professionnels qui connaissent déjà la Tunisie. 

 

La French Tech Tunis

 

La French Tech Tunis rassemble des entrepreneurs, des start-ups, des investisseurs et des acteurs de l’innovation en Tunisie. Elle fait partie du réseau international de la French Tech. Elle est particulièrement intéressante pour les projets dans le numérique, l’intelligence artificielle et les logiciels. La French Tech Tunis organise des rencontres, des conférences et des présentations de start-ups. Elle permet aussi de rencontrer des investisseurs et des entreprises qui travaillent entre la France et la Tunisie.

 

 


 

 

Les réseaux d’entrepreneurs sont importants en Tunisie, beaucoup d’opportunités passent par les recommandations et les relations professionnelles. La Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (CONECT) représente principalement des PME et des entrepreneurs. Elle organise des rencontres, des formations et des échanges avec les pouvoirs publics. L’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (UTICA) est une organisation patronale. Elle peut être utile pour comprendre un secteur, rencontrer des entreprises et connaître les problématiques des employeurs.


 

La French Tech Tunis tiendra la 2e édition du French Tech Tunis Summit, le 25 juin




 

Certains organismes tunisiens accompagnent également dans les procédures : 

 

- L’Agence de promotion de l’industrie et de l’innovation (APII) accompagne les créateurs dans les secteurs industriels et certains services.

- La Tunisia Investment Authority (TIA) accompagne les projets d’investissement importants ou présentant un intérêt stratégique.

- L’Agence de promotion des investissements agricoles (APIA) est l’organisme à contacter pour les projets agricoles, agroalimentaires, d’élevage, de pêche ou liés aux ressources rurales.


 

L’idée essentielle est de ne pas rester seul face à l’administration et de multiplier les ressources apportant de l’aide. 



 

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