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HISTOIRE - Tahar Haddad, militant et féministe d'avant-garde

Par Lepetitjournal Tunis | Publié le 23/04/2019 à 01:00 | Mis à jour le 23/04/2019 à 01:00
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Tahar Haddad était un intellectuel, syndicaliste et homme politique tunisien. Militant et activiste,  l'évolution de la société tunisienne lui doit beaucoup. Défenseur acharné des droits syndicaux des travailleurs tunisiens, de l'émancipation de la femme tunisienne et de l'abolition de la polygamie dans le monde arabo-musulman, il est un personnage incontournable et respecté de l'histoire de la Tunisie

Tahar Haddad est né en 1899 dans le sud tunisien, dans un milieu social modeste. Il est diplômé de la Zitouna de Tunis et avait étudié le droit pendant deux ans. Tahar Haddad fut un contemporain et ami du poète Abou el Kacem Chebbi et du syndicaliste Mohamed Ali El Hammi.

Depuis sa jeunesse, il a adhéré au mouvement national pour l'indépendance et a été membre actif au parti Libéral Constitutionnel. Il a fondé, en juin 1924, avec Mohamed Ali El Hammi, pionnier du mouvement syndicaliste en Tunisie, «l'association de coopération économique» et a participé à la mise en place de la Confédération Générale des Travailleurs Tunisiens en décembre 1924.

Les idées de Tahar Haddad sont le prolongement du courant réformiste initié par Kheireddine Tounsi, Mahmoud Kabadou, Ahmed Ibn Abi Dhiaf, Mohamd Snoussi, et d'autres penseurs qui ont vécu à la même époque et qui ont tous défendu l'idée de modernisme.

Un vrai féministe

Ses propositions en faveur de la condition féminine et de la réforme sociale en Tunisie se démarquent et s'accordent avec la Charia islamique. Il est convaincu que la religion islamique peut s'adapter en tout lieu et en tout temps, et que le modèle européen ne doit pas être copié. C'est pourquoi, selon lui, une réforme sociale radicale s'impose. Ses idées convergent avec celles du penseur égyptien Kacem Amin (1863-1908), auteur de La nouvelle femme

En matière de droits civils, il montre qu'à l'origine, l'islam considérait la femme comme l'égale de l'homme en termes de droits et de devoirs ; il en est ainsi dans le domaine de la propriété privée.Toutefois, la plupart des femmes confiaient leurs biens à leurs maris ou à leurs pères. Haddad rejette cette tradition et appelle les femmes à revendiquer leur droit à un contrôle complet sur leurs biens. Dans le domaine judiciaire, les femmes n'avaient pas le droit d'occuper des postes au sein du système ou d'être témoin. Haddad explique pour sa part que l'islam n'exclut pas les femmes de ces droits.
Dans le domaine de l'éducation, il indique qu'il est totalement absurde d'exclure les femmes et qu'elles devraient avoir le droit de terminer leurs études et de participer pleinement à la vie publique. Concernant l'institution du mariage, il appelle d'abord à libérer la femme de la tradition du mariage arrangé voire forcé. Il met aussi en lumière le fait qu'il ne peut exister de famille heureuse si les parents continuent d'arranger les mariages de leurs filles contre leur volonté.

L'oeuvre de Tahar Haddad « La femme tunisienne devant la loi et la société », parue en 1930, a concrétisé les idées de l'auteur sur l'émancipation de la femme et de la famille et a tracé le chemin du progrès de la société toute entière.

En exil, et déjà affaibli par une crise cardiaque, il meurt des conséquences de la tuberculose le 7 décembre 1935 dans l'isolement le plus complet.

Avec l'indépendance de la Tunisie, ses propositions condamnées par les conservateurs, furent prises en considération lors de la promulgation du Code du statut personnel, en août 1956. En effet, il fit l'objet d'une violente campagne de dénigrement de la part de membres du Destour et de la hiérarchie conservatrice de la Zitouna.

L'institution de l'Etat moderne par  Habib Bourguiba a permis de réaliser une grande partie des aspirations de Tahar Haddad.

Publications
L'éducation islamique et le mouvement de réforme à la Zitouna. Les travailleurs tunisiens et la naissance du mouvement syndical, publié en 1927 et réédité en 1966 par la Maison tunisienne de l'édition.
Notre femme dans la charia et la société publié en 1930 et réédité sous le titre Notre femme, la législation islamique et la société, éd. Maison tunisienne de l'édition, Tunis, 1978.
?uvres complètes, éd. Ministère de la Culture et de la Sauvegarde du patrimoine, Tunis, 1999 (trois volumes présentés et établis sous la direction d'Ahmed Khaled)
Pensées, éd. La Presse, Tunis, 1993
Recueil de poèmes.

Hommage

Fondé en 1974 par Jelia Hafsia, le club Culturel Tahar Haddad dans la Medina, près de la place du Tribunal, à 50 mètres du Palais Kheireddine, propose régulièrement des expositions de jeunes artistes tunisiens, rencontres, conférences (langue arabe).

Club Culturel Tahar Haddad - La Médina Tunis
20, Rue du Tribunal, 1006 Tunis Médina
71 564 695

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