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Séisme à Tokyo : le Japon prépare des capitales secondaires

Et si, un jour, Tokyo était frappé d’un puissant séisme et ne pouvait plus fonctionner ? Tokyo se trouvant dans une situation tectonique exceptionnelle, à proximité de la rencontre de plusieurs plaques tectoniques : la plaque pacifique, la plaque philippine, la plaque d’Okhotsk (souvent rattachée à la plaque nord-américaine) et la plaque de la mer des Philippines, ce scenario est hélàs à prévoir. Sans remettre en cause son statut de capitale, le Japon se prépare désormais officiellement à cette éventualité. Après l’adoption d’une loi historique en juillet 2026, le pays veut pouvoir maintenir les fonctions essentielles de l’État ailleurs si un séisme majeur paralysait Tokyo et sa région.

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Écrit par Pauline Bocquillon
Publié le 3 septembre 2026, mis à jour le 6 septembre 2026

Tokyo peut-elle vraiment s’arrêter ?

La question peut sembler théorique. Elle ne l’est pas pour les autorités japonaises.

Le 24 juillet 2026, le Parlement a adopté une loi consacrée à la continuité des fonctions de l’État et à la création de « capitales secondaires » (fukushuto). Le texte a été promulgué le 31 juillet.

L’objectif est simple : si Tokyo est temporairement hors service, le pays doit pouvoir continuer à fonctionner.

Il ne s’agit donc ni de déplacer la capitale, ni de construire une « Tokyo 2 ». Le principe est celui d’un système de secours : pouvoir transférer temporairement certaines fonctions essentielles de l’État vers d’autres territoires, voire une grande partie d’entre elles.

Un risque qui concerne tout le pays

Pourquoi une telle précaution ?

Parce que Tokyo concentre une quantité exceptionnelle de population, d’administrations, d’entreprises et d’infrastructures. Selon le gouvernement japonais, environ 46,6 millions de personnes et 15,3 millions de bâtiments se trouvent dans Tokyo et les préfectures environnantes.

Un tremblement de terre majeur à Tokyo ne provoquerait donc pas seulement des destructions. Il pourrait perturber simultanément les transports, les communications, les réseaux électriques, les services administratifs, le système financier et les activités des grandes entreprises.

Autrement dit, le problème ne serait pas seulement de secourir Tokyo : il faudrait permettre au Japon tout entier de continuer à fonctionner.

Un scénario à 83 000 milliards de yens

En décembre 2025, le gouvernement a actualisé ses estimations pour un séisme directement sous la région de la capitale.

Dans le scénario étudié - un séisme du sud du centre de Tokyo, survenant en hiver en fin de journée - les conséquences pourraient être considérables :

  • jusqu’à 18 000 morts ;
  • environ 400 000 bâtiments détruits ou brûlés ;
  • 4,8 millions de personnes contraintes d’évacuer ;
  • jusqu’à 8,4 millions de personnes dans l’impossibilité de rentrer chez elles ;
  • et jusqu’à 83 000 milliards de yens de dommages économiques.

Ces chiffres correspondent à un scénario maximal précis. Ils ne constituent évidemment pas une prédiction du prochain séisme.

Mais ils donnent une idée du problème auquel les autorités cherchent désormais à répondre : comment gouverner un pays lorsque son principal centre politique et économique est lui-même paralysé ?

 

Tokyo prépare ses propres relais

La métropole dispose déjà de sites capables de prendre le relais de certains services en cas de catastrophe majeure.

C’est notamment le cas de Tachikawa, à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Tokyo. Son centre régional de prévention des catastrophes peut accueillir une partie des opérations de gestion de crise : collecte des informations, coordination des secours et maintien des communications. Il est conçu pour continuer à fonctionner pendant 72 heures grâce à une alimentation électrique de secours.

Ce dispositif ne doit toutefois pas être confondu avec le projet national de « capitale secondaire ». Tachikawa est un relais à l’intérieur de la métropole ; les futures capitales secondaires devront, elles, permettre au gouvernement national de fonctionner même si toute la région de Tokyo est paralysée.

Osaka, Nagoya, Sapporo ou Fukuoka ?

Le véritable changement apporté par la nouvelle loi est ailleurs : le relais doit pouvoir se trouver en dehors de la région capitale.

Le gouvernement doit maintenant définir les critères permettant d’identifier les territoires capables d’assurer ces fonctions.

Plusieurs candidats se sont déjà manifestés. Osaka, qui défend depuis plusieurs années l’idée d’une capitale secondaire, apparaît comme l’un des principaux prétendants. Mais Sapporo, Nagoya et Fukuoka ont également exprimé leur intérêt.

Le choix ne reposera pas uniquement sur le poids des villes. Les autorités devront notamment prendre en compte leur éloignement de Tokyo, le risque qu’elles soient touchées par le même événement, leurs infrastructures, la présence d’administrations et leur capacité à assurer rapidement les fonctions nécessaires.

Et il n’est pas certain qu’une seule ville soit choisie. Le gouvernement envisage également un système reposant sur plusieurs pôles complémentaires.

Plus qu’une question de séisme

Derrière cette réforme, il y a finalement une question plus large : le Japon est-il trop dépendant de Tokyo ?

La capitale concentre une part considérable de la population, des administrations et de l’activité économique du pays. La catastrophe naturelle met simplement cette dépendance en lumière.

La réforme des « capitales secondaires » poursuit donc un double objectif : préparer le pays à une catastrophe majeure et réduire sa dépendance à un seul centre de décision.

 

Lire aussi : Le Parisien, 23 août 2026  « Séismes, inondations, typhons… Le Japon cherche une “capitale de secours” en cas de catastrophe naturelle à Tokyo ».

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