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La French Touch de la scène drag à Tokyo : Kosmic Sans

Depuis près de six ans, la drag queen française Kosmic Sans occupe la scène drag tokyoïte et se démarque par son univers lumineux et futuriste. Rendez-vous à Nichome, dans le quartier LGBT+ de la capitale, l’un des lieux où l’artiste assure le show, pour en apprendre plus sur son parcours et sur l’univers du drag au Japon.

Kosmic Sans en plein show,  au Eagle Tokyo Blue, le 25 juin 2023. Shinjuku, Nichome, Tokyo, © Elina PerninKosmic Sans en plein show,  au Eagle Tokyo Blue, le 25 juin 2023. Shinjuku, Nichome, Tokyo, © Elina Pernin
Écrit par Elina Pernin
Publié le 8 août 2023, mis à jour le 19 février 2024

En janvier 2023, Kosmic Sans était sur la scène de la soirée Opulence, un évènement incontournable pour l’univers drag de la capitale nippone. La bande son choisie? “Que veux-tu” de la chanteuse française Yelle. Une ambiance inattendue en plein centre de Tokyo.

 

Ce soir-là, ce n’est ni la première fois ni la dernière que la drag queen Kosmic Sans, de son vrai prénom Sompra, diffuse de la musique française pendant un show. Accoudé au bar du Eagle Tokyo Blue, lieu emblématique du quartier gay de Tokyo à Nichome, Sompra m’explique qu’il inclut régulièrement dans ses show une touche française, très bien accueillie par son public, parfois international, parfois local selon les lieux où il se produit. La dernière bande son de l’hexagone utilisée pendant une de ses représentations : la reprise du titre de NTM “Ma Benz”, par le duo Brigitte.

Graphiste le jour, la nuit tombée, Kosmic Sans assure le show pour des évènements ponctuels et régulièrement dans plusieurs bars du quartier, dont celui où nous nous trouvons.

À Tokyo, pendant mes échanges avec différentes drag queens, lorsqu’on apprenait que j’étais française, un nom revenait systématiquement dans les conversations : Kosmic Sans. Extrêmement populaire parmi ses pairs et auprès des habitués de l’univers drag de la ville, il est presque difficile d’avoir une conversation sans être interrompu dans ce sous-sol à Nichome. Tout le monde connaît Kosmic ici, même sans sa tenue de scène.

C’est notre deuxième rencontre mais la première fois que je le vois en civil, je savais que j’aurais du mal à le reconnaître. Illuminé par les néons bleus qui inondent la pièce, lui et sa chemise blanche prennent la couleur du Eagle Blue. Après avoir vu un de ses shows, son calme et sa douceur me surprennent. “Je suis très réservé et timide au quotidien”, me confie-t-il. Une timidité qui ne l’empêche pas d'interagir avec son public une fois sur scène lorsqu’on l’appelle Kosmic Sans.

De gauche à droite, les drag queens Stefani St. Sl*t, Kosmic Sans et Polaris au Eagle Tokyo Blue
De gauche à droite, les drag queens Stefani St. Sl*t, Kosmic Sans et Polaris au Eagle Tokyo Blue, le 9 juin 2023. Shinjuku, Nichome, Tokyo, © Elina Pernin

Le drag : un moyen d’expression artistique

Un nom de scène qui n’est pas choisi au hasard. Comic Sans MS, la bête noire des graphistes, vous avez la référence ? C’est bien son métier qui a inspiré Sompra. Il a transformé ce terme pour donner naissance à Kosmic Sans, tout en intégrant un aspect important dans sa création : "le but est de créer des choses qui paraissent issues d’un autre univers, futuriste, en faisant des références à la pop culture", explique-t-il. Le drag lui permet "d’échapper à son quotidien", selon ses mots, mais également de "mettre ses talents au service d’un autre médium".

 

 

“Pour moi, le drag est un espace de création, similaire à une toile. J’aime créer l’habillage scénique, à la fois sur les écrans et sur mes créations (...) le drag est un art ouvert, une performance qui permet d’hyperboler son talent personnel, à travers le visuel, et sans étiquette”.

Ce travail, Sompra le fait principalement seul, même s’il lui arrive de faire des collaborations. Technique, couture, maquillage, il a tout appris en autodidacte et pioche dans ses connaissances cumulées pendant son parcours scolaire et professionnel. 

Né en banlieue parisienne de parents originaires du Laos, Kosmic le dit lui-même le sourire aux lèvres, il a toujours été “trop flamboyant pour la Seine Saint Denis”.

Après l’obtention de son bac électrotechnique, d’où il puise les connaissances nécessaires à ses créations incluant des néons sur scène et dans ses tenues, il a entamé des études dans une école d’art en graphisme et bande dessinée. Après un échange universitaire de six mois au Japon, il a décidé de s’installer dans le pays, où il vit depuis 2011. 

Quand j’étais plus jeune en France, ma mère m’a donné des petites notions de base [en couture], mais pour la construction des vêtements en général, mon habileté à comprendre la logique de la physique m’a beaucoup aidé”, précise Sompra. S’il peut créer des tenues incluant des néons, et se produire en tant que Kosmic c’est parce qu'il allie parfaitement art et technique.

 

La saison 9 de RuPaul’s Drag Race : un tournant pour Kosmic Sans

Nous sommes interrompus à nouveau par un des clients  qui s’agitent au bar. Ce soir-là, diffusion du dernier épisode de la saison 8 de RuPaul’s drag Race All Star, et la salle se remplit progressivement. Avec Kosmic, nous nous interrogeons sur cette série qui a ouvert cet art au grand public. Est-ce une bonne chose pour la communauté drag ou non ? 

Si mon interlocuteur a quelques critiques à faire dont le fait que “le show ne montre qu’une seule vision du drag”, il précise tout de même une chose essentielle ; sans cette série, Kosmic Sans n’existerait pas. C’est en 2017 qu’il s’est intéressé au drag après avoir découvert le show. Il s’est d’abord intéressé au maquillage et a tout appris sur Youtube avant de faire sa première scène en tant que drag queen la même année à Taiwain pendant la pride. Il a réalisé ce soir-là que cet art était fait pour lui et n’a plus arrêté depuis.

La même année, il se lance en freelance dans le graphisme après plusieurs expériences en entreprise à Tokyo plus ou moins décevantes. Ce nouveau rythme lui permet de dégager du temps pour se consacrer également à l’art du drag.

–  Entre 2011 et 2017 il aura eu le temps de réaliser un rêve d’enfant : travailler dans un studio d’animation, et de faire face à l’une des réalité du monde du travail au Japon : “ beaucoup de travail pour un salaire très bas” –  

“En comparaison à la France, je me sens plus en sécurité au Japon”

Le personnage de Kosmic Sans est né et a évolué au Japon, mais Sompra a bien conscience de la différence entre son pays d’origine et son pays de résidence : en tant que drag queen, “en comparaison à la France, je me sens plus en sécurité au Japon”, affirme-t-il.

Un exemple qui résume ce sentiment : il peut se déplacer dans les transports en commun en tenue de scène à Tokyo, ce qu’il ne ferait pas à Paris. “Bien sûr il y a de la haine en ligne, mais au quotidien, les japonais ne se soucient pas vraiment de cela. Ils jugent, bien sûr, mais au moins ils ne deviennent pas agressifs”, explique-t-il, tout en faisant référence à “la culture de l’omotenashi”, ce terme qui décrit l’art de l’hospitalité japonais.

Hey Kosmic !“. Nouvelles sollicitations qui coupent notre conversation, provenant des habitués et d’autres drag queens qui se mêlent à la discussion : Polaris et Stefani St.Sl*t. Kosmic Sans n’a cependant aucun mal à gérer plusieurs conversations à la fois, en français, en anglais et en japonais, les langues utilisées dans ce milieu très international. La raison ? “La scène drag a été importée par des japonais qui ont rapporté les codes du drag de l’étranger. Avant cela, le drag comme on le connaît en Occident n’existait pas exactement dans le pays”, m’explique le groupe. 

Toujours accoudé au bar du Eagle Tokyo Blue, je laisse Kosmic Sans, entouré de cette “famille”, c’est ainsi qu’il l’appelle, qu’il a trouvée à Tokyo.

Kosmic Sans quitte la scène après sa prestation au Eagle Tokyo Blue
Kosmic Sans quitte la scène après sa prestation au Eagle Tokyo Blue, le 25 juin 2023. Shinjuku, Nichome, Tokyo, © Elina Pernin

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