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Kansai Airports : premier bilan d'une coopération réussie (CR FAJ)

Par Julien Loock | Publié le 22/01/2018 à 01:35 | Mis à jour le 22/01/2018 à 01:44
osaka kansai airpots

En décembre dernier, l'association Femmes Actives Japon (FAJ) a invité Emmanuel Menanteau, Co-Directeur Général de Kansai Airports, à présenter le premier bilan de la coopération entre Vinci Airports et Orix Corporation dans le cadre d'un modèle de concession-exploitation des aéroports du Kansai. Le bilan a été l'occasion de mettre en lumière ce modèle unique, en parallèle de nombreuses observations sur les coulisses du domaine aéroportuaire que nous ne connaissons que trop peu. Retour sur la dernière conférence FAJ.


Après un parcours professionnel dans le secteur des ventes et du marketing, qui lui feront sillonner l'Est du monde (Inde, Singapour et Chine), Emmanuel Menanteau est nommé, en 2011, Directeur Général de Cambodia Airports avant de décoller pour le Japon, en avril 2016, où il est appelé à devenir le Co-Directeur Général de Kansai Aiports, filiale commune au Japon de Vinci Aiports et de la société japonaise de services financiers, Orix Corporation. Ce consortium des deux groupes a ainsi permis, fin 2015, de signer le contrat de concession des aéroports internationaux du Kansai avec la New Kansai International Airport Company pour quarante-quatre ans. C'est de cette concession que naît alors Kansai Airports. 


Le Groupe Vinci, que l'on connaissait avant tout pour sa filiale Vinci Park, revendue depuis, est le leader mondial des métiers des concessions et de la construction via son modèle intégré unique et complet. Il est bon de rappeler qu'une concession, dans le cas de Vinci Airports par exemple, fait référence à une alliance privilégiée entre un Etat et une entreprise privée pour prendre en charge une activité du domaine public ou pour réaliser un ouvrage particulier (ndlr sections d'autoroutes, électricité, distribution de l'eau, aéroports...). Ces concessions lient régulièrement une entreprise à un Etat pour un contrat de plusieurs années, pouvant atteindre soixante années dans certains cas. Pour Vinci Airports, la vision d'une concession se doit de se faire à long terme, car, avant de générer les premiers flux de revenus, le financement premier est lourd et conséquent. 

 

Kansai aiports


De Vinci Airports à Kansai Airports


Avec 7 milliards d'actifs et 6,6 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2016 pour Vinci Concessions, la filiale Vinci Airports prospère naturellement pour continuer de développer, financer et construire des projets divers à travers le monde. Actuellement, l'entreprise française exploite la bagatelle de trente-cinq aéroports, sur trois continents, tout en gérant l'intégralité de leur modèle. Parmi les aéroports de Vinci Airports, douze se situent sur le territoire français. A l'international, l'entreprise manœuvre deux aéroports au Japon, trois au Cambodge (Phnom Penh, Siem Reap et Sihanoukville), un au Brésil, un au Chili, six en République Dominicaine ainsi que dix autres au Portugal. L'histoire de la première concession aéroportuaire du groupe Vinci est d'ailleurs étroitement liée à l'histoire et à la politique françaises. A la fin du conflit cambodgien, lorsque le processus de paix fut engagé, l'Etat français a ainsi aidé à la reconstruction de la capitale, Phnom Penh, en 1995. Aujourd'hui détenu à 70% par Vinci Airports, l'aéroport principal du Cambodge est le parfait exemple de la réussite d'un investissement privé dans la relance économique d'un aéroport. 


Le marché de l'aviation civile est, et sera toujours,un marché dynamique. Avec 3,7 milliards de passagers annuels actuellement et plus de 7,5 milliards prévus d'ici 2030, développer son réseau de concession à travers le monde est une aubaine économique forte, spécialement sur la zone Asie, en plein boom de consommation touristique. A l'exception de la France et du Portugal, Vinci Airports exploite la gestion de ses aéroports avec un partenaire local. L'aventure japonaise a ainsi amené le groupe français à travailler en binôme avec la société Orix Corporation. Cette alliance a alors donné naissance à une société commune, Kansai Airports, cogérée par les deux parties. Cette règle de codirection et de cogérance est décidée par l'Etat en charge de superviser la concession de l'aéroport en question. Dans le cas des aéroports du Kansai, les origines sont issues de la politique économique (abenomics) menée par le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, prônant la relance et la croissance du pays. Et pour aider au désendettement du Japon, les capitaux étrangers deviennent des alliés de choix dans des projets aussi colossaux qu'un aéroport. C'est pourquoi, dès les années 2013 et 2014, le gouvernement japonais s'est mis à la recherche de partenaires pour la concession des aéroports du Kansai et de Sendai. 


S'en sont suivies les étapes d'appels d'offres et de remises d'offres, processus long et fastidieux. Seule offre finale retenue, celle de Vinci Airports a ainsi été actée en septembre 2015. Pourquoi seule ? Car le gouvernement d'Abe a obligé, qu'importe l'entreprise, à postuler avec un partenaire local, condition sine qua non pour une candidature fiable. Première expérience en territoire nippon, Vinci Airports s'engage, avec Orix Corporation, pour quarante-quatre ans de concession avec l'Etat japonais pour l'exploitation des aéroports du Kansai, quel que soit le trafic aérien (un risque pour le concessionnaire qui paye également un loyer à l'Etat). C'est ainsi qu'en avril 2016 démarre la concession de Kansai Airports. Presque deux ans plus tard, Vinci Airports se lance dans les opérations pour la concession de l'aéroport de Kobe.

 


Mais pourquoi le Kansai ?


Le choix de candidater pour la concession des aéroports du Kansai n'est évidemment pas un risque couru sans un potentiel de réussite et de croissance fort. La région du Kansai est une région du Japon extrêmement attractive (la deuxième du pays). Son PIB, le même que celui de la Corée du Sud ou des Pays-Bas, lui assure une solidité économique rassurante pour les investisseurs étrangers. Touristiquement parlant, la région n'a pas à rougir du Kanto par exemple, avec ses vingt sites inscrits à l'Unesco et ses huit millions de touristes en 2017. Et au-delà de la belle Kyoto, c'est Osaka qui rafle la mise avec une clientèle chinoise, dépensière, de plus en plus nombreuse. Emmanuel Menanteau nous apprend ainsi que, statistiquement, les voyageurs chinois entrent majoritairement au Japon via l'aéroport international d'Osaka (KIX), au détriment des aéroports tokyoïtes. 

 

Osaka de nuit


L'attractivité du territoire a été l'une des clés de la prise de décision du groupe Vinci Airports pour candidater à cette concession. Aujourd'hui, le groupe français gère les deux aéroports du Kansai (anciennement gérés par l'Etat lui-même) grâce à une société de projet codirigée, à 40%, par Vinci Airports et Orix Corporation (les 20% restants sont partagés entre plusieurs entreprises, telles Panasonic ou Osaka Gaz). Et les chiffres et les faits parlent d'eux-mêmes : la concession des aéroports du Kansai est une réussite. Premiers aéroports privés du Japon et deuxièmes plateformes aéroportuaires du pays, KIX et Itami ont vu passer, dans leurs murs, près de 44 millions de passagers, dont 22 millions de voyageurs internationaux. Ils sont également les aéroports les plus utilisés par les touristes chinois mais aussi coréens, taïwanais et hongkongais. Les conditions d'exploitation de ces deux aéroports sont donc idéales pour les acteurs de cette concession de quarante-quatre ans. 

 


La gestion de Kansai Airports


Bien que Kansai Airports soit la réunion de partenaires de pays différents, il opère comme un seul système, une seule entité à la culture et aux objectifs communs. Deux CEO (dont Emmanuel Menanteau) pilotent ainsi la concession. Chaque fonction a également un directeur et un adjoint, qui proviennent, soit de chez Vinci Airports, soit de chez Orix Corporation. L'ADN du projet se doit d'être commun et sain, lorsque l'on s'engage pour un mariage de quarante-quatre ans. La politique du groupe se joue aussi parmi tous les employés, pour créer une synergie commune et consolider les relations entres les équipes. Ainsi ont été créés les Smiling Days, un événement annuel pour stimuler l'interaction entre les employés de Kansai Airports, entre eux, mais aussi avec les clients des aéroports, afin d'entretenir un enthousiasme ambiant synonyme de réussite et de prospérité.


Les mois écoulés, depuis avril 2016, ont été ponctués de différentes phases, toutes plus importantes les unes que les autres : la phase de création, la phase de stratégie commune, la phase des nouvelles initiatives, la phase d'implantation ou encore la phase de développement. Les résultats positifs commencent déjà à apparaître sur le radar du groupe après les premiers mois d'exploitation, orchestrés par les différents acteurs de la concession. Ainsi, depuis décembre dernier, la ligne Sidney-KIX a été ouverte par Quantas. Deux compagnies low-cost (Air Asia X et Scoot) desservent maintenant, via Kansai Airports, une destination très prisée de la clientèle japonaise : Hawaii. Les activités extra-aéronautiques connaissent également un rebond économique très intéressant pour le groupe. Le concept du Duty Free a été, par exemple, repensé dans le terminal low-cost. Doublée en surface et désignée en walkthrough, la zone dédiée au Duty Free a ainsi vu ses ventes s'envoler de 60%. L'aéroport d'Itami est également en cours de rénovation, dans l'optique de développer l'expérience client, grâce à une nouvelle zone centrale réservée aux boutiques, à de nombreux restaurants ainsi qu'un bar à vin, qui sera aussi producteur de son propre cru, sans bien sûr oublier la politique d'environnement, chère aux yeux du groupe. 

 

avion Flyscoot


Au-delà de cette réussite prometteuse et très encourageante pour les quarante-deux années encore à venir, Kansai Airports est également un challenge culturel quotidien, entre deux groupes partenaires aux coutumes professionnelles très différentes, voire opposées sur certains points. La confiance a dû s'acquérir au fil des mois, comme la gestion des prises de décision commune. Ce qui transparaît, avec ce bilan des premiers mois, c'est que l'entente entre Emmanuel Menanteau et son homologue japonais est au beau fixe, ce qui assure une cohésion optimale pour la suite des opérations. Et des opérations, il y en a encore quelques-unes d'envergure pour les deux hommes. Dès avril 2018, l'exploitation de l'aéroport de Kobe sera effective, l'occasion de créer des synergies et de revenir à une gestion commune dans un périmètre restreint (à l'opposé des aéroports de Narita et de Haneda qui se concurrencent). La candidature d'Osaka/Kansai pour l'Exposition Universelle de 2025 stimule également la bonne énergie autour de Kansai Airports... même si cette candidature s'oppose à celle de Paris. 

 

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Julien Loock

Julien Loock

Rédacteur en chef de l'édition de Tokyo depuis décembre 2016.
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