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Mathias Hérion, histoire du premier combat d’un boxeur amateur à Chiang Mai

Mathias Hérion est belge. Il a 27 ans. Après trois semaines d’entraînement seulement il a souhaité monter sur un ring de Muay thai. lepetitjournal.com a voulu comprendre ses motivations. Portrait.

Mathias Hérion Mathias Hérion
Écrit par Franck STEPLER
Publié le 3 juillet 2026, mis à jour le 7 juillet 2026


 

Il est allé au bout de l’expérience et, ne serait-ce que pour cela, chapeau jeune homme, nous ne l’aurions pas tous fait !

Mathias Hérion a 27 ans. 1 mètre 80. 66 kilos.
Originaire de Liège, en Belgique, il a commencé par des études de beaucoup de choses : droit, école de commerce, commerce extérieur, sociologie, ressources humaines, sexologie, sans jamais obtenir le moindre diplôme. C’est ce qui s’appelle chercher sa voie… ou la trouver. La trouver dans le départ.

 

Son coach lui propose finalement de monter sur un ring

 

L’avion a décollé il y a un an et demi pour l’Australie. À Melbourne puis le long de la côte est, un an à travailler dans la construction, le jardinage, les bars, pour financer la suite du voyage en Asie du Sud-Est : Vietnam, Cambodge, Laos et enfin Thaïlande. Arrive à Chiang Mai début juin 2026, il attaque le Muay thai le 3. La date est gravée tant elle revêt de l’importance pour lui. En Belgique et en Espagne, il s’est initié par le passé au Krav maga, à la boxe anglaise et a un peu découvert la boxe thaïe, « mais sans jamais me sentir capable de combattre », avoue-t-il humblement. Ici, il veut s’offrir un stage intensif fait de deux entraînements par jour et un combat final, un vrai, d’ici la fin du mois.

 

Mathias Hérion

 

Sa meilleure amie est venue le rejoindre, il n’a pas encore la condition physique, il a envie de découvrir les environs, alors il commence par une séance quotidienne. Puis il entre dans le vif du sujet, sans être sûr qu’on le laissera combattre. Un jour que nous discutons, il m’explique qu’il ne combattra pas. Deux jours plus tard, il m’appelle pour me dire que son coach lui a proposé de monter sur le ring.

 

La violence me révulse et m’attire

 

Son coach s’appelle Bank. C’est un ancien pro. « Je pense qu’il est prêt pour un combat de débutant, me confie-t-il, pour certains, quelques semaines d’entraînement suffisent. De toute façon, je ne prends pas la décision seul. Nous nous réunissons à sept pour évaluer les boxeurs. » Des évaluations qui amènent même certains à devenir professionnels, en Thaïlande ou ailleurs.

 

Mathias Hérion et son coach, Bank
Mathias Hérion et son coach, Bank

 

Je m’enquiers de savoir dans quel état d’esprit se trouve Mathias, à la veille de son premier combat. « J’ai envie d’aller voir mes propres limites, de me connaître au maximum, ce que j’ai entrepris en partant voyager seul, explique-t-il. Il y a un mélange d’adrénaline et de stress. Il faut le vivre par soi-même pour comprendre. Je viens d’une ville et d’une famille assez violentes. La violence me révulse et m’attire. Je n’ai jamais voulu me battre dans la rue. Je veux le faire sur un ring. Je veux savoir à quel point je peux être violent. J’ai envie que ce soit un choix d’être pacifiste. Ne pas reculer par peur mais par la décision. »

 

Et la peur ?

 

On sent en lui une grande humilité face aux boxeurs chevronnés du Bear Fight Club qu’il respecte. Et la peur ? Mathias raconte. « Je suis allé voir le combat d’un Allemand qui avait un an et demi de boxe thaï en Allemagne puis un mois intensif ici. J’ai vu dès la fin de la deuxième reprise qu’il n’avait plus de cardio, plus de puissance. Il s’est fait casser le nez et ça m’a refroidi. Et puis on s’est rendu compte que son adversaire avait une centaine de combats au compteur ! » Un appariement anormal et qui coûte très cher.

 

Le résultat m’importe moins que le parcours

 

Mathias, lui, veut combattre à compétences et expérience égales, seul moyen à ses yeux de connaître vraiment son propre niveau. Ni être au-dessus, ni en-dessous de son adversaire au début du combat. Son coach et les organisateurs lui ont trouvé l’adversaire qui correspond au portrait-robot. Il combattra donc en cinq reprises, demain soir, au Thaphae Boxing Stadium. Il a quitté son dortoir d’hostel pour une chambre tranquille où il peut étaler ses affaires pleines de sueur, dormir et se concentrer. Malgré tout, la nuit dernière fut agitée. L’excitation, le stress, le saut dans l’inconnu. « Je suis confiant, je vais gagner mais, quoi qu’il arrive, le résultat m’importe moins que le parcours. » On dirait les paroles d’un sage.

 

Rendez-vous au Thapae Boxing Stadium

 

C’est pour ce soir. Thapae Boxing Stadium. 21h. Il discute avec des amis et des coachs. Son combat est programmé en sixième position sur sept. La soirée démarre à 21h15. Les trois premiers combats sont 100% thaïs.

 

Affiche soirée boxe thaïe

 

Un garçon gagne par KO à la première reprise, puis une fille à la troisième. Deux combats très attentistes qui s’achèvent sur d’énormes béquilles grâce à un coup de pied à la cuisse. Le troisième combat, masculin à nouveau, est très engagé dès les premières secondes. Dans la deuxième reprise, l’un des combattants est compté après une double béquille. Il reprend en boitant. Troisième reprise. Le blessé attaque violemment à la cuisse. Nouvelle béquille. Nouveau KO. Un spectacle absurde oppose ensuite trois aveugles qui se tapent un peu pour rien au cœur du ring. Le folklore d’un peu désagréable de ce genre de soirée… Puis revient le Muay thai, le vrai. Une jeune Allemande monte sur le ring. Ses amies hurlent derrière moi. Elle a plusieurs années de kickboxing dans son pays à son actif. Elle fait tomber son adversaire dès la première reprise. La jeune thaïe se relève mais subit un violent KO dans la foulée. Lorsque l’arbitre lui soulève le bras, la combattante allemande semble incrédule. Mais elle l’a fait.

 

Pas de round d’observation

 

Au tour de Mathias. Pas de round d’observation. Le combat est très engagé d’entrée. Un balayage le fait tomber dès la première reprise mais sans conséquence. La deuxième reprise démarre de manière acharnée. On le voit chercher son souffle. Il met une bonne droite mais sans effet.

 

Combat Mathias Hérion

 

Trente secondes. Un coup de pied haut à la tête. Il est ouvert sous l’œil gauche. KO.

 

Mathias Hérion œil ouvert

 

Quelques minutes après, en coulisse, il sourit. Tant mieux.

Je le retrouve autour d’une boule de glace réconfortante après avoir vu un dernier combat très agressif qui finit KO debout à la première reprise et qui aurait pu ou du être arrêté avant. Pour Mathias, direction l’hôpital pour vérifier que tout va bien pour son œil  et éventuellement recoudre « pour ne pas garder une trop grosse cicatrice », dit-il.

 

Cette défaite me remet les pieds sur terre

 

Bilan de l’aventure ? « Je ne me sens ni gêné ni honteux. Je suis content de l’avoir fait. Cette défaite me remet les pieds sur terre. J’aurais gagné mon premier combat, je me serais certainement cru trop fort. Je sentais effectivement que le cardio était limité au début de la deuxième reprise. Et lorsqu’il m’a mis un coup de genou au ventre, il m’a bien séché. Pour l’instant, je ne sais plus où je suis. Tout a été si différent par rapport à l’entraînement. Je n’ai même pas mal à mon œil, je ne sens plus mes jambes Mais je sens que demain je vais avoir mal partout. Je retiens aussi le respect qu’il y a eu pendant tout le combat. J’ai senti mon adversaire gêné de m’avoir blessé. Je suis content du combat, content d’être tombé comme ça et pas par fatigue ou abandon. Je l’aurais mal vécu. »

Et l’avenir ? « À chaud, je me vois remonter sur un ring mais plutôt en boxe anglaise. Je sens que je ne suis pas encore à l’aise avec les jambes et que je ne sais pas assez bien me protéger. La preuve. »

Enfin, belge un jour, belge toujours, Mathias conclut comme Jean-Claude Van Damme aurait pu le faire : « C’est un gros rappel à la réalité : la vie c’est dangereux. » Désolé Mathias mais, celle-ci, on ne pouvait pas la rater…

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