Journalistes thaïlandais et laotiens se sont rencontrés pour discuter de l’utilisation de l’intelligence artificielle. Ils ne sont pas les seuls à se poser des questions sur l’avenir de leur métier.


Les associations des journalistes thaïlandais et laotiens ont confirmé leur partenariat lors d'une réunion bilatérale qui s’est tenue à Bangkok. L'intelligence artificielle était au cœur des discussions, avec son lot d’opportunités et de risques pour un métier particulièrement concerné. Somsavath Phongsa, directeur général du département des Médias à la Commission pour l'Information et l'Éducation du Comité central du Laos, qui menait sa délégation, a insisté sur ce point. « Les journalistes régionaux doivent renforcer leurs compétences, notamment en journalisme axé sur les données, pour que l'IA soutienne plutôt qu'elle ne compromette les standards professionnels. »
Des formations pratiques pour combler le fossé technologique
Le constat est sans détour : malgré le développement des sites internet et des réseaux sociaux, nombreux sont les journalistes de la région qui maîtrisent encore mal les outils modernes. Toutes les générations sont concernées. L'IA représente un défi particulier pour les plus anciens, moins familiarisés avec les plateformes numériques, tandis que les jeunes reporters développent des compétences mais pourraient se faire happer par elles.
Le Laos travaille également sur le sujet avec un autre voisin, le Vietnam. En juin 2026, les deux pays ont lancé conjointement des programmes de formation spécialisés destinés aux journalistes laotiens, avec un accent sur les applications concrètes de l'IA en journalisme multimédia.
L'IA : outil d'accélération ou menace pour la déontologie ?
En Thaïlande, les ambitions sont affichées. Chavarong Limpattamapanee, conseiller de la Thai Journalists Association et président du Conseil national de la presse de Thaïlande, a annoncé que son organisation, avec le soutien de la Society for Online News Providers (SONP) et de Google Asia Pacific, formera vingt journalistes aux applications de l'IA. Huit d'entre eux seront certifiés pour animer des ateliers futurs, créant ainsi un effet multiplicateur.
Mais la formation ne concerne pas uniquement la technologie. L'éthique demeure évidemment centrale. Comment bien utiliser les nouvelles technologies et ne pas se faire piéger par elles ? Les préoccupations concernant les deepfakes audio et vidéo s'intensifient. Malayvieng Vongchandy, directeur adjoint de la Télévision nationale laotienne, a prévenu : « L'IA est un outil puissant. Sans garde-fous éthiques, elle risque de devenir une menace. Notre coopération nous permet d'affronter ensemble ces défis. »
Une dynamique internationale
À l'échelle régionale plus large, les tendances et les inquiétudes sont les mêmes. La 21ème Assemblée générale de la Confédération des Journalistes de l'ASEAN (CAJ-21), réunie en avril 2026 en Malaisie, a placé « l'avenir de l'IA et son impact sur le journalisme » au cœur de ses débats.
La France, elle aussi, traverse une transformation à laquelle personne n’échappe. Face aux fausses informations, aux images truquées et aux campagnes massives de désinformation décuplées par l'IA, les écoles de journalisme françaises repensent leur pédagogie.
Pour ne citer qu’un exemple, depuis 2025, tous les étudiants de première année de master de l'École de journalisme de Sciences Po suivent un cours obligatoire intitulé « Faire travailler l'IA au service du journalisme ». Cet enseignement est dispensé en français et en anglais, reflétant une ambition internationale de voir la question abordée sur le fond. Selon les responsables pédagogiques, les étudiants des promotions récentes manipulent davantage l'IA et posent des questions récurrentes sur l'obsolescence potentielle du journalisme face aux machines, tout en maintenant l'éthique au cœur de leurs réflexions : droit d'auteur, responsabilité éditoriale, compétences irremplaçables.
Attention toutefois, les jeunes journalistes que nous voyons arriver à la sortie de leurs études ont une tendance claire à s’en remettre à ces nouveaux outils pour les seconder dans leur travail. Il est fréquent de constater que la culture générale et le savoir-faire professionnel sont en baisse chez les nouvelles générations de journalistes, la machine étant trop souvent considérée comme une remplaçante, plutôt que comme une assistante.
Vers une collaboration mondiale sur les standards éthiques
Ce qui émerge de toutes ces initiatives, en Asie du Sud-Est comme en France, c'est une sorte de consensus : l'IA n'est pas l'ennemie du journalisme mais elle exige une transformation profonde des pratiques et des garde-fous.
Les associations thaïlandaises et laotienne ont convenu que la discussion collective au niveau de l'ASEAN aurait plus de poids que les dialogues entre deux pays. En attendant, les associations de journalistes thaïlandaise et laotienne se sont déjà engagées à traiter les enjeux urgents, tels que la désinformation et l'usage responsable des nouveaux outils numériques.
Un métier en transformation, mais vivant
L'IA redéfinit le journalisme, certes. Mais elle n’est pas en train de le tuer, à condition qu’on y prenne garde. Elle exige que les professionnels de l'information se réapproprient leur métier et préservent ce qui fait l'essence du journalisme : la responsabilité, la vérification de l’information, l'éthique.
Pour les journalistes thaïlandais, laotiens, français et les autres, c'est une course contre la montre. Mais c'est aussi une opportunité de redéfinir ensemble ce que signifie être journaliste au 21e siècle.
Le mot de la fin peut revenir à Nanthsit Nitmetha, président de la Society for Online News Providers thaïlandaise, qui explique que « l'IA doit être traitée comme un outil de soutien, non comme un remplacement des journalistes. Les usages pratiques incluent l'assistance à la rédaction, la création de graphiques et la collecte de données mais la supervision éditoriale humaine reste essentielle. L'IA peut nous aider à travailler plus vite mais la crédibilité doit toujours provenir des personnes. »
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