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Huit millions de chiens en Thaïlande dont 700.000 dans la rue

Un million de morsures par an, 97% infligées par des chiens. La Thaïlande n'a toujours pas trouvé de solutions à ses meutes.

Chiens sauvages Thaïlande Chiens sauvages Thaïlande
Écrit par Hugo HASBROUCQ
Publié le 21 juillet 2026, mis à jour le 10 août 2026


 

Les chiens errants font partie du paysage thaïlandais au même titre que les temples et les tuk-tuks. On les voit dormir sous les étals des marchés, courir le long des routes de province, se regrouper en meutes la nuit dans les rues de Bangkok. La plupart semblent inoffensifs.

Lors du dernier recensement national, en 2014, le Département du développement de l'élevage avait dénombré 8,5 millions de chiens dans le pays, dont environ 700.000 considérés comme errants au sens strict. La moitié de ce sous-groupe (340.000 pour être précis) étaient des femelles en âge de se reproduire, avec un potentiel de 10 chiots par femelle et par an dans des conditions favorables.

Un chien errant n'est pas forcément un chien sauvage de naissance. En Thaïlande, la grande majorité des chiens dits « libres » sont des animaux abandonnés, nés sous un toit puis relâchés dans la rue par des propriétaires qui ne souhaitent plus les garder ou qui n'avaient pas prévu les frais vétérinaires. La population de chiens errants est en permanence alimentée par cet afflux d'animaux domestiques abandonnés plutôt que par une reproduction autonome sur plusieurs générations.

 

Un chien métis thaïlandais

 

Le chien errant thaïlandais type est un animal de taille moyenne, à poil court, à oreilles dressées et à museau allongé. Il n'appartient à aucune race reconnue au sens international mais à un pool génétique ancien dont une étude de l'Université Chulalongkorn publiée en 2020 a montré qu'il descendait en grande partie des populations canines qui accompagnaient les migrations humaines en Asie du Sud-Est il y a plusieurs milliers d'années. Ce chien présente une robustesse caractéristique et une méfiance instinctive envers les inconnus qui s'accroît fortement lorsque les animaux se regroupent en meutes. Les études comportementales indiquent que les chiens errants isolés restent généralement non agressifs envers les humains. En groupe, la dynamique change. La mère allaitante est, de loin, le profil le plus susceptible de mordre.

Les morsures représentent un problème de santé publique documenté. Plus d'un million de personnes sont mordues par des animaux chaque année en Thaïlande, dont 97% par des chiens, en majorité errants selon les données épidémiologiques.

La vaccination antirabique a progressé depuis les années 1990, mais elle reste inégalement distribuée selon les provinces. La rage tue encore des Thaïlandais chaque année.

 

Stérilisation et abattage

 

Le gouvernement thaïlandais a longtemps eu recours à l'abattage pour contrôler les populations. Les campagnes d'euthanasie réduisent les effectifs à court terme, mais les survivantes femelles compensent immédiatement avec des portées plus nombreuses et les zones dépeuplées sont rapidement recolonisées par des animaux venus d'ailleurs. Les études de modélisation publiées en 2025 dans la revue PLOS ONE confirment que la stérilisation ciblée des femelles, combinée à la vaccination, est la seule stratégie capable de réduire durablement la population au-delà de 50% sur une période de cinq ans.

L'ONG FOUR PAWS et d'autres organisations ont développé des programmes combinant stérilisation, vaccination antirabique et identification des animaux, avec des résultats mesurables à Phuket, où l'incidence de la rage est restée faible depuis plusieurs années. Mais les ressources sont insuffisantes à l'échelle nationale et la responsabilité légale des propriétaires abandonneurs reste théorique.

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