Au sommet des plus hauts pics de Thaïlande, des gardiens veillent sur les torrents de montagne. La science les a nommés en 1998. La forêt les cache depuis bien plus longtemps.


Au-dessus de 900 mètres d'altitude, là où les forêts de montagne de la province de Chiang Mai deviennent plus froides et plus humides, quelque chose veille sur les cascades. On peut l’entendre, pratiquement couvert par le bruit de l'eau. On le frôle sans le voir, caché dans une anfractuosité de rocher, au bord d'un torrent difficilement accessible. Les habitants des villages de montagne connaissent ces lieux que les scientifiques ont longtemps cherchés. Aujourd’hui encore, peu savent vraiment ce qui se tient là, immobile, à l'affût.
Ce mystérieux gardien s'appelle Ansonia inthanon et il ne dépasse pas 26 millimètres.
Corps brun-noir parsemé de minuscules verrues, ventre et lèvres tachetés de jaune vif, pattes antérieures fines comme des brindilles. Il se tient soulevé du sol sur ses membres allongés, ce qui accentue encore sa silhouette improbable. Décrit pour la première fois en 1998 par les herpétologues Masafumi Matsui, Jarujin Nabhitabhata et Somsak Panha à partir de spécimens collectés près de la cascade de Siriphum, il n'était alors connu que du parc national du Doi Inthanon et d'une localité isolée dans la province de Kanchanaburi. Une troisième population a depuis été identifiée au Doi Suthep. Son régime alimentaire reste pour l’heure inconnu.
En revanche, ce petit crapaud mérite toute notre attention car sa présence signale un torrent intact : difficile comme il est, il ne tolère ni l'agriculture intensive ni l'introduction de grenouilles invasives. Là où il subsiste, l’eau est propre et court sur des roches jamais foulées ni déplacées par l’homme.










