Édition internationale

Quand le rythme frénétique de Bangkok menace la santé mentale des jeunes

À Bangkok, le trafic routier, le rythme effréné du quotidien et les pressions sociales constituent un cocktail explosif pour la santé mentale des jeunes. La dépression guette.

Groupe de parole jeunes thaïs Groupe de parole jeunes thaïs
Écrit par Franck STEPLER
Publié le 8 septembre 2026


 

Les données sont sans appel. Un dépistage de santé mené par l'Administration métropolitaine de Bangkok (BMA) auprès de 624.387 personnes a révélé que les jeunes âgés de 15 à 34 ans présentaient la plus forte proportion de risque de dépression, avec un taux de 21,25 %. La tranche d'âge 15-24 ans est particulièrement vulnérable.

Le Dr Lertluck Leelaruangsang, secrétaire permanent adjoint de la BMA, souligne que « la santé mentale constitue un problème majeur pour Bangkok car les résidents de la ville font face à un mode de vie frénétique, de longs trajets et des pressions économiques ». La dépression guetterait 5% des résidents de Bangkok pour une moyenne nationale de 2,7%.

 

Les facteurs de stress spécifiques à Bangkok

 

Les pressions qui pèsent sur les jeunes Bangkokiens sont multiples. Pour ceux qui vivent loin de leur famille, la gestion simultanée des études, du travail et des responsabilités quotidiennes devient un fardeau considérable. À cela s'ajoutent les pressions sociales et familiales qui n'épargnent personne.

Le trafic routier infernal de la capitale – où les trajets domicile-travail s'étirent sur plusieurs heures – aggrave le stress quotidien. Ce mode de vie accéléré, caractéristique de Bangkok, crée un environnement où les jeunes peinent à trouver un moment de respiration.

 

L'automutilation : un signal d'alerte

 

L'automutilation des adolescents inquiète particulièrement les spécialistes, même si le président de l'Association psychiatrique de Thaïlande tempère. « L'automutilation chez les adolescents ne doit pas être automatiquement interprétée comme une tentative de suicide », explique-t-il. Certains jeunes se blessent volontairement parce qu'ils se sentent submergés ou isolés ou comme forme d'autopunition, plutôt que par intention de mourir. Mais ce comportement révèle toujours une difficulté à faire face et ne doit jamais être ignoré ou minimisé.

Le médecin préconise de donner aux adolescents plus d’occasions d'exprimer leurs émotions, notamment dans des clubs scolaires, de leur donner accès aux pédopsychiatres et à une information fiable en matière de santé mentale via les réseaux sociaux et les plateformes en ligne, qui ne disent hélas pas toujours ce qu’il faudrait.

Et puis il faut évoquer aussi, dans la Thaïlande d’aujourd’hui, l’accès aux armes à feu. S’il est limité, on évitera qu’une crise passagère se transforme en drame, qu’il s’agisse d’un suicide ou d’une fusillade dans un établissement scolaire.

 

Le rôle crucial des écoles et des proches

 

Les établissements scolaires jouent un rôle fondamental dans la détection des signaux d'alerte. Les jeunes peuvent d'abord confier leur détresse à des amis, ce qui fait des enseignants et des pairs des maillons potentiels vers le soutien avant qu'une crise ne s'aggrave. C’est ainsi que la BMA prévoit de faire parler des élèves du secondaire à partir du 1er octobre, dans une centaine d’écoles secondaires. L’objectif consiste à tenter d'identifier les élèves vulnérables et à les mettre en contact avec les services d'aide.

 

Les jeunes se réfugient en ligne

 

On le sait, et on peut s’en inquiéter, les jeunes âgés de 15 à 20 ans se tournent de plus en plus vers les réseaux sociaux, les chats en ligne et les outils d'intelligence artificielle comme ChatGPT pour gérer le stress ou les difficultés émotionnelles. Le Samaritans of Thailand, une organisation d'aide au suicide, rapporte que les 15-20 ans constituent le deuxième groupe utilisateur de ses services, après les adultes en âge de travailler. Mais si l’IA permet de s’exprimer, elle ne peut remplacer l’empathie et le soutien humains.

Pour que les requêtes en ligne soient efficaces, il faut qu’elles puissent guider les jeunes en détresse vers ceux qui pourront les accompagner dans la « vraie vie ».

 

Les initiatives de la Mairie de Bangkok

 

Face à cette situation de crise sociétale, la BMA déploie une stratégie active. 21 de ses 69 centres de santé publique disposent maintenant de cliniques de santé mentale. Plus de 2.000 bénévoles en santé communautaire, spécialement formés, aident à identifier les personnes qui pourraient avoir besoin de soutien.

« Des services numériques tels que Bangkok Mind, les outils d'auto-dépistage, la ligne d'urgence en santé mentale 1323 et le chatbot DMind offrent des voies supplémentaires pour obtenir de l'aide », ajoutent certains médias.

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