En ces derniers jours d’août 2026, Le Figaro Magazine a publié un reportage sur le conflit frontalier entre le Cambodge et la Thaïlande. Phnom Penh y voit une validation de sa position. Bangkok s’insurge.


« À la frontière Thaïlande-Cambodge, une guerre de territoire au milieu de vestiges angkoriens ravagés par les combats ». Tel est le titre du reportage signé Jean-Luc Moreau Deleris, publié par Le Figaro Magazine puis lefigaro.fr. Jusque-là, pas d’agresseur, pas d’agressé. En légende de la première photo, on peut lire : « Le temple de Preah Vihear, une merveille de l’ancien Empire khmer datant du XIème siècle, est situé au Cambodge, près de la ligne frontière. L’armée thaïlandaise n’a pas hésité à le bombarder, provoquant des dommages irréparables. » Le ton a déjà changé. Puis vient le chapô, les quelques lignes qui résument l’article à venir. « Après avoir attaqué son voisin cambodgien en 2025, la Thaïlande a annexé une frange de son territoire, contraint des centaines de milliers de civils à l’exode et partiellement détruit des vestiges angkoriens, dont le temple de Preah Vihear, classé au patrimoine mondial de l’Unesco. » Nul besoin d’aller plus loin dans la lecture du reportage, la messe est dite.
Un article et une exposition
L’article se penche également sur les fondements historiques et juridiques de la position cambodgienne. Il se réfère aux traités franco-siamois de 1904 et 1907, aux cartes frontalières officielles et aux arrêts de la Cour internationale de Justice datant de 1962 et de 2013, qui ont tous reconnu la souveraineté cambodgienne sur le temple de Preah Vihear.
Et pour prolonger le plaisir pour les amateurs, les photos de Jean-Luc Moreau Deleris, réalisées lors de ce reportage, sont actuellement exposées au Couvent des Minimes à Perpignan, dans le cadre du festival Visa pour l'Image, qui se déroule jusqu'au 13 septembre 2026.
Le Cambodge applaudit la couverture française des événements
La parution de ces quelques pages a été l’occasion d’une passe d’armes entre les deux voisins concernés. Samedi 30 août 2026, le ministre cambodgien de l'Information, Neth Pheaktra, a partagé le reportage d'enquête du Figaro, favorable à son pays, avec la presse. Selon le ministre, cet article de fond qualifie la Thaïlande d'« agresseur » et évoque l'occupation de certaines portions du territoire cambodgien. Un discours qui, bien évidemment, apporte de l’eau à son moulin. Neth Pheaktra a mis en avant le fait que Le Figaro s’était à la fois penché sur les dommages au patrimoine culturel, les fondements historiques et juridiques du dossier, ainsi que sur les traités et arrêts internationaux favorables à la position cambodgienne.
Bangkok conteste fermement les accusations
La réaction thaïlandaise ne s’est pas fait attendre. L'Air Chief Marshal Prapas Sornchaidee, directeur du Centre d'information conjoint Thaïlande-Cambodge, rejette catégoriquement les accusations. Prapas Sornchaidee estime que des accusations de cette gravité ne peuvent être fondées que sur « des faits vérifiables, une chronologie complète des événements et des preuves à l'appui ». Selon lui, il n'est pas acceptable de décrire uniquement la réponse thaïlandaise en omettant les événements qui l'ont précédée.
Le général thaïlandais met en avant le fait que Bangkok a subi des attaques contre ses forces et des tirs de roquettes BM-21 ayant touché des zones civiles thaïlandaises. La Thaïlande affirme avoir agi en légitime défense pour protéger sa population et sa souveraineté.
Un conflit enraciné et persistant
Au-delà de cet échange médiatique, le conflit frontalier entre la Thaïlande et le Cambodge demeure l'une des crises les plus visibles d'Asie du Sud-Est. Depuis juillet 2025, les affrontements ont fait des centaines de morts, déplacé des dizaines de milliers de civils et endommagé des sites patrimoniaux d'importance mondiale.
Malgré une trêve annoncée le 27 décembre 2025, engageant les deux parties à geler leurs mouvements de troupes, les tensions persistent.
Après les visites en France du Premier ministre thaïlandais du roi Rama X, c’est au tour d’Emmanuel Macron de peut-être se rendre prochainement au « pays du sourire ». Un sourire qui pourrait légèrement se crisper.












