La Thaïlande vit une semaine chargée de symboles judiciaires. Une jeune activiste est condamnée pour lèse-majesté, tandis que la Cour suprême condamne la police pour torture… 17 ans après.


Les décisions judiciaires thaïlandaises ne laissent que rarement indifférent. Elles ont généralement une signification qui va au-delà de l’affaire jugée. Et les signes sont trop souvent contradictoires.
Le lundi 31 août 2026, le Tribunal criminel de Bangkok a condamné Tantawan Tuatulanon, dite « Tawan », une jeune activiste pro-démocratie de 24 ans, à deux ans de prison. Sa « faute » ? Un livestream Facebook datant du 5 mars 2022. Ce jour-là, elle était venue soutenir des agriculteurs qui manifestaient pour une meilleure prise en considération de leurs soucis. Les manifestants avaient été dégagés par la police d'un itinéraire qui gênait le passage d’un convoi royal. En vertu du fameux article 112 du Code pénal thaïlandais, « Tawan » a été condamnée à deux ans de prison pour lèse-majesté.
Ritrong Cheunjit, dix-sept ans pour une reconnaissance
À peu près dans le même temps, la Cour suprême a pris une autre décision qui nous fait remonter dix-sept ans en arrière. La Cour a en effet ordonné à la Police royale thaïlandaise de payer 4,38 millions de baht de compensation à Ritrong Cheunjit, mettant fin à une bataille judiciaire qui aura donc duré dix-sept longues années, depuis son arrestation et sa torture en 2009.
Un adolescent innocent
Le dossier Ritrong Cheunjit peut faire froid dans le dos. Arrêté le 28 janvier 2009, alors qu'il était en fin de lycée, par des agents de l'unité d'investigation criminelle de la police de Buri Pratchin, les policiers ont placé un sac en plastique sur sa tête et menacé de le tuer et d'abandonner son corps en montagne s'il ne confessait pas le crime. Mais quel crime ? Ce qui devait être une arrestation s'est transformé en torture, un véritable cauchemar pour un adolescent innocent.
Heureusement, les procureurs et la police ont plus tard poursuivi et arrêté le véritable criminel, permettant à Ritrong Cheunjit d'être innocenté. Mais cet acquittement n'a pas mis fin à son supplice : il lui aura fallu dix-sept ans de procédures judiciaires avant que la Cour suprême ne lui accorde enfin une reconnaissance et une compensation.
Un système à deux vitesses… au sens propre
Quelques mois pour condamner une prise de parole peut-être un peu excessive. Dix-sept ans pour compenser une grossière et grave erreur policière et judiciaire. Ainsi sont les contrastes de la justice thaïlandaise. Les plus optimistes verront tout de même dans la reconnaissance du préjudice subi par Ritrong Cheunjit une raison d’espérer en des lendemains meilleurs.












