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Le jour où la France et la Thaïlande étaient en guerre

Au large de Koh Chang, en 1941, des Français et des Thaïlandais se sont tirés dessus. C’est la bataille la plus importante de la seule guerre ayant opposé la France et la Thaïlande.

Croiseur Lamotte-PicquetCroiseur Lamotte-Picquet
Le croiseur léger Lamotte-Picquet
Écrit par Émilien PEZZOLI
Publié le 18 juillet 2026, mis à jour le 21 juillet 2026


 

Le 17 janvier 1941, à 5h30 du matin, le croiseur léger Lamotte-Picquet et quatre avisos (des petits navires de guerre) surgissent dans les eaux qui entourent l’île de Koh Chang. L’escadre, commandée par le capitaine de vaisseau Régis Bérenger, se divise en trois groupes pour couper les issues avant que les marins thaïlandais n’aient le temps de réagir. Les torpilleurs Chonburi et Songkhla sont coulés, le navire côtier HTMS Thonburi s’échoue dans l’estuaire de la rivière Chanthaburi après avoir été mis hors de combat. Onze morts côté français, une trentaine côté thaïlandais.

 

Quarante-huit ans de rancœur

 

Pour comprendre ce qui est arrivé ce matin-là, il faut remonter au 13 juillet 1893. Ce jour-là, deux canonnières françaises - l’Inconstant et la Comète - forcent le passage sur la Chao Phraya sous le feu des forts siamois, remontent le fleuve jusqu’à Bangkok et ancrent leurs canons face au Grand Palais. La France réclame les territoires à l’est du Mékong, que son empire indochinois grignote depuis des années au nom de son protectorat sur le Vietnam. Le roi Chulalongkorn cède : le Laos entre dans l’empire colonial français, le Siam verse en prime trois millions de francs d’indemnité. En 1904 puis en 1907, de nouveaux traités arrachent d’autres provinces, cette fois au Cambodge. À chaque fois, la même mécanique, la France présente des cartes, les frontières bougent, Bangkok signe.

Près d’un demi-siècle plus tard, ces humiliations restent gravées dans les mémoires. Lorsque la France s’effondre face à l’Allemagne nazie en juin 1940, le Premier ministre thaïlandais Plaek Phibunsongkhram y voit une occasion de récupérer les territoires perdus.

Le régime de Vichy conserve officiellement l’Indochine française mais ses moyens sont limités. La colonie est isolée de la métropole et le Japon y déploie déjà ses troupes depuis septembre 1940. En octobre, Bangkok mobilise son armée, les premiers accrochages éclatent le long de la frontière en novembre. En janvier 1941, les forces thaïlandaises lancent une offensive au Cambodge et au Laos. La bataille de Koh Chang est la réponse française.

 

Traité de Tokyo, accord de Washington

 

La France gagne militairement, le Japon s’interpose diplomatiquement. Le 9 mai 1941, le traité de Tokyo contraint Paris à céder à Bangkok plusieurs provinces cambodgiennes et laotiennes, dont Battambang et Siem Reap. Phibunsongkhram fait ériger un monument pour célébrer l’événement, le Monument de la Victoire, toujours debout à l’intersection de Phaya Thai et Ratchawithi.

 

Le monument de la victoire à Bangkok
Le monument de la victoire à Bangkok 

 

En 1946, Paris menace de mettre son veto à l’entrée de la Thaïlande aux Nations Unies. L’accord de Washington, signé le 17 novembre 1946, annule le traité de Tokyo. La Thaïlande rend les territoires aux francais et est admise à l’ONU. L’indépendance du Cambodge et du Laos, arrive quelques années plus tard.

À Koh Chang, un mémorial marque encore l’endroit. Chaque mois de janvier, la marine royale thaïlandaise y organise une cérémonie. On l’appelle le Ko Chang Yutthanawi Day.

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