La Banque mondiale pousse la Thaïlande à investir dans les villes secondaires comme Chiang Mai, Khon Kaen et d’autres pour atteindre le statut de pays à revenu élevé en 2037. Bangkok ne suffit pas.


Le Premier ministre thaïlandais a fixé la date de 2037 pour que le pays devienne un pays à revenu élevé. L’objectif de rejoindre l’OCDE n’est qu’une étape de la démarche. C’est dans ce contexte que la Banque mondiale a publié un rapport intitulé « Thailand Cities of the Future: Urban Foundations for a High-Income Economy ». En clair, la Thaïlande doit développer ses villes secondaires car la concentration économique excessive autour de Bangkok constitue un frein à la croissance du pays.
Un long vers la croissance rêvée
Le rapport, co-rédigé par les responsables du Program Management Unit on Area-Based Development (PMU-A) et l'Urban Design and Development Centre (UDDC), pose d’abord un constat chiffré. Le PIB par habitant de la Thaïlande a besoin de croître de 5,4% par an, si le pays veut atteindre ce statut de pays à revenu élevé en 2037. Or, entre 2021 et 2024, la croissance ne s’est établie qu’à 2,2% annuels. Le chemin est encore long.
Bangkok à saturation
Autre constat : Bangkok génère près de la moitié de la production nationale. Mais le rapport révèle que la capitale a atteint un point critique : les rendements économiques du développement supplémentaire y deviennent de plus en plus faibles. En cause, avant tout, la congestion urbaine. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. La congestion routière coûte entre 7 et 10% du PIB régional de Bangkok chaque année. Les résidents de la capitale perdent en moyenne 96 heures annuelles dans les embouteillages. Et 28,9% seulement des habitants vivent à moins d'un kilomètre d'une gare, soit bien moins qu'à Singapour, Séoul ou Hong Kong, pour ne prendre que quelques exemples.
Les changements climatiques aggravent encore un peu plus la situation. D'ici le milieu du siècle, la Thaïlande devrait connaître près de 300 jours par an où la température dépassera les 35°C. Quant aux inondations, elles coûtent déjà environ 16 milliards d’euros annuels au pays, soit environ 3% du PIB national.
Enfin, et c’est le point sur lequel insiste le rapport, le déséquilibre urbain du pays est aberrant. Selon que l’on parle de la ville centre ou de sa région, Bangkok est 15 à 30 fois plus grande que Chiang Mai, la deuxième ville du pays. Dans les économies développées, le ratio, entre la capitale et les grandes villes de province est généralement compris dans une fourchette de 4 à 6. Par comparaison, la population parisienne est 2,5 fois supérieure à celle de Marseille et 4 fois supérieure à celle de Lyon.
Les villes secondaires ont un potentiel inexploité
C'est là que le rapport fait sa proposition centrale : ne surtout pas affaiblir Bangkok mais renforcer les villes secondaires pour qu'elles jouent un rôle différencié et complémentaire dans l’économie thaïlandaise.
Les villes principalement citées son Khon Kaen, Chiang Mai, Chonburi et Phuket, qui possèdent un potentiel considérable mais largement sous-exploité. Selon une étude de 2024 citée dans le rapport, leur situation révélerait une « productivité latente » dormante. En clair, ces villes secondaires ont doublé leur densité démographique au cours des deux dernières décennies, atteignant les niveaux des villes des pays développés. Pourtant, leur productivité n'a pas suivi. Il faut transformer ce décalage en opportunité.
Le rapport s’appuie sur les forces spécifiques dont chaque ville secondaire dispose déjà :
- Chonburi et Nakhon Pathom sont des pôles de fabrication et de logistique,
- Chiang Mai et Phuket s'appuient sur le tourisme et les industries créatives,
- Khon Kaen, Nakhon Ratchasima et Ubon Ratchathani sont de grands centres administratifs et sanitaires régionaux.
Une stratégie en trois volets
Le rapport propose une approche en trois chapitres.
Premièrement, Bangkok doit être renforcée en tant qu'ancre économique nationale mais de manière plus efficace. Il faut limiter son expansion, y réduire la congestion et la protéger contre les menaces climatique.
Deuxièmement, des fondations solides doivent être mises en place dans toutes les villes thaïlandaises, sur tous les fronts : réforme fiscale, adaptation climatique, infrastructures intelligentes.
Troisièmement, un groupe de villes secondaires doit être préparé à jouer, demain, un rôle économique bien plus important.
Diriger 80% des investissements urbains vers les villes secondaires pourrait, selon les experts rédacteurs du rapport, faire exploser le PIB par habitant plus haut encore qu’espéré.
L'urgence d'agir maintenant
Le rapport alerte enfin sur le facteur temps. Cette transformation stratégique de l’organisation économique du pays ne se fera pas en un jour. Les modélisations du rapport suggèrent qu'elle pourrait sous-performer une approche Bangkok-centrée pendant environ 15 ans encore, avant de la surpasser clairement en 2050. Cela signifie, et ceci est non négligeable dans un pays aussi instable politiquement que la Thaïlande, que tout programme nécessitera un soutien politique durable sur plusieurs cycles électoraux.
L’avenir de la Thaïlande est entre les mains des villes secondaires
Entre 2010 et 2020, environ 90% de la croissance économique thaïlandaise a été générée par les zones urbaines. Depuis 2018, la Thaïlande a franchi le seuil d'urbanisation, avec environ six Thaïlandais sur dix vivant désormais en zones urbaines. Cette part ne cessera de croître. Les villes secondaires et leur capacité à accueillir les industries de demain constituent la base de la transformation économique du pays.
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