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La Thaïlande n’est pas devenue ce qu’on lui prédisait

Dans les années 1990, économistes et technocrates promettaient à la Thaïlande une place aux côtés du Japon, de la Corée du Sud et de Singapour. Trois décennies plus tard, le pays discute encore de la façon de sortir du piège du revenu intermédiaire.

BangkokBangkok
Écrit par Émilien PEZZOLI
Publié le 21 juillet 2026, mis à jour le 29 juillet 2026


 

En 1961, la Thaïlande lance son premier plan national de développement économique et social, sous l'autorité du maréchal Sarit Thanarat. L'organisme chargé de le piloter, le NESDB, est alors dominé par des technocrates formés aux États-Unis et au Royaume-Uni, convaincus qu'une planification rigoureuse peut faire décoller le pays. Entre 1960 et 1996, le pari semble tenir : la croissance atteint en moyenne 7,5% par an. En 1988, la Banque mondiale reclasse la Thaïlande parmi les économies à revenu intermédiaire inférieur, une étape que beaucoup d'analystes de l'époque interprètent comme le prélude à un statut de pays nouvellement industrialisé, aux côtés du Japon, de la Corée du Sud, de Taïwan et de Singapour.

 

Le cinquième tigre qui n'a jamais rugi

 

Cette ambition a un nom informel, celui de cinquième tigre asiatique, en référence aux quatre économies qui l'ont précédée sur cette trajectoire. Pendant une décennie, la Thaïlande diversifie son économie, développe ses exportations manufacturières et son secteur touristique, tout en maintenant une croissance à deux chiffres par moments. Puis survient 1997. La crise financière asiatique, née d'une spéculation immobilière et d'un système bancaire fragile, fait s'effondrer le baht et entraîne le pays dans une récession dont il ne se relève que partiellement. La croissance retombe à 5% annuels entre 1999 et 2005, un chiffre honorable ailleurs, mais très inférieur aux attentes formulées une décennie plus tôt.

 

Depuis, un pays coincé au milieu du classement

 

Le revenu annuel par habitant progresse tout de même, passant de 740 dollars en 1980 à plus de 7.000 dollars en 2019, et le taux de pauvreté recule fortement entre 2000 et 2021. Mais le saut technologique attendu, celui qui devait faire passer la Thaïlande du statut d'atelier d'assemblage à celui de producteur de biens à forte valeur ajoutée, ne s'est jamais produit. Le pays reste embourbé depuis le milieu des années 1990 dans ce que les économistes appellent le piège du revenu intermédiaire. En 2025, Kriengkrai Thiennukul, président de la Fédération des industries thaïlandaises, résumait la situation en des termes qui auraient été impensables pour les technocrates des années 1960 : une adaptation trop lente aux mutations mondiales, une industrie automobile bousculée par les véhicules électriques, une production manufacturière qui n'a jamais gravi l'échelle technologique promise.

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