Deux ans après son lancement, le plan national pour une économie plus sobre affiche ses premiers chiffres. La phase 1 court jusqu'en 2027 ; les axes de la suivante sont déjà fixés.


En janvier 2026, des agents du ministère des Ressources naturelles et de l'Environnement distribuent des stickers à l'entrée des restaurants de Siam Paragon. Le geste est modeste. Il s'inscrit pourtant dans un plan à quinze ans que la Thaïlande pilote depuis 2024 pour transformer en profondeur ses modes de production et de consommation.
Ce plan national de consommation et production durables (CPD) est structuré en trois phases successives. La première couvre la période 2024-2027. C'est le Bureau de la politique et de la planification des ressources naturelles et environnementales (ONEP), rattaché au ministère des Ressources naturelles et de l'Environnement, qui en assure la coordination. Le plan s'inscrit dans un cadre d'engagements climatiques plus large : la Thaïlande a promis d'atteindre la neutralité carbone d'ici à 2050 et la neutralité en gaz à effet de serre d'ici à 2065.
Ce que la phase 1 a produit
Les premiers résultats de cette phase initiale touchent plusieurs secteurs. Dans l'industrie, 18 zones éco-industrielles ont été développées dans 15 provinces, où des entreprises mutualisent la gestion de leurs ressources et de leurs déchets selon des critères communs. Les prélèvements en eau y ont été réduits de plus de 4,5 millions de mètres cubes contre un objectif de 27 millions à horizon 2037. Dans le secteur de l'énergie, la réduction des émissions atteint 9,3 millions de tonnes équivalent CO2, portée par la montée en puissance des énergies renouvelables. Le taux de réutilisation des déchets industriels s'établit à 87%. 39% des déchets communautaires sont désormais recyclés ou réintroduits dans le circuit économique, un chiffre en progression mais encore limité : Bangkok génère seule quelque 5.000 tonnes de déchets alimentaires par jour, selon le Programme des Nations Unies pour l'environnement.
Quatre axes pour la suite
Sur la base de ce bilan, l'ONEP a identifié quatre priorités pour engager les phases suivantes. La première est le système alimentaire durable, à savoir réduire les pertes à chaque maillon de la chaîne, du champ à la table. La deuxième est l'économie circulaire, avec l'objectif de traiter le problème à la source plutôt qu'en aval. La troisième concerne l'intégration des critères ESG : environnement, social et gouvernance, dans les petites et moyennes entreprises. Ces dernières représentent un maillon essentiel de l'économie thaïlandaise mais peinent à répondre aux exigences de durabilité qu'imposent de plus en plus les marchés d'exportation. La quatrième priorité est le tourisme durable, développé en partenariat avec la Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ), l'agence allemande de coopération internationale, pour élever les standards du secteur sans dégrader les écosystèmes qui en constituent l'attrait principal.
Les centres commerciaux dans la boucle
C'est sur le volet alimentaire que les opérations les plus visibles sont en cours. Le programme « Stop Food Waste », lancé en janvier 2026, réunit 15 partenaires institutionnels et privés autour d'un dispositif de labellisation des restaurants engagés à réduire leurs pertes. Les enseignes Siam Piwat, Central, The Mall et Seacon ont rejoint l'initiative. Après le lancement à Siam Paragon, CentralWorld a intégré le programme en mars 2026, mobilisant plus de 300 restaurants sous son toit. Le suivi technique est assuré par le Centre national de technologie des matériaux (MTEC), qui développe l'application LookieWaste pour mesurer les flux de déchets à la source.
L'ONEP pilote en parallèle l'application ECOLIFE, qui cible en priorité les jeunes consommateurs via des campagnes thématiques dont « Sustainable Eating ». L'agence déploie également une plateforme de rapport de durabilité pour les PME, présentée autant comme un levier d'accès aux marchés internationaux que comme un outil de conformité réglementaire.
Mesurer, élargir, intégrer
Pour la phase suivante, l'ONEP fixe trois priorités opérationnelles : rendre les résultats mesurables dans la durée via l'intégration des données, élargir la coopération aux collectivités locales jusqu'ici insuffisamment associées et mettre en cohérence la durabilité avec la politique de développement économique générale. L'agence se positionne comme coordinateur entre administrations, entreprises et société civile. « Ces objectifs ne peuvent être atteints par un seul organisme. Ils exigent que tout le monde avance dans la même direction », a déclaré Kanda Chookaew, secrétaire général adjoint de l'ONEP.










