Bangkok appelle au calme face à « Blood Border », film cambodgien sur le refoulement de réfugiés en 1979, attendu en salles le 6 novembre 2026. Phnom Penh invoque le devoir de mémoire.


Un long-métrage cambodgien s’invite dans le contentieux diplomatique qui oppose la Thaïlande et le Cambodge. Samedi 24 octobre 2026, l’Air Chief Marshal Prapas Sornchaidee, directeur du Centre d’information conjoint thaï-cambodgien (JIC), a appelé à la retenue à propos de « Blood Border: Cambodia’s 2nd Killing Fields », annoncé en Thaïlande sous le titre raccourci « Killing Fields 2 ».
Le militaire thaïlandais a reconnu les souffrances des réfugiés cambodgiens refoulés en 1979. Il a toutefois estimé qu’un film reste une œuvre de création, qu’il faut en distinguer le propos des faits établis et que l’histoire ne doit pas servir à nourrir une nouvelle haine. Le porte-parole de l’armée royale thaïlandaise, le Major General Winthai Suvaree, a de son côté souligné que le scénario s’appuie sur des souvenirs personnels et non sur des archives officielles. Selon lui, certaines scènes militaires semblent toutefois dramatisées.
Le JIC examine le contenu du film mais n’y voit, pour l’instant, aucun motif permettant d’en demander une interdiction de projection ou de prendre des mesures de rétorsion. Des inexactitudes, tout au plus.
Un épisode méconnu de 1979
Le film revient sur ce que la documentation historique désigne comme l’« incident de Dângrêk ». Une appellation plus radicale parle du « massacre de Preah Vihear ». Le début de l’année 1979 est marqué par le chute des Khmers rouges, grâce à l’intervention vietnamienne à Phnom Penh. Des dizaines de milliers de Cambodgiens viennent chercher refuge en Thaïlande. Ils sont d’abord accueillis de l’autre côté de la frontière, avant que, début juin 1979, entre 42.000 et 45.000 réfugiés cambodgiens, en majorité des femmes et des enfants, soient transportés par l’armée thaïlandaise vers la région de Preah Vihear, puis contraints de franchir à pied les falaises des monts Dângrêk, parsemées de mines. Le nombre de morts reste débattu mais il se compte en milliers.
Le point de vue cambodgien
Réalisé par Leak Lyda, patron de la société LD Entertainment, le film est adapté du livre autobiographique « Dangrek Mountains… Unforgettable » du Dr Mengly J. Quach, qui a vécu ces événements alors qu’il n’était qu’un enfant. Il suit un garçon de dix ans et sa famille, partis du camp de Nong Chan dans des bus censés les mener vers un pays tiers. Leak Lyda, dont le père a connu l’épreuve, explique vouloir faire connaître un épisode éclipsé à l’étranger par les crimes de Pol Pot. Il insiste sur le fait que des témoins sont encore vivants.
Ce n’est pas la première polémique du genre. En janvier 2026, alors que le projet s’appelait « Ghost Mountain: Second Killing Field », le Département des relations publiques du gouvernement thaïlandais s’était inquiété d’« accusations graves » contre le pays. Selon le Khmer Times, Phnom Penh avait répondu que le film relevait de la mémoire historique et devait prémunir les générations futures contre le retour des atrocités.
La controverse d’aujourd’hui éclate alors que les deux pays peinent à stabiliser leurs relations depuis le retour des affrontements frontaliers à l’été 2025. La sortie du film au Cambodge est prévue le vendredi 6 novembre 2026.
Regardez un teaser du film ici :
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