L'agence spatiale thaïlandaise GISTDA multiplie les démarches pour intégrer le programme lunaire Artemis de la NASA. Un séminaire a récemment réuni plus de 100 participants à Bangkok.


La Thaïlande a des ambitions lunaires. L'agence spatiale thaïlandaise GISTDA a récemment réuni plus de 100 participants issus d'une quarantaine d'organisations à l'hôtel Pullman King Power de Bangkok. Universités, entreprises, administrations et représentants de l'ambassade des États-Unis étaient autour de la table. L'objectif est d’identifier les domaines dans lesquels le pays pourrait contribuer au programme Artemis de la NASA, qui vise à renvoyer des humains sur la Lune puis vers Mars.
Les discussions techniques recueillies doivent être compilées dans un livre blanc destiné à servir de base aux négociations avec la NASA. Ingénierie de fusées, systèmes d'atterrissage, support de vie, énergie, communications avancées, médecine spatiale, exploitation des ressources lunaires ; le chantier est vaste. Natthawat Hongkarnjanakul, porte-parole de GISTDA et directeur du Bureau de promotion de l'économie spatiale, a résumé l'ambition du pays lors de l'événement : la Thaïlande ne veut pas être « spectatrice » mais « co-créatrice ».
Le bon timing
Le 1er avril, la mission Artemis II de la NASA a décollé de Floride avec quatre astronautes à bord pour le premier survol lunaire habité depuis Apollo 17 en 1972.
La prochaine étape, Artemis III, prévoit un alunissage, potentiellement dès 2027.
La Thaïlande a signé les Accords Artemis le 16 décembre 2024, devenant le 51ème pays à rejoindre ce cadre international. Pakorn Apaphant, directeur exécutif de GISTDA, avait alors déclaré que le pays allait entrer « dans l'âge d'or de l'exploration spatiale ». Cinq mois plus tard, le récent séminaire traduit la volonté de passer des déclarations aux actes. GISTDA espère voir le drapeau thaïlandais associé aux missions Artemis III ou IV.
Un pays déjà spatial
La Thaïlande ne part pas de zéro. Le pays a lancé 15 satellites depuis 1993, d'abord des satellites de communication (THAICOM), puis des satellites d'observation terrestre gérés par GISTDA, créée en 2000. Le dernier en date, THEOS-2, mis en orbite en octobre 2023, photographie la surface terrestre avec une résolution de 0,5 mètre.
En janvier, le microsatellite THEOS-2A, premier satellite en grande partie conçu et fabriqué par des ingénieurs thaïlandais, a été perdu après la défaillance de la fusée indienne PSLV-C62 qui devait le mettre en orbite. GISTDA prépare déjà THEOS-3.
Le grand écart diplomatique
La Thaïlande est le seul État au monde à figurer à la fois dans les Accords Artemis, pilotés par les États-Unis, et dans le programme sino-russe de Station de recherche lunaire internationale (ILRS). Deux projets rivaux pour deux visions concurrentes de l'exploration lunaire.
Les Accords Artemis posent des principes de transparence, de partage des données scientifiques et d'exploitation des ressources lunaires sous cadre multilatéral.
L'ILRS, piloté par la Chine et la Russie, avance avec ses règles et ses partenaires, parmi lesquels le Pakistan, le Venezuela et la Biélorussie.
À mesure que les missions se concrétisent, ce grand écart pourrait devenir difficile à tenir.












