Un mois après la collision train-bus de Makkasan et ses huit morts, le ministère des Transports promet des freins automatiques, tandis qu’un rapport relève cinq crises à la SRT (la SNCF locale).


Le premier passage à niveau automatique de Thaïlande a été inauguré le 7 août 2010 par Abhisit Vejjajiva, alors Premier ministre. Quinze ans plus tard, la barrière du passage de Makkasan, sur Asok-Din Daeng Road à Bangkok, descendait encore à la main. Le 16 mai 2026, un train de fret y a percuté un bus immobilisé sur les rails par les embouteillages. Huit personnes ont perdu la vie. Une trentaine d’autres ont été blessées.
Le bus 206 était bloqué à un feu rouge, en travers de la voie. La barrière n’a pas pu s’abaisser complètement et le signal autorisant le passage n’a pas été donné au conducteur du train. Celui-ci, contrôlé positif à la méthamphétamine et au cannabis, conduisait sans licence de transport ferroviaire. Le train de fret 2126 reliait Laem Chabang à Bang Sue, chargé de conteneurs, était trop lourd pour s’arrêter à temps.
Freiner avant l’impact
Pour qu’un tel accident ne se reproduise pas, le ministère thaïlandais des Transports a annoncé l’installation d’un système de freinage automatique au passage de Makkasan. Le dispositif, baptisé ATP pour automatic train protection, arrête un train à l’approche si la barrière n’est pas entièrement abaissée. Il peut aussi se connecter aux feux routiers voisins pour dégager la voie. Le secrétaire permanent adjoint aux Transports, Jirapong Theppitak, a indiqué que Makkasan serait équipé sous six mois, donc avant la fin de l’année 2026, et l’ensemble des passages à niveau de Bangkok sous deux ans.
D’autres mesures accompagnent le projet. Agents de la SRT (la SNCF thaïlandaise) et police de la route de Bangkok doivent mieux coordonner leurs échanges. Des tests de dépistage attendent les conducteurs de train. Et les chauffeurs de bus ont reçu l’ordre de ne plus s’arrêter sur les voies. Enfin, il est redemandé à tout le monde de ne pas contourner les barrières.
L’automatisation des passages à niveaux n’est pas une nouveauté pour la SRT. La Red Line de Bangkok en est déjà dotée, comme environ 120 locomotives et plus de 300 kilomètres de voies.
Cinq crises sous les rails
L’accident de Makkasan a relancé un débat plus ancien sur l’état du réseau de la SRT. La compagnie publique, fondée en 1890 et placée sous la tutelle du ministère des Transports, transporte aujourd’hui environ 50 millions de voyageurs par an, contre 88 millions en 1994. Ses pertes sont chroniques. Un déficit de trésorerie de 18 milliards de bahts pour l’exercice 2026 a été comblé par un prêt validé en Conseil des ministres en novembre 2025.

Lors d’un séminaire récent à Bangkok, une étude commandée par le syndicat des cheminots thaïlandais a identifié cinq crises à la SRT. Le travail, mené entre mai et juillet 2025 avec l’université Rangsit, a interrogé employés et spécialistes du secteur. Les cinq points concernent le manque d’effectifs et la sécurité des opérations, la pénurie de locomotives et de matériel roulant, la dette liée aux obligations de service public, les difficultés de gouvernance et d’investissement, et le passage à un rail de nouvelle génération.
Le matériel et les voies sont en cause. Plus de 70% du réseau reste à voie unique. Nombre de locomotives et de voitures ont dépassé leur durée de service et les effectifs sont tombés de plus de 20.000 à environ 8.000 cheminots, pour un réseau qui dépasse 4.100 kilomètres. Le ministre des Transports, Phiphat Ratchakitprakarn, a reconnu l’existence de ces problèmes structurels.
Le freinage automatique de Makkasan est promis pour la fin de l’année. En attendant, aux passages encore manuels, un agent abaisse la barrière et autorise le passage à la main…












