Édition internationale

Après l’accident de Makkasan, la Thaïlande promet (encore) des réformes ferroviaires

Huit morts, un conducteur positif aux stupéfiants, un opérateur négligent. Quatre jours après la collision, des réformes sont promises.

Le Premier ministre thaïlandais sur les lieux du drame ferroviaire survenu à Bangkok Le Premier ministre thaïlandais sur les lieux du drame ferroviaire survenu à Bangkok
Le Premier ministre thaïlandais sur les lieux du drame ferroviaire survenu à Bangkok
Écrit par Hugo HASBROUCQ
Publié le 19 mai 2026


 

Nous vous en parlions ce lundi 18 mai 2026. Quatre jours après la collision entre un train de fret et un bus au passage à niveau de Makkasan, qui a fait huit morts et une trentaine de blessés, l'enquête avance. Les responsabilités se précisent et les annonces de réforme se multiplient.

Le conducteur du train, Sayomporn Suankul, 46 ans, déjà testé positif aux stupéfiants après l'accident, a admis lundi 18 mai consommer régulièrement de la méthamphétamine et du cannabis. Il situe sa dernière prise une dizaine de jours avant la collision. Les enquêteurs ont découvert qu'il conduisait sans la licence exigée par le département du Transport ferroviaire (DRT), avec un simple permis interne délivré par la State Railway of Thailand (SRT).

L'opérateur du passage à niveau, Uthen Jomkhiri, 46 ans, n'est pas mieux loti. Les images de vidéosurveillance montrent qu'il a brièvement agité son drapeau rouge avant de le replier calmement et de tourner le dos au train, bien avant son arrivée. Il n'a donc pas abaissé les barrières. Les deux hommes ont été inculpés pour négligence ayant entraîné la mort et des blessures graves. Ils nient les faits et ont été libérés sous caution de 100.000 bahts chacun.

L'opérateur affirme avoir suivi la procédure, le conducteur dit n'avoir vu aucun signal.

 

Des réformes à la chaîne

 

Le DRT a ordonné un dépistage obligatoire de drogue et d'alcool pour tous les conducteurs de train et le personnel de sécurité avant chaque prise de service. Politique de « tolérance zéro », selon le communiqué officiel. On découvre à cette occasion que les conducteurs de train du pays n'étaient pas soumis à un régime de licence du DRT, mais opéraient avec de simples autorisations internes de la SRT. Le vice-ministre des Transports, Siripong Angkasakulkiat, l'a confirmé dimanche 17 mai.

Le premier ministre Anutin Charnvirakul, venu inspecter les lieux et rendre visite aux blessés à l'hôpital dès le dimanche, a promis des mesures de long terme. Le programme d’urgence annoncé : remplacer les passages à niveau les plus dangereux par des tunnels ou des voies surélevées. Il a aussi ordonné une enquête complète sur les causes de l’accident. Les données de la boîte noire du train sont en cours d’analyse.

Le député Parit Wacharasindhu, porte-parole du People's Party (opposition), a publié lundi une tribune en ligne dans laquelle il identifie cinq chantiers.

Renforcer la détection et la sanction des infractions routières, notamment via des caméras à intelligence artificielle. Repenser l'ingénierie routière aux abords des passages à niveau, le carrefour de Makkasan étant, selon lui, un cas d'école de conception défaillante. Coordonner les feux de circulation avec les barrières ferroviaires, pour éviter qu'un feu vert et une barrière levée envoient des signaux contradictoires aux conducteurs. Durcir le dépistage des opérateurs de transports publics. Et, à terme, supprimer les intersections entre routes et voies ferrées dans les zones urbaines, en s'appuyant sur le projet Missing Link.

 

Des solutions connues mais jamais appliquées

 

Le projet Missing Link, qui relierait la gare de Krung Thep Aphiwat à Makkasan par voie souterraine ou surélevée, éliminerait plusieurs passages à niveau du centre-ville. Il figure dans les cartons du ministère des Transports depuis des années mais n'est toujours pas inscrit au plan directeur du réseau urbain (M-MAP 2), enlisé dans un litige contractuel autour du TGV des trois aéroports.

Le DRT dispose d'une base de données cartographiant chaque passage à niveau du pays, leur état, leurs équipements, leur accidentologie. Les conducteurs de train n'étaient soumis à aucun dépistage avant de prendre leur service. Il a fallu huit morts pour que les mots « tolérance zéro » soient prononcés.

Après Nakhon Pathom en 2016 et Chachoengsao en 2020 (19 morts), la SRT avait promis de fermer 693 passages à niveau accidentogènes. Dix et six ans plus tard, les trois quarts des passages à niveau du pays n'ont toujours aucun dispositif de protection. Le dépistage obligatoire des conducteurs n'existait pas avant samedi.

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