Quatorze ans après les inondations qui ont paralysé le pays et ravagé son industrie, la Thaïlande s'apprête à lancer le plus grand chantier hydraulique de son histoire.


Les travaux du canal de dérivation Chai Nat-Golfe de Thaïlande démarreront en 2027. L'annonce a été faite la semaine dernière par Chayan Muangsong, secrétaire général du Bureau des ressources nationales en eau (ONWR), à l'issue d'une tournée d'inspection dans quatre provinces du bassin versant du Chao Phraya. Le projet, estimé à 100 milliards de bahts, prévoit de creuser un canal de 240 kilomètres pour détourner le trop-plein des crues directement vers la mer, contournant les zones les plus vulnérables du centre du pays.
Le principe est simple : quand le Chao Phraya déborde, les eaux en excédent seront redirigées via ce canal vers la rivière Bang Pakong, puis le Golfe. La première phase consistera à élargir à 130 mètres un canal existant de 100 kilomètres dans la province de Chai Nat. La seconde phase prévoit le creusement d'un nouveau canal de 124 kilomètres entre la rivière Pasak et la côte. La durée totale des travaux est estimée à dix ans.
Le dur souvenir de 2011
Derrière ce projet, il y a une date : 2011. Cette année-là, quatre tempêtes consécutives ont saturé les barrages du nord du pays, qui ont dû relâcher leurs eaux au pire moment. La plaine centrale du Chao Phraya, presque entièrement plate avec un dénivelé moyen de 1,5 mètre pour 100 kilomètres, n'a pu absorber le flot. En novembre, la production industrielle thaïlandaise s'est effondrée de moitié par rapport à l'année précédente. 930 usines ont été touchées dans 28 provinces, 14.000 entreprises ont fermé leurs portes, 700.000 ouvriers se sont retrouvés sans travail. Le bilan final : 815 morts, 13,6 millions de personnes affectées et 1.430 milliards de bahts de dégâts.
Les répercussions ont dépassé les frontières du royaume. La Thaïlande produisait alors 43% des disques durs mondiaux : la pénurie qui a suivi a perturbé l'industrie informatique mondiale pendant plus de deux ans. Honda et Toyota ont ralenti leurs chaînes d'assemblage au Canada, aux États-Unis et au Japon. Sept grandes zones industrielles autour de Bangkok, concentrant 41% de l'activité économique du pays, ont été submergées.
Longtemps dans les tiroirs
Le canal de dérivation n'est pas une idée nouvelle. Annoncé dès 2020 avec un démarrage initialement prévu en 2022, le projet accumule cinq ans de retard. Le plan directeur en neuf volets pour le bas bassin du Chao Phraya a été élaboré conjointement avec l'Agence japonaise de coopération internationale (JICA), qui avait souffert indirectement des inondations de 2011. La Banque mondiale et la Banque asiatique de développement, dont les représentants accompagnaient Chayan Muangsong lors de sa tournée d'inspection, pourraient participer au financement.
Le projet a désormais franchi les deux principaux verrous : l'aval du Comité national des ressources en eau et l'évaluation d'impact environnemental. Reste à mobiliser les 100 milliards de bahts nécessaires.
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