Édition internationale

Thaïlande-Cambodge : la guerre des frontières gagne l’UNESCO

Le Cambodge accuse la Thaïlande de violations territoriales à la frontière. Et le voilà qui siège désormais au comité de l’UNESCO qui examine les candidatures thaïlandaises du Muay Thai et du costume royal.

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Écrit par Hugo HASBROUCQ
Publié le 22 juin 2026


 

La semaine du 16 juin 2026 a mis Bangkok dans une position inconfortable. D'un côté, Phnom Penh a formellement accusé l'armée thaïlandaise de violations de souveraineté le long de la frontière commune. De l'autre, le Cambodge vient d'être élu au Comité intergouvernemental pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO, le comité qui examinera notamment les candidatures thaïlandaises du Muay Thai et du costume national de style royal (Chud Thai).

 

Drapeaux, entrepôt et clôtures en béton

 

Le 19 juin 2026, le ministère de l'Information cambodgien a publié une déclaration formelle accusant les forces thaïlandaises d'avoir planté des drapeaux thaïlandais en territoire cambodgien, près du poste-frontière international de Thmar Da. Phnom Penh annonce également qu'un entrepôt de l'hôtel Royal O'Smach a été délibérément incendié par des soldats thaïlandais et que des clôtures en béton ont été érigées à proximité du temple Ta Kwai. Le Cambodge juge ces actions contraires à l'esprit de la déclaration commune du 27 décembre 2025 et au MOU 2000 sur le tracé de la frontière terrestre.

Bangkok a répondu le dimanche 21 juin 2026, par la voix du maréchal de l'air Praphas Sonjaidee, directeur du Centre d'information sur la situation Thaïlande-Cambodge. Sa position est nette : les actions menées par les autorités thaïlandaises ont eu lieu dans des zones sous responsabilité opérationnelle thaïlandaise, sans intention de modifier la ligne de démarcation ni de créer un avantage territorial. Sur l'incendie de l'entrepôt, il dit ne disposer d'aucun élément permettant de confirmer l'accusation et demande la mise en place d'une procédure conjointe d'établissement des faits.

Les deux pays sortent d'une année 2025 marquée par deux cycles d'affrontements armés ayant fait près de 150 morts et déplacé au moins 300.000 personnes de part et d'autre. Un cessez-le-feu tient depuis décembre mais la frontière reste un terrain de friction permanente.

 

Le Muay Thai pris en otage

 

C'est dans ce contexte que l'élection du Cambodge au comité du patrimoine immatériel de l'UNESCO pour la période 2026-2030 a pris une résonance particulière en Thaïlande. Ce comité, composé de 24 États membres, est précisément celui qui statuera sur les candidatures thaïlandaises du Chud Thai (costume national de style royal), attendue pour fin 2026, et du Muay Thai, prévue pour 2028.

La ministre thaïlandaise de la Culture, Sabeeda Thaised, a pris la parole le 20 juin 2026 pour désamorcer les inquiétudes. Sa réponse est technique autant que politique : aucun pays membre ne peut bloquer seul une candidature, toute décision requiert un vote collectif des 24 membres.

La Thaïlande siège par ailleurs au Conseil exécutif de l'UNESCO depuis 2025 et ce jusqu'en 2029.

Sabeeda Thaised a ajouté que la direction générale de l'UNESCO lui aurait indiqué que les dossiers étayés par des preuves académiques solides n'avaient pas à craindre les turbulences politiques. « Que le public soit rassuré. Nous attendons le résultat d'ici la fin de l'année et le Chud Thai devrait être inscrit avec succès », a-t-elle déclaré.

L'inscription du Muay Thai est particulièrement sensible, le Cambodge disposant de sa propre discipline similaire, le Bokator, et d'un historique de revendications croisées sur le patrimoine immatériel partagé.

La Thaïlande se veut donc rassurante, les dossiers parlent d'eux-mêmes, les procédures sont multilatérales et la politique n'a pas sa place dans les délibérations de l'UNESCO. À la frontière, Praphas Sonjaidee a insisté : la Thaïlande ne veut pas d'escalade et ne répondra pas aux accusations cambodgiennes par voie médiatique, les deux pays restant liés par la déclaration de décembre qui leur impose d'éviter les actions provocatrices.

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