Accusations d’occupation, démonstrations militaires et offensive diplomatique autour des cyber-arnaques : entre la Thaïlande et le Cambodge, la crise continue.


Le gouvernement cambodgien accuse la Thaïlande d’occuper illégalement une zone frontalière disputée. En face, les autorités thaïlandaises balaient ces accusations et parlent de mesures défensives sur un territoire qu’elles considèrent comme le leur.
Selon l’armée thaïlandaise, les installations visibles sur place (troupes, dispositifs de contrôle et aménagements temporaires) s’inscrivent dans le cadre du cessez-le-feu conclu fin décembre. Il ne s’agirait donc pas d’une avancée militaire, mais d’un maintien de position. Une lecture strictement juridique et sécuritaire qui ne convainc pas le Cambodge. L'armée royale thaïlandaise a confirmé son engagement à entamer une consultation pacifique, tout en restant pleinement préparée à toute éventualité pour protéger la souveraineté nationale et assurer la sécurité publique.
Une présence militaire qui entretient la pression
Sur le terrain, la Deuxième Région militaire thaïlandaise a signalé d’importants mouvements de troupes cambodgiennes le long de la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge, en particulier dans le secteur de la colline 745. Cette position stratégique se situe dans le district de Nam Yuen, au sud de la province de Ubon Ratchathani, dans le nord-est de la Thaïlande. Cette zone frontalière, proche du point de jonction entre la Thaïlande, le Cambodge et le Laos, est caractérisée par un relief accidenté et une forte couverture forestière, ce qui renforce son importance stratégique. Selon les autorités militaires thaïlandaises, près de 10.000 soldats cambodgiens auraient été déployés autour de la colline 745, consolidant leurs positions à proximité de la ligne frontalière contestée. La concentration de forces dans ce district frontalier sensible ravive les tensions, la colline 745 offrant un point d’observation dominant sur les axes de circulation et les accès environnants. Dans un contexte déjà fragile, ce renforcement militaire alimente les craintes d’escalade.
Des éléments extérieurs, tels que des incendies de forêt signalés du côté cambodgien, viennent compliquer davantage la situation. Dans une zone déjà fortement militarisée et marquée par un contentieux territorial ancien, tout incident, même environnemental, peut être interprété comme un geste stratégique.
Le bras de fer déplacé à l’international
La confrontation ne se joue plus uniquement à la frontière. Le gouvernement thaïlandais a porté le débat devant des instances internationales, notamment au Conseil des droits de l’homme des Nations unies à Genève. Cette stratégie change l’échelle du conflit. Il ne s’agit plus seulement d’un différend bilatéral mais d’une bataille de crédibilité. Chaque déclaration vise à convaincre partenaires et observateurs internationaux que la position défendue est la plus légitime.
En exportant le conflit sur la scène mondiale, les autorités thaïlandaises cherchent à reprendre l’initiative et à éviter que le récit cambodgien ne s’impose.
Les cyber-arnaques, un levier politique
Au cœur de cette offensive diplomatique se trouve la question des scams en ligne. La Thaïlande met en avant l’existence de réseaux de cybercriminalité opérant depuis le Cambodge, avec des répercussions internationales. Ce glissement est stratégique. En élargissant le débat, le gouvernement thaïlandais ne parle plus uniquement d’une bande de territoire contestée, mais de sécurité régionale et de protection des victimes à l’échelle mondiale. Le conflit frontalier devient alors un élément d’un tableau plus large, celui d’un voisin présenté comme instable ou insuffisamment coopératif face à des activités illicites.












