Netiwit Chotiphatphaisal a refusé de tirer sa carte en 2024. La Cour constitutionnelle l’a débouté mardi 12 mai 2026. Son procès pourra reprendre à l’automne prochain.


En Thaïlande, le service militaire est obligatoire. Mais… Chaque printemps, dans des salles de district à travers tout le pays, des jeunes hommes de 21 ans plongent la main dans une urne pendant que leurs familles regardent. Carte noire, exemption. Carte rouge, un à deux ans dans les rangs de l'armée royale thaïlandaise. Il y a des officiels en uniforme, parfois un micro, parfois des applaudissements, une atmosphère qui hésite entre la réunion administrative et la fête de village pour une décision qui, elle, n'a rien d'anodin. Ce système repose sur la loi de 1954, et soixante-dix ans après, elle tient toujours.
Un objecteur de conscience depuis ses 18 ans
Le 10 septembre 2014, jour de ses 18 ans, quelques mois après le coup d'état militaire, Netiwit Chotiphatphaisal se déclare objecteur de conscience. Il est encore lycéen, et voit déjà dans la conscription obligatoire une violation des droits fondamentaux des citoyens. Ce n'est pas son seul combat : élu président du conseil étudiant de l'université Chulalongkorn, premier étudiant de première année à occuper ce poste, le militant en est chassé par l'administration après avoir refusé de se prosterner devant la statue du roi Rama V lors d'une cérémonie d'intégration. Huit lauréats du prix Nobel envoient conjointement une lettre à l'université pour contester sa mise à l'écart. Time magazine le décrit en 2017 comme le « messager de la sanité sociale » et il est aujourd'hui chercheur invité à la Harvard Divinity School.
Le geste
Le 5 avril 2024, le militant se présente à la cérémonie de conscription de Samut Prakan, mais refuse publiquement de tirer sa carte, au nom de ce qu'il décrit comme une discrimination entre citoyens et une atteinte aux libertés fondamentales. Son cas devient le premier recours d'objecteur de conscience de l'histoire judiciaire thaïlandaise. Inculpé, libéré sous caution mi-2025, il tente une dernière manoeuvre en saisissant la Cour constitutionnelle pour faire invalider la loi…
Ce que les camps dissimulent
Les arguments de Netiwit Chotiphatphaisal ne sortent pas du vide. Dans un rapport publié en 2020, Amnesty International documente un schéma répandu et persistant de violences physiques, d'humiliations et d'abus sexuels contre les conscrits thaïlandais, des pratiques qui relèvent selon l'organisation de la torture. Des blessures permanentes, voire des décès, sont signalés à la suite de rituels de bizutage dans les camps. Le cas de Wichian Phueksom, conscrit de 26 ans mort en 2011 dans un camp après avoir été battu, déshabillé et allongé sur un bloc de glace, illustre jusqu'où peut aller l'impunité : plus de quinze ans après les faits, justice n'a toujours pas été rendue. Les conscrits dénoncent par ailleurs un usage abusif de leur force de travail, des rations alimentaires insuffisantes et des salaires dont une partie est détournée. Le ministère de la Défense reconnaît ces problèmes depuis plusieurs années, sans que des réformes structurelles aient suivi.
La réponse
Mardi 12 mai 2026, la Cour a tranché à l'unanimité : les articles 27 et 45 de la loi de 1954 ne contredisent pas la Constitution et l'article 45, qui prévoit jusqu'à trois ans de prison pour refus de conscription, reste en vigueur. L’audience devant le tribunal de première instance a été suspendue au mois de septembre 2025 dans l'attente de cette décision. Le jugement est désormais fixé au 3 novembre 2026.
Le débat sur une éventuelle réforme du service obligatoire ne s'arrête pas pour autant. Le gouvernement et l'armée reconnaissent depuis plusieurs années la nécessité d'orienter le système vers plus de volontariat et l'armée cite cette année une hausse de 22% des engagements volontaires.










